Après l'élimination de l'Algérie : Les limites d'un système hérité

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Constat -  Entre les bonnes analyses des uns et les attaques au vitriol des autres, l'opinion et le peuple algérien sont évidemment déçus de l'élimination de l'équipe nationale pour le Mondial 2018.


Le moins que l'on puisse dire, c'est que la fédération algérienne de football et son président, Kheireddine Zetchi, ont vraiment hérité d'un cadeau empoisonné, laissé sur les bras par ceux qui ont géré durant presque deux décennies. Au moment de quitter les lieux, parmi l'héritage légué, l'équipe nationale bien évidemment. Bonne dernière de son groupe pour la course au Mondial 2018, avec un seul petit point, derrière le Nigeria, le Cameroun, champion d'Afrique 2017, et la prometteuse Zambie. Pour compléter le package, la sélection nationale est sortie dès le premier tour lors de la CAN 2017 disputée en ce début d'année au Gabon sans la moindre victoire, affichant une fébrilité sans précédent et un moral dans les chaussettes, avant de faire l'impasse sur deux dates FIFA qui aurait pu servir à réactiver la machine. Le maître des lieux de l'époque en avait décidé autrement. Vint alors la nouvelle équipe fédérale en mars, dans un contexte flou et semé d'embuches. Pour parer au plus urgent, il fallait trouver un sélectionneur pour l'équipe nationale, puisque Georges Leekens avait été débarqué au lendemain de la CAN 2017 en janvier, et jusqu'au 20 mars, date de l'élection de la FAF, la sélection est restée sans coach. Le nouveau locataire de Dely Ibrahim finira par ramener un inconnu au bataillon des techniciens, Lucas Alcaraz, qui venait d'être limogé par son club Granada (19ème de la Liga espagnole). Un choix qui étonna plus d'un, mais pour Zetchi, adepte du beau football ibérique, il s'agit d'un bon coach, pas très connu, mais capable de construire de nouveau une belle équipe nationale. Le mot est lâché : (re)construire. Mais comment ? En écartant d'entrée l'actuelle équipe au risque de voir se dresser des canons à missiles qui ne feront pas de cadeaux à la fédération pour avoir mis à la porte les ''stars'' du Mondial 2014 ? Ou bien en faisant avec et voir où se situe le mal, au risque également de rééditer ce qui se passe depuis des mois déjà ? Et c'est le second scénario qui a pris le dessus. Avec du recul, il faut se remettre à l'évidence : la stratégie prônée depuis deux décennies, basée sur l'importation de joueurs formés en France, surtout, et renforcée par le fameux Congrès de la FIFA aux Bahamas en 2008, a fini par montrer ses limites. Décriée par beaucoup de techniciens algériens, car elle s'est faite au détriment de la formation et du développement du football national. Certes, elle a servi à rendre le peuple heureux durant deux qualifications à la Coupe du Monde (2010 et 2014), avec comme point d'orgue cette bataille d'Omdurman qui a marqué les esprits et l'histoire, mais a-t-elle vraiment mis les jalons d'un vrai développement de notre ballon rond. Ceux chargés de cela, avant la venue de Zetchi, ont failli à leur mission, en ne s'occupant que de la vitrine. Belle et bien achalandée, soutenue par une presse qui n'a d'yeux que pour ces joueurs venus de là-bas, courtisés, adulés et mis souvent sur des piédestal qui ne méritaient pas, la vitrine a caché pendant plusieurs années le vide sidéral d'un football miné de l'intérieur par la corruption, la violence, l'instabilité des entraîneurs, l'invasion d'affairistes inconnus et incompétents au sein des clubs, l'absence d'une direction technique nationale (DTN) riche de ses compétences qui réfléchit et qui travaille sur le long terme. Alors le choix est clair aujourd'hui: mettre sérieusement les bases d'un vrai développement, qui nécessite patience et travail sur des années, ou bien continuer à s'occuper de la vitrine en ramenant Capello et en courtisant les jeunes de la formation française à coups de primes mirobolantes et de contrats publicitaires alléchants, pour que le drapeau de la nation puisse flotter plus haut, mais pas en… Afrique !
A. Salah-Bey