Togo /Crise politique : Des milliers de manifestants à Lomé

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Contestation n Des milliers de personnes sont une nouvelle fois descendues dans les rues de la capitale togolaise mercredi à l'appel de l'opposition, en amont du dialogue politique promis par le pouvoir, qui fait face à une contestation populaire depuis trois mois.


Cette nouvelle mobilisation se veut aussi une démonstration de force, alors que le chef de l'Etat togolais Faure Gnassingbé s'est rendu dans la matinée à Abidjan pour assister au sommet Europe/Afrique, où Emmanuel Macron, le président français, s'est exprimé brièvement sur la crise dans la soirée.
«La mobilisation va se poursuivre, même en plein dialogue. Nous n'allons pas abandonner la lutte», a déclaré à l'AFP Jean-Pierre Fabre, leader de l'Alliance nationale pour le changement (ANC) et opposant historique, en tête du cortège. Selon une source interrogée par l'AFP à Sokodé, deuxième ville du pays, où les manifestations étaient interdites pour des raisons de sécurité, les rues étaient calmes. Beaucoup de jeunes, qui avaient fui dans la brousse pour échapper aux précédentes répressions, ne sont toujours pas rentrés dans leur foyer, selon cet habitant, qui affirme que «les arrestations se poursuivent de temps à autre».
Une coalition de 14 partis d'opposition organise des manifestations quasi hebdomadaires depuis le début du mois de septembre pour demander une limitation rétroactive du mandat présidentiel et la démission du président Gnassingbé. La semaine dernière, ce dernier avait fait savoir qu'un dialogue avec l'opposition devrait avoir lieu «d'ici à quelques semaines». Le chef de l'Etat, Faure Gnassingbé qui fait face depuis plus de trois mois à une contestation populaire, est à la tête du Togo depuis 2005, succédant à son père, le général Gnassingbé Eyadéma, qui a dirigé sans partage le pays pendant 38 ans. D'autres marches sont prévues jeudi et samedi dans tout le pays. Gilchrist Olympio, figure historique sur la scène politique au Togo, a appelé mardi le président Faure Gnassingbé à ne pas se représenter à la présidentielle de 2020. «Le régime doit (...) accepter le retour aux fondamentaux de la Constitution de 1992», qui stipule qu'un président ne peut pas rester plus de dix ans au pouvoir, a déclaré M. Olympio, président de l'Union des forces du changement (UFC). «Faure Gnassingbé doit ensuite accepter le principe de ne pas se représenter à la présidentielle de 2020, afin de laisser le champ libre à une consultation démocratique (...)», a-t-il ajouté lors d'un point de presse à son domicile. «L'occasion vous est offerte d'entrer dans l'Histoire en créant les conditions pour un changement pacifique de pouvoir.» L'ex-opposant historique a également demandé à l'opposition d'être «unie» et de «développer un projet clair et responsable pour préparer la compétition d'idées à laquelle tous les partis devront prendre» part, tout en annonçant sa retraite politique. Agé de 80 ans, M. Olympio est le fils du premier président, Sylvanus Olympio, assassiné lors du coup d'Etat mené en 1963 auquel avait pris part Gnassingbé Eyadéma, père de l'actuel président. Après s'être opposé pendant des décennies au général Eyadéma, puis à son fils Faure Gnassingbé, M. Olympio a signé en mai 2010 un accord qui a permis l'entrée de son parti au gouvernement jusqu'à ce jour.
R. I. / Agences



l Les manifestants espèrent que la grave crise politique qui secoue ce petit pays d'Afrique de l'Ouest sera à l'ordre du jour des discussions entre dirigeants au sommet UE-Afrique. «Je souhaiterais (...) que les chefs d'Etat s'impliquent personnellement et parlent en tête-à-tête avec Faure Gnassingbé», a confié Abla, une étudiante de Lomé, durant la marche. Des tractations sont en cours grâce à l'intervention de médiateurs, comme les présidents ghanéen Nana Akufo-Addo et guinéen Alpha Condé, pour organiser un dialogue politique entre pouvoir et opposition qui pourrait avoir lieu «d'ici à quelques semaines» selon Faure Gnassingbé. Le gouvernement a promis d'organiser un référendum pour faire adopter une réforme prévoyant notamment une limitation des mandats présidentiels, mais la mesure n'est pas rétroactive, permettant à M. Gnassingbé de se présenter aux scrutins de 2020 et de 2025. Les manifestations des dernières semaines ont fait au moins 16 morts - dont des adolescents et deux militaires lynchés par la foule - et de nombreux blessés au cours d'affrontements avec les forces de l'ordre, notamment dans le nord du pays.