Nigeria /Pour résister à Boko Haram : L’université de Maiduguri creuse des tranchées

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     
Sécurité - Telle une forteresse assiégée, l'université de Maiduguri bâtit une immense tranchée de 27 km pour se protéger des attaques suicides de Boko Haram, dont elle est devenue, au fil des mois, la cible numéro 1.


A perte de vue s'étend une brousse silencieuse et aride. "Les kamikazes arrivent généralement à pied ou en moto", explique à l'AFP un agent de sécurité en descendant d'un vieux mirador en fer surplombant le vaste complexe de 43 hectares.
L'arrière du campus - son flanc est - n'est pas clôturé, laissant des kilomètres de champ libre aux assaillants venus des faubourgs de Maiduguri, berceau de l'insurrection jihadiste dans le nord-est du Nigeria. Une aide de 50 millions de nairas (près de 140.000 euros) a été débloquée par le gouverneur de l'Etat de Borno, Kashim Shettima, pour financer la construction de la tranchée, profonde de plusieurs mètres.
Les contrôles aux entrées ont été renforcés et des patrouilles mixtes - armée, police, milices - mises en place jour et nuit. Mais beaucoup d'étudiants doutent que ces mesures suffisent, pointant du doigt la précarité de leurs protecteurs et leur piètre formation. Depuis janvier, au moins huit attentats ont frappé l'université, symbole honni par Boko Haram - qui signifie en langue haoussa "l'éducation occidentale est un pêché" -, selon un décompte de l'AFP. Alors que la plupart des écoles primaires, collèges et lycées avaient fermé leurs portes par craintes d'attaques ou d'enlèvements, les cours universitaires n'ont jamais été interrompus depuis le début du conflit en 2009.
Chrétiens et musulmans venus de tout le Nigeria étudient ensemble le droit, la médecine ou encore la géographie depuis les années 70 à l'université fédérale de Maiduguri, une des plus grandes du pays. Au total, près de 45.000 étudiants y étaient inscrits l'an dernier. Et assez curieusement, le campus est resté épargné jusqu'au 16 janvier dernier. Un jour que Muhammadu Nur Idrisa, étudiant en droit de 20 ans, n'est pas près d'oublier. Lorsqu'une forte détonation retentit à l'heure de la première prière ce matin-là, il se précipite à la mosquée qui se trouve tout près de son dortoir.
Une fille d'à peine 13 ans vient de se faire exploser à l'entrée du lieu de culte, tuant un professeur et deux étudiants sur le coup. Son ami Abba, qui fait partie des blessés évacués à l'hôpital, sera amputé d'une jambe quelques jours plus tard. "Tout le monde était sous le choc", se rappelle Muhammadu. Le campus était jusque-là perçu comme un îlot de paix dans la capitale du Borno où camps de déplacés, marchés, églises ou mosquées sont sans cesse pris pour cible.
Fin juin, associations d'étudiants, de professeurs et de personnels non académiques ont appelé d'une seule voix le gouvernement à l'aide et réclamé des mesures "urgentes" pour mettre fin à ce "cauchemar", menaçant de boycotter la rentrée 2017. "Nous ne pouvons pas décemment enseigner, apprendre ou faire de la recherche dans cette atmosphère de peur", se sont-elles plaint, affirmant que 70 professeurs et de nombreux étudiants avaient quitté l'établissement en cours d'année.
De son côté, la direction de l'université ne veut pas céder. "Nous ne fermerons pas l'université", martèle son porte-parole, le Pr Danjuma Gambo. "La fermeture de l'université montrerait que les insurgés ont gagné, c'est exactement ce qu'ils attendent".

- Dix-neuf personnes ont été tuées et au moins 23 autres blessées dans les derniers attentats suicides dans la ville de Maiduguri, située dans une région instable du nord-est du Nigeria, a indiqué hier la police locale. Le chef de la police de l'Etat de Borno, Damian Chukwu, a déclaré que les multiples attaques mortelles dans la ville de Maiduguri mardi soir ont visé une force d'autodéfense civile. Parmi les victimes, 12 étaient membres de la force d'autodéfense civile, a-t-il insisté. Les sept autres victimes étaient des civils non armés ou des passants. Quatre femmes kamikazes ont lancé des attaques dans trois quartiers différents de la ville nigériane. La police locale soupçonne le groupe terroriste Boko Haram d'être derrière les attaques. Le groupe avait tenté d'entrer dans Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno, après avoir été chassé de la ville.Boko Haram est accusé de la mort de plus de 20 000 personnes et du déplacement de 2,3 millions autres au Nigeria depuis le début de son insurrection en 2009. Au moins 860 membres de la force d'autodéfense civile, qui assistent l'armée dans la lutte contre Boko Haram, ont été tués depuis 2014, d'après les données de la police.
R. I. / Agences