Tunisie / Série de démissions : Des élections municipales mal embarquées !

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05Malaise n Le président de l'Instance électorale, Chafik Sarsar, a démissionné mardi avec fracas à sept mois des premières municipales de l'après-révolution, en laissant entendre qu'il ne pouvait plus travailler de manière «impartiale» et «transparente».

Chafik Sarsar a annoncé son départ ainsi que celui du vice-président, Mourad Ben Mouelli, et d'une autre membre, Lamia Zargouni, lors d'une conférence de presse. Dix employés administratifs ont aussi jeté l'éponge, a indiqué une responsable de l'Isie sous couvert de l'anonymat.
«Conformément au serment» selon lequel «nous nous engageons à œuvrer à des élections libres et transparentes, et à mener notre devoir avec indépendance et impartialité (...), nous avons décidé de démissionner», a déclaré M. Sarsar, la voix tremblante.
«Nous avons été contraints», a-t-il ajouté, en évoquant des conflits internes «touchant aux valeurs et principes sur lesquels se fonde la démocratie». Il n'a pas donné plus de détails et était ensuite injoignable.
Sollicitée par l'AFP, Mme Zargouni s'est contentée d'évoquer de «grands conflits au sein» de l'Instance. La démission de Chafik Sarsar, une personnalité respectée, a fait l'effet d'un coup de tonnerre dans un contexte politique et social déjà tendu. Elle intervient alors que les spéculations se multiplient à la veille d'un discours du président Béji Caïd Essebsi, dont la teneur n'est pas connue. «C'est une surprise pour tout le monde. Nous regrettons cette décision (...), nous ne savons pas ce qui s'est passé», a affirmé à la radio Shems FM une conseillère du président, Saïda Garrach. «Quelle qu'en soit la raison (...), c'est un fait grave qui aura d'importantes répercussions. L'Isie est l'une des rares instances institutionnelles indépendantes de la nouvelle Tunisie», a réagi auprès de l'AFP l'analyste Selim Kharrat. Sur la radio Mosaïque FM, un autre membre, Nabil Baffoun, s'est dit «aussi surpris que tout le monde», estimant que les différends pouvaient être résolus et appelant M. Sarsar à «revenir sur sa décision».
Mais, sous le couvert de l'anonymat, un autre membre a expliqué les démissions par le fait que certains au sein de l'Isie «veulent orienter le travail vers des intérêts précis». Et un employé de l'Instance, sortant d'un  e réunion avec M. Sarsar peu après son point de presse, a dit à l'AFP que ce dernier refusait d'être «témoin de fraudes». Pressés de s'expliquer davantage, Chafik Sarsar et les deux autres membres démissionnaires seront entendus par des parlementaires mercredi, ont rapporté en soirée des médias locaux. Le «choc» de sa démission s'ajoute à «un contexte politique déjà tendu», du fait notamment «d'une nouvelle tentative de la présidence de faire passer un projet de loi décrié sur la réconciliation» économique, a souligné Selim Kharrat. «La situation n'est pas sereine», a-t-il jugé.  Si la Tunisie est parvenue à faire avancer sa transition démocratique, elle reste engluée dans la morosité économique et sociale. Entré en fonctions il y a moins d'un an, le gouvernement de Youssef Chahed est à son tour confronté à la montée de mouvements sociaux, comme à Tataouine (sud), Kairouan (centre) ou au Kef (nord-ouest).
Mardi, M. Chahed, qui a fait récemment l'objet de rumeurs de démission, toutefois rapidement balayées, a indiqué qu'il réunirait les partis et organisations signataires de l'«accord de Carthage» ce jeudi. Conclu en 2016, cet accord a permis la formation de son gouvernement dit «d'union nationale».
R. I./Agence