Entreprenariat des jeunes : entre Promesses et réalité

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L'Algérie a mis en place plusieurs programmes de soutien à la création d'emplois et de micro-entreprises par l'intermédiaire de l'Agence nationale de soutien à l'emploi de jeunes (ANSEJ), de la Caisse nationale d'assurance chômage (CNAC) et de l'Agence nationale de gestion du micro-crédit (ANGEM). Mais pour beaucoup l’aventure entrepreneuriale ne dure qu’un laps de temps et tout le travail effectué pour développer leurs entreprises s’effondre comme un château de cartes au bout de quelques années voire quelques mois. L’absence d’une étude économique et d’une stratégie de développement fait que le projet n’évolue pas et finit aux oubliettes. Une situation dans laquelle se trouvent de nombreuses micros entreprises crées dans le cadre des dispositifs cités-ci-dessus. Le positionnement d’une entreprise sur le marché joue dans ce cadre un grand rôle dans sa survie parmi bien d’autres critères. Un élément qui devrait être pris en charge désormais si la mesure, d’augmenter la part des jeunes entrepreneurs dans les différents programmes de développement et les projets nationaux et locaux à près de 30 %, venait à être concrétiser.


Difficultés et exigences

Enjeux -  Face à un marché concurrentiel, la compétence, le travail et l’innovation sont des conditions indispensables pour assurer la pérennité d’une entreprise publique ou privée.


L’aventure des jeunes entrepreneurs part souvent d’un rêve, en pensant pouvoir bousculer les lignes avant de se voir confronté aux difficultés qui accablent les différents secteurs d’activité. Seule « une entreprise qui compte un personnel qui valorise le travail et qui est gérée par un manager créatif et innovateur pourrait augmenter ses chances de se maintenir sur la scène économique», a souligné Assia Hamzi experte en management qui n’hésite pas à remettre en cause «le choix du projet» chez certains entrepreneurs. Ce choix n’est pas fait sur «la base d’une étude économique actualisée du marché, mais sur le fait qu’un autre l’a fait et que ça lui a réussi. Chose pas du tout évidente pour l'ensemble des entrepreneurs », souligne- t- elle. Même réflexion chez le directeur de l’Institut international de management (INSIM) qui a indiqué que l’entrepreneuriat «est un métier qui nécessite des compétences spécifiques. L’entrepreneur doit savoir comment acquérir et améliorer ses compétences de manière continue afin d’exercer efficacement ses fonctions». «L’entrepreneur doit essentiellement maîtriser la gestion des coûts, du temps, de la qualité, des approvisionnements, des ressources humaines, de la communication, mais aussi, il doit savoir gérer le risque et les parties prenantes de son projet», a précisé Younes Abdelmalek. Une réalité que semble ignorer la plupart des entrepreneurs qui, parlant des difficultés rencontrées sur le terrain, évoquent notamment le manque de ressources financières qui couvrent les prestations de service, outre les impôts dans toute leur diversité : assurances et maintenance du matériel, franchise, TVA, loyer et les différentes taxes minimales pour lesquelles ils sont théoriquement exonérés. Des mesures dont ils bénéficient rarement selon les témoignages de nombreux entrepreneurs. Mais le plus dur demeure, attestent-ils, l’absence de considération de la part des autorités qui sont sensées encadrer et accompagner les jeunes promoteurs dans leurs projets. Ils se disent asphyxiés par les grandes entreprises qui accaparent tous les projets, mettant main basse aussi bien sur les grands que les petits marchés publics. Des précisions qui ne sont responsables qu’en partie de l’échec de la plupart des nouvelles entreprises, répondent les experts. L’entreprise qui s’est lancée dans le processus de la compétitivité devrait exploiter l’ensemble des opportunités dont elle dispose afin de conquérir davantage le marché et arriver à placer ses produits et ses services, souligne à cet effet Alain Tobelem ex expert principal de la Banque mondiale de développement institutionnel. Pour lui, l’accompagnement et le soutien à la création de l’entreprise, notamment par les jeunes, l’encouragement de la culture entrepreneuriale et l’esprit d’innovation sont aussi des atouts sur lesquels l’entreprise algérienne doit se reposer pour s’ouvrir davantage à la compétitivité et à la concurrence mondiale. L’expert a ainsi recommandé à l’entreprise algérienne de disposer du créneau recherche et développement, dans le but d’améliorer la qualité de la production et être en adéquation avec les mouvements de l’industrie et de l’économie mondiale, tout en exhortant les chefs d'entreprises à diagnostiquer leurs efforts et leurs capacités en vue du développement.

Scepticisme …


Constat -  Peu de jeunes entrepreneurs osent soumissionner aux offres d’appels lancés par les établissements publics car pour beaucoup les bénéficiaires sont connus d’avance.


La part de l'entrepreneuriat national chez les jeunes dans les différents programmes de développement et les projets nationaux et locaux estimée actuellement à 20 % pourrait être augmentée à près de 25 % ou 30 %, a annoncé récemment le ministre de l’Intérieur, ajoutant que l'entrepreneuriat des jeunes a « prouvé son efficacité en matière de concrétisation des projets nationaux et locaux ». La réussite de la nouvelle démarche de Bedoui, qui a réjoui plus d’un jeune entrepreneur, doit néanmoins être accompagnée par l’encadrement de ces entreprises en période de réalisation des projets et la facilitation de l’acquisition des marchés. Autre cette mesure, les pouvoirs publics s'attelaient, notamment au niveau des régions des hauts plateaux et du sud, à la création de dizaines de zones d'activité pour les mettre au service de projets réalisés par de jeunes entrepreneurs et promoteurs, selon Bedoui. La création de ces zones vitales a pour objectif de booster l'entrepreneuriat chez les jeunes pour soutenir les mécanismes et l'accompagnement mis en place par l'Etat en vue de permettre la réalisation de projets nationaux dans ces zones au profit des jeunes. « Nous sommes convaincus que le développement et la construction de l'économie nationale sont entre les mains de ces jeunes entrepreneurs porteurs de projets qui jouissent de grandes capacités et du sens de l'innovation », a déclaré le ministre. Pour sa part, le ministre de la Jeunesse et des Sports a annoncé dans ce cadre que des espaces seront consacrés au niveau des établissements relevant de son secteur, à l'accompagnement des jeunes entrepreneurs en matière de mécanismes de création de micro-entreprises. Cette opération s'inscrit dans le cadre du programme du secteur en matière de formation visant à actualiser les connaissances, inculquer aux jeunes les valeurs de citoyenneté et les impliquer dans le développement durable, a-t-il dit.
El Hadi Ould Ali a aussi annoncé le lancement d’un réseau de partenariat global en direction des jeunes porteurs de projets. Ce réseau mis en place par des partenaires dont les entreprises et associations a été lancé, concomitamment, avec la semaine mondiale de l’entrepreneuriat où des caravanes ont sillonné le territoire national dans le but d’encourager et de promouvoir les initiatives de jeunes. Ce réseau s’inscrit également au titre de l’information, de l’orientation, de la formation et de l’accompagnement des porteurs de projets. Ce plan a pour objectif d’améliorer les prestations au niveau des structures et espaces exploités dans le cadre des activités de jeunes. A la faveur de ces différents dispositifs annoncés par le département de la Jeunesses et des Sports, le ministre de l’Intérieur a assuré que des efforts sont en cours pour surmonter les difficultés financières et faciliter le contact avec les responsables locaux et de wilaya, afin d'accorder aux jeunes entrepreneurs «toutes les facilités, à travers la mise en place de mécanismes idoines et leur accompagnement dans la concrétisation de leurs projets». 


Les femmes à la traîne


Bilan -  Le nombre de femmes ayant bénéficié des programmes de soutien à la création d'emplois et de micro-entreprises par l'intermédiaire l’ANSEJ, la CNAC et l'ANGEM reste faible, soit pas plus de 10%..


En 2016, elles représentaient 14% des entrepreneurs ayant créé leurs projets dans le cadre de l'ANSEJ, a indiqué la spécialiste en droit constitutionnel Salima Mesrati . Concernant la CNAC, elle a fait savoir que les femmes entrepreneurs ayant bénéficié de ce dispositif entre 2004 et 2016 étaient de 9% seulement, qualifiant ce taux de «faible». Au total, sur 20% de femmes employées, seulement 7% sont dans le secteur de l’entrepreneuriat. Ce chiffre révèle certes une dynamique de création d’entreprises, mais aussi beaucoup de mortalité. Et pour cause, les initiatives des femmes sont rarement encadrées ou accompagnées d’où l’importance de l’implication des pouvoirs publics dans le développement et la croissance de ces entreprises. Mme Mesrati a dans ce sens appelé à cerner les entraves qui empêchent les femmes d'investir le secteur économique et le marché de l'emploi et à prendre des mesures en faveur du travail des femmes à même de leur permettre de contribuer activement au développement. Selon elle, l'article 36 de la Constitution qui dispose que l'Etat œuvre à promouvoir la parité entre les hommes et les femmes sur le marché de l'emploi est très important pour l'autonomisation des femmes sur le marché du travail en général et dans le secteur économique au même titre que les hommes. Elle a, à cet égard, insisté sur l'impératif de mettre en place un programme intégré de nature à permettre aux femmes de concilier leur rôle dans le milieu professionnel avec leurs missions au sein de la famille. La spécialiste en droit constitutionnel également vice-recteur de l'Université de Blida 2 a par ailleurs qualifié de « très limité » le taux de la main d'œuvre féminine active dans le secteur économique en Algérie, en dépit des politiques et mesures prises pour la promotion de la main d'œuvre dans le monde de l'emploi, en général. L'évolution du statut de la femme dans le secteur économique en Algérie ne dépasse pas les 17% ce qui est « très limité », selon Mme Mesrati au vu des politiques et mesures prises par les pouvoirs publics pour encourager et promouvoir la main d'œuvre dans le monde de l'emploi en général. «Le taux de main d'œuvre féminine active reste en deçà des mesures et lois nationales prises en vue de faire de la femme un acteur actif dans le développement», a telle déploré imputant les causes, en premier, à des facteurs socio-culturels. L’expert a dans ce sillage évoqué aussi la «forte présence de la femme active dans le secteur privé informel en dépit de l'absence de statistiques précises». Un constat que l'intervenante explique par plusieurs facteurs comme le besoin pour la femme de travailler malgré la faible rémunération et le recours de la majorité à de petites activités artisanales en milieu familial sans couverture sociale, étant donné que les activités exercées dans le secteur informel ne sont pas déclarées. Mme Mesrati affirme enfin que la législation du travail en vigueur en Algérie est parmi les législations pionnières en termes d'égalité des sexes sur le marché de l'emploi, ajoutant que la femme n'est pas confrontée à des conditions discriminatoire, ni pour postuler à un emploi, ni pour les promotions, les rémunérations, la retraite ou la sécurité sociale. Ceci est clairement stipulé dans le du Code du travail, dans son volet consacré aux relations de travail, a-t-elle souligné. 

Des espaces dédiés aux jeunes entrepreneurs

La caravane nationale de l’entrepreneuriat chez les jeunes, initiée par le ministère de la Jeunesse et des Sports, lancée le 1 novembre dernier, vise à informer les jeunes des possibilités qui leur sont offertes dans le domaine entrepreneurial. D’une durée de deux jours, cette caravane a pour objectif d’encourager les jeunes porteurs d’idées à les mettre en application sur le terrain et à réaliser leurs ambitions professionnelles. L’opportunité a donné lieu à la présentation de nombreuses expériences juvéniles réussies en matière de création d’entreprises et d’emplois, dans divers domaines d’activités, dont l’agroalimentaire, la fabrication de chaussures, l’industrie du plastique et de l’emballage notamment. Cette initiatives a permit d’autre part aux jeunes entrepreneurs de mettre en exergue leurs doléances et les entraves qu’ils rencontrent sur le terrain. De nombreux secteurs concernés, dont celui de la formation professionnelle, ont prit part à cette caravane, afin de promouvoir les offres de formation proposées aux jeunes sans qualification, pour les aider à trouver un emploi ou monter leur propre projet. Différents dispositifs publics d’aide à l’emploi, dont l’A NSEJ, la CNAC et l’ANGEM ont été partis prenante de cette caravane, qui a enregistré une importance affluence de jeunes, venus s’enquérir des conditions de bénéficier d’un soutien financier notamment.

Formation au profit des porteurs de projets

n Un appel a été lancé par l’université Abou Bekr Belkaid de Tlemcen aux jeunes étudiants de différentes disciplines pour s’inscrire à une formation sur le thème Comprendre l’entreprise (CLE).
Il s’agit d’une formation dynamique, participative et intuitive sur l’entreprise et l’esprit entrepreneurial, introduite dans 55 pays dans le monde. Cette formation permettra aux participants de s’enquérir de l’environnement entrepreneurial, ses besoins en ressources humaines et des procédures de création d’une entreprise. Cette formation vient dans la continuité de la journée d’information sur le projet de l’université au monde du travail, organisée par l’université de Tlemcen en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et l’Organisation mondiale du travail (OIT).