Yémen : …Et le cauchemar continue

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Affrontements entre alliés


Assassinat -  L'ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh a été tué lundi par des rebelles Houthis, quelques jours après la rupture de l'alliance entre les deux camps, à l'origine d'affrontements meurtriers dans la capitale Sanaa.


Des miliciens Houthis ont bloqué un convoi de quatre véhicules à environ 40 km au sud de Sanaa et ont tué par balle Ali Abdallah Saleh, ainsi que le secrétaire général du CPG, Arif al-Zouka, et son adjoint Yasir al-Awadi, a déclaré à l'AFP une source militaire sous couvert de l'anonymat.
"Le ministère de l'Intérieur (contrôlé par les Houthis) annonce la fin de la milice de la trahison et la mort de son chef (Ali Abdallah Saleh) et d'un certain nombre de ses éléments criminels", a affirmé la télévision des Houthis, Al-Massirah, en citant un communiqué.
Dans un discours retransmis sur Al-Massira, le chef rebelle Abdelmalek Al-Houthi, 38 ans, s'est félicité en soirée de "l'échec du complot". Il faisait référence à la violente rupture d'alliance, la semaine dernière, entre M. Saleh et les rebelles Houthis, issus de la minorité zaïdite, une branche du chiisme. Cette alliance avait été scellée il y a trois ans et, depuis, les deux camps contrôlaient conjointement la capitale au détriment du gouvernement de Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié dans le sud du Yémen.
Les affrontements entre alliés, qui ont éclaté mercredi, ont fait au moins 100 morts et blessés, selon des sources de sécurité et hospitalières.
Après ce revirement d'alliance, Ali Abdallah Saleh avait tendu la main samedi à l'Arabie saoudite, qui intervient militairement au Yémen en soutien du gouvernement Hadi, en échange de la levée du blocus que Ryad impose au Yémen. Les Houthis avaient dénoncé une "grande trahison".
La mort de l'ex-dirigeant, 75 ans dont 33 au pouvoir, pourrait constituer un tournant dans le conflit qui ensanglante le Yémen, sans pour autant améliorer le sort des civils.
Au centre de la "pire crise humanitaire au monde" selon l'ONU, cette guerre avive les tensions autour de la rivalité entre l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite, accusé par Ryad de soutenir militairement les Houthis, ce que Téhéran réfute.
La guerre au Yémen a fait plus de 8.750 morts depuis mars 2015 et l'intervention d'une coalition militaire menée par Ryad contre les Houthis.
Les derniers développements font craindre des risques encore accrus, en particulier à Sanaa, où des affrontements entre rebelles se poursuivaient lundi soir.

Histoire d’une alliance

La dissolution de l'alliance rebelle, prévisible depuis sa naissance en raison notamment de divergences idéologiques, constitue un tournant dans le conflit yéménite mais pas forcément pour le meilleur, préviennent des analystes.
"Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un tournant décisif, mais on ne sait pas où il conduira", déclare April Longley Alley, spécialiste du Yémen à l'International Crisis Group (ICG).
L'ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh laissait entendre depuis des mois qu'il n'était pas content du pouvoir croissant des Houthis qu'il a qualifiés à plusieurs reprises de "miliciens", suscitant leur colère. Ces derniers, originaires du nord et ayant des liens avec l'Iran chiite, soupçonnaient l'ex-président d'avoir des contacts secrets avec l'Arabie saoudite, ennemi juré de Téhéran.
La méfiance grandissante entre les deux composantes de la rébellion est devenue publique en août lorsqu'elles se sont accusées de trahison sur fond d'accrochages à Sanaa.
Leurs liens se sont progressivement détériorés et l'alliance a volé en éclats mercredi après des combats pour le contrôle de la plus grande mosquée du Yémen à Sanaa.
L'ouverture samedi de M. Saleh vers l'Arabie saoudite a été saluée par Ryad et décriée par les Houthis avec des menaces de mort.
Des combats se poursuivaient lundi à Sanaa, faisant craindre l'ouverture d'un nouveau front dans le conflit yéménite.
Pourquoi ces brusques développements? La rupture entre M. Saleh et les Houthis était "souhaitée" en Arabie saoudite, estime Laurent Bonnefoy, chercheur CNRS au Ceri/Sciences Po à Paris. "Sans doute la volonté de Saleh d'en finir avec cette alliance a-t-elle été encouragée par Ryad qui a pu lui offrir des garanties politiques", analyse-t-il.
Selon Mme Alley, il est difficile de prédire qui remportera le bras de fer à Sanaa car cela dépendra de nombreux facteurs: la position des loyalistes vis-à-vis de M. Saleh, celle des tribus, ou encore les actions futures de la coalition menée par l'Arabie saoudite qui combattait l'alliance rebelle depuis mars 2015.
Selon des analystes, l'alliance entre M. Saleh et les Houthis n'était pas faite pour durer. "Depuis le début de leur partenariat, les Houthis et Saleh étaient des alliés improbables et inconfortables, unis par des ennemis communs", mais ayant de "profondes divergences idéologiques et politiques", résume Mme Alley.

Raids aériens nocturnes  sur la capitale

La coalition menée par l'Arabie saoudite au Yémen a mené des raids aériens nocturnes notamment sur le palais de la République à Sanaa, contrôlé par les rebelles Houthis, après la mort de l'ex-président Ali Abdallah Saleh qui avait rompu avec eux, ont indiqué mardi des habitants. Ces raids se sont accompagnés, selon des témoins, de survols intensifs et à basse altitude de la capitale yéménite, dont les rues ont été désertées dès le début de la soirée par des habitants craignant les bombardements. Le palais de la République situé dans le centre de Sanaa, au milieu d'un quartier densément peuplé, a été visé à au moins sept reprises par l'aviation de la coalition anti-rebelles, ont précisé des habitants de la capitale.
Aucune information n'a pu être obtenue sur des victimes éventuelles de ces frappes. La coalition sous commandement saoudien a exhorté lundi les civils à se tenir à "plus de 500 mètres" des zones contrôlées par les Houthis, laissant supposer une intensification de ses raids. Les rebelles Houthis ont renforcé leur emprise sur Sanaa qui n'a pas connu dans la nuit de nouveaux combats, hormis quelques escarmouches en début de soirée dans le sud de la ville, fief des pro-Saleh, ont indiqué des témoins.
Les Houthis, soutenus par l'Iran, ont appelé à une grande manifestation dans la capitale mardi après-midi pour célébrer ce qu'ils appellent "l'échec d'un complot ourdi" par l'ancien président et une partie de sa formation politique, le Congrès populaire général (CPG).

Guerre par procuration


Offensive -  Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, en exil en Arabie saoudite, a annoncé le lancement d'une opération militaire pour reprendre la capitale Sanaa


A la tête d'un gouvernement reconnu par la communauté internationale, M. Hadi a encouragé lundi les Yéménites à "ouvrir une nouvelle page" de l'histoire du pays.
"Joignons nos efforts pour en finir avec ces bandes criminelles et entamer la construction d'un nouveau Yémen fédéral où règnera la justice, la dignité, (...) la stabilité et le développement", a-t-il lancé dans un discours télévisé prononcé depuis Ryad.
A la tête du gouvernement reconnu par la communauté internationale, il a "donné pour ordre à son vice-président Ali Mohsen al-Ahmar, qui se trouve à Marib (100 km de Sanaa), d'activer la marche (...) vers la capitale", selon un membre de son entourage.
Baptisée "Sanaa l'Arabe", l'opération consisterait, selon cette source, à prendre la capitale en tenailles. D'après des sources militaires loyalistes à Marib, sept bataillons ont reçu l'ordre de marcher sur Sanaa.
Pour tenter d'affaiblir les rebelles, le gouvernement yéménite a également annoncé sa volonté d'offrir une amnistie à tous ceux qui cesseraient de collaborer avec eux, une main tendue aux pro-Saleh.
M. Hadi "proposera prochainement une amnistie générale à tous ceux qui ont collaboré avec les Houthis et ont décidé de se rétracter", a affirmé le Premier ministre Ahmed ben Dagher à Aden, la grande ville du sud.
Mais à Sanaa, les Houthis donnaient l'impression lundi de prendre le dessus sur les forces de M. Saleh, selon des journalistes sur place.
Le président iranien Hassan Rohani a déclaré mardi que les Yéménites allaient faire regretter aux "agresseurs" leurs actions dans un discours retransmis par la télévision d'Etat, alors que la coalition menée par l'Arabie saoudite a intensifié ses raids sur Sanaa.
"Le Yémen sera libéré des mains des agresseurs et le peuple dévoué du Yémen fera regretter aux agresseurs" leurs actions, a déclaré M. Rohani, au lendemain de la mort de l'ex-président Ali Abdallah Saleh, quelques jours après la rupture de son alliance avec les rebelles Houthis soutenus par l'Iran.
La guerre au Yémen oppose des forces progouvernementales, appuyées par la coalition sous commandement saoudien, aux Houthis qui se sont emparés en septembre 2014 de la capitale Sanaa et de vastes régions du pays avec l'aide des partisans de l'ex-président Ali Abdallah Saleh. Ryad et Téhéran, les deux poids lourds de la région, s'affrontent sur plusieurs dossiers, dont la guerre au Yémen. L'Iran nie tout soutien militaire aux Houthis. Pour sa part, le général Mohammed Ali Jafari, commandant en chef des Gardiens de la Révolution, l'armée d'élite du pays, a dénoncé "les traîtres saoudiens qui cherchent à créer l'insécurité dans les pays de la région sous l'ordre et avec le soutien des Etats-Unis et en se rangeant aux côtés des Israéliens", a rapporté l'agence Fars.
"Nous avons vu que leur tentative de faire un coup d'Etat contre les Moujahidines et Ansarullah (mouvement des rebelles Houthis, ndlr) a été étouffé dans l'oeuf", a déclaré M. Jafari.
Les médias iraniens affirmaient depuis plusieurs jours que l'ex-président Saleh tentait de faire un coup d'Etat contre ses ex-alliés Houthis avec le soutien de l'Arabie saoudite et des Emirats.

- Le président iranien a également critiqué "certains pays de la région" qui se sont rapprochés d'Israël ouvertement sans jamais nommer l'Arabie saoudite. "Les musulmans de la région et du monde ne permettront pas que le projet vil d'entente avec le régime sioniste soit réalisé. Le peuple palestinien, les dignitaires religieux et les jeunes musulmans n'oublieront jamais l'animosité du sionisme et l'occupation de la Palestine", a déclaré M. Rohani.
Il a aussi affirmé que "la Syrie sera libérée du terrorisme tôt ou tard et le peuple irakien sera plus uni que jamais" après la défaite du groupe Etat islamique (EI) dans ces deux pays.

Les rebelles renforcent leur emprise sur Sanaa

 Les rebelles Houthis ont renforcé leur emprise mardi sur la capitale yéménite Sanaa au lendemain de l'élimination de leur ancien allié, devenu leur adversaire, l'ex-président Ali Abdallah Saleh.
L’assassinat d'Ali Abdallah Saleh, l'ancien homme fort du Yémen, a ouvert un boulevard aux insurgés qui partageaient jusqu'ici le contrôle de la capitale avec lui, estiment des experts. Signe de la mainmise croissante des rebelles sur Sanaa: la multiplication des points de contrôle tenus par leurs hommes et la réduction significative des combats dans la capitale, selon des habitants. Depuis l'annonce de la mort de Saleh, aucun affrontement majeur n'a eu lieu dans Sanaa, hormis quelques escarmouches dans la partie sud de la ville, le fief de ses partisans. Un haut responsable Houthi, Saleh al-Sammad, n'a pas manqué d'annoncer la fin des opérations de sécurité à Sanaa.
"Nous annonçons au monde la fin des opérations de sécurité et la stabilisation de la situation" dans la capitale, a-t-il déclaré tard lundi, selon la chaîne de télévision al-Massira, contrôlée par les insurgés. Il a en même temps confirmé implicitement une campagne de répression contre des proches d'Ali Abdallah Saleh, en déclarant avoir ordonné aux services de sécurité de "prendre des mesures contre les saboteurs et tous ceux qui ont collaboré avec eux". A Sanaa, la situation demeure volatile. Des rumeurs courent sur des arrestations, non confirmées, de plusieurs personnalités au sein de l'administration et de l'armée, jugées favorables à l'ancien président.

Les Patriot saoudiens auraient raté leur cible


Défense - Le système anti-missile Patriot déclenché le mois dernier par l'Arabie saoudite pour intercepter un missile balistique a échoué à en détruire l'ogive, qui a explosé sur l'aéroport de Ryad.


Selon ces experts basés pour la plupart au Middlebury Institute of International Studies à Monterey, en Californie, l'Arabie saoudite a lancé cinq intercepteurs du système anti-missile américain. Or soit ils ont touché l'arrière du missile, laissant intacte l'ogive qui a poursuivi sa course, soit ils l'ont manqué totalement et le missile s'est cassé en deux tout seul.
"Les gouvernements mentent au sujet de l'efficacité de ces systèmes. Ou alors ils sont mal informés", a commenté Jeffrey Lewis, un expert du Middlebury Institute qui a dirigé cette étude et en a livré les conclusions au New York Times. "Cela devrait nous terrifier", a-t-il ajouté, alors que la question de l'efficacité du bouclier anti-missile américain revient au centre des préoccupations face à la menace nord-coréenne.
Pour leur enquête, les experts ont étudié des vidéos publiées par des habitants de Ryad sur les réseaux sociaux le 4 novembre, date à laquelle des responsables saoudiens ont annoncé avoir intercepté et détruit un missile balistique qui provenait du Yémen en guerre.
Les rebelles yéménites Houthis, accusés d'être soutenus par l'Iran, ont revendiqué avoir lancé le missile d'environ 750 kilomètres pour viser l'aéroport. L'Iran a démenti toute implication.
Une des vidéos, visibles sur le site du journal, montre des débris métalliques tombés sur un parking près d'une école dans le centre de Ryad. Un autre est tombé sur le terre-plein central d'une large avenue. Les morceaux posés côte à côte montrent que les débris tombés sur le centre-ville provenaient du lanceur mais l'ogive elle-même, la tête explosive du missile, manquait.
Au même moment, des internautes ont publié des vidéos tournées à l'aéroport de Ryad. Des passagers en attente racontent avoir entendu une explosion et des véhicules de secours se dirigent vers une colonne de fumée d'une taille similaire à celle laissée par une explosion de missile photographiée en Syrie.
Laura Grego, une experte de l'organisation américaine Union de scientifiques inquiets, s'est alarmée du fait que cinq intercepteurs aient été tirés en vain. "On tire à cinq reprises contre ce missile et on rate à chaque fois? C'est choquant", a-t-elle déclaré. "C'est choquant parce que ce système est censé être efficace".
Interrogé par l'AFP sur cette publication, le Pentagone s'est refusé à tout commentaire. Selon le quotidien, Ryad a fait de même.