Des centaines de plaintes déposées ces dernières années : Qui veut terroriser les imams ?

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Garantir la sécurité des imams et des lieux de culte est une préoccupation inscrite dans le programme d’action du gouvernement, selon Mohamed Aïssa. Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs assure les imams de son soutien et affirme qu’un plan d’action a été adopté en vue de leur protection et la protection des lieux de culte, étant convaincu de l’existence d’une manœuvre visant à déstabiliser cette corporation ainsi que les cadres du secteur. M. Aïssa a affirmé que les institutions de l’Etat et les services du ministère ne se contenteront pas de se constituer partie civile contre ceux qui veulent terroriser l’imam, des poursuites seront engagées si un imam se fait agresser.

Combattre les idées intruses et destructrices 



Bilan - En cinq ans, pas «moins de 600 plaintes pour agression ont été déposées par des imams», selon les chiffres des services de police.


Ces données ne reflètent qu’une partie de la réalité puisque «selon le rapport de la police, un nombre important de ces hommes de religion agressés ne portent pas plainte».
Si ces agressions sont souvent verbales, elles peuvent aussi s'avérer physiques et aller jusqu'au meurtre. L’exemple de l’imam qui a succombé à un coup de poignard, il y a quelques mois, à Aïn Naadja est plus qu’édifiant et témoigne de l’ampleur qu’ont pris les actes de violence des salafistes à l'encontre des imams ces dernières années.
Le ministre a mis l’accent sur «la grande responsabilité qui incombe aux cadres et travailleurs de son département dans la préservation de la sécurité du pays face à plus de 100 sectes» qui tentent, selon lui, de diviser les Algériens. Le ministère des Affaires religieuses s’inquiète de cette prolifération et a tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises. «Ces sectes se multiplient, elles se réorganisent. Le ministère des Affaires religieuses doit prendre ses précautions, parce que toutes ces tendances ont leurs sources à l’étranger, dans des pays qui ne sont pas obligatoirement amis de l’Algérie», a averti Mohamed Aïssa.
Le ministre reste catégorique : il n’y a pas de sectes religieuses dans les mosquées. «Elles se manifestent dans les campus universitaires, dans les moussala (salles de prière) des entreprises, dans les sous-sols des quartiers et dans les garages érigés pour l’apprentissage des langues et pour les cours de rattrapage», a-t-il affirmé, mettant en garde contre la dangerosité de certains courants sectaires comme ceux du ahmadisme et du takferisme ou encore le wahhabisme. Aïssa a dans ce contexte annoncé la création officielle d’une instance de l’Ifta et d'un Observatoire national de lutte contre l’extrémisme sectaire au courant décembre 2017.
Cette instance entamera ses activités début 2018. Mohamed Aïssa qui a exprimé sa vive solidarité avec les imams, mettant en cause ces sectes cités ci-dessus dans ce rebond de violence, a rappelé les sacrifices consentis par ces derniers aux côtés des services de sécurité et de l’Armée nationale populaire durant les années 90. On parle de 100 victimes parmi les imams. Face à ce nouveau fléau, les institutions de l’Etat continueront à être mobilisées à travers notamment la qualification des imams. Il s’agit de protéger le référent religieux national et éradiquer les sectes opérantes en dehors du cadre du Droit public, selon le ministre. Les imams sont à cet effet interpellés pour mener des discours cohérents, authentiques et fondés sur la modération et le juste milieu.
Des prêches inspirés de l’héritage de nos écoles, de nos universités et de nos zaouïas, dont le rôle n’est plus à démontrer dans la protection de notre Islam authentique. Les membres de la commission de la Fatwa au ministère des Affaires religieuses ont plaidé pour la fondation d’un conseil de fikh ayant pour mission la préservation de la nation des idées étrangères.
Des chercheurs, universitaires et Chouyoukh ont à l’unanimité soutenu cette proposition susceptible de contribuer à la préservation de la nation des idées étrangères par l’examen des voies et modalités de les contrer et de les traiter en vue d’en prémunir la société.
Pour Moussa Ismail, de l'université d’Alger, «la création d’un conseil de fikh ou une académie des études islamiques spécialisées est nécessaire pour préserver la société des idées intruses et destructrices».

Revenir au référent religieux national

Depuis l’émergence de l’Islamisme extrémiste basé sur le fondamentalisme Wahhabite, les autorités algériennes tentent de réactiver le courant malikite pour combattre les idées destructrices de wahabisme d’où l’initiative d’animation, par des imams, d’émissions religieuses télévisées, sur les chaînes publiques et privées, portant sur les préceptes de cette école. Le but est de lutter contre la diffusion de tous courants de pensée doctrinaux en Algérie ayant la volonté de saper le socle unissant les algériens ou d’ébranler ses principes. Le directeur de la culture islamique au ministère des Affaires religieuses a, à ce propos, affirmé que les Algériens ont eu, de tout temps, un comportement modéré avec les courants religieux, loin de l’extrémisme et du fanatisme.
L'intervenant a appelé, dans ce même ordre d’idée, à débattre de sujets profonds dont celui des écoles de fiqh (jurisprudence) par des élites spécialisées loin de toute distension et de manière souple, avant d'exhorter les médias à faire appel à des journalistes spécialistes pour traiter de sujets religieux sensibles, de même que former des imams et des enseignants des sciences de la chariâa pour éviter tout clivage menaçant l’unité de la société.

Que veulent les salafistes ?

Le salafisme prend des propensions alarmantes ces dernières années et constitue une menace réelle aussi bien pour les imams que pour toute la société. Ses adeptes se sont entremêlés avec les fidèles des lieux de culte, des enseignants, des journalistes et bien d’autres secteurs, jusqu’aux réseaux sociaux. Ils remettent en cause tout le référent religieux national et s’inspirent pour la plus part de la doctrine Madkhali très répandue en Lybie et très proche du wahhabisme.
Les salafistes visent à asseoir des territoires complètement acquis à cette idéologie. La mise en place d’un Conseil de fikh, composé de Oulémas et de Chouyoukh, est à même de constituer un élan pour le rétablissement de la confiance de la société envers ses institutions religieuses et lutter contre le salafisme dont ses manifestations sont souvent violentes, notamment lorsqu’il s’agit de s’en prendre aux différents rites populaires et les pratiques culturelles.

Lutter contre  le salafisme

Déclaration -  «Les jeunes Algériens n’ont pas besoin de passer les frontières pour rechercher une forme de religiosité autre que celle reçue de leurs aïeuls», selon Mohamed Aïssa.


C e que nous avons hérité de nos aïeuls a assuré à l’Algérie son unité et son équilibre et a forcé les autres à nous respecter», a estimé le ministre des Affaires Religieuses et des Wakfs.
L’importance du legs des aïeuls au peuple algérien dans la propagation de l’islam modéré n’est plus à démontrer, assure Aïssa déplorant «les idées intruses» qui sont à l’origine de la décennie noire et du discours de la haine. Le discours véhiculé dans nos mosquées met en relief l’authentique héritage religieux de la société algérienne et protège le pays contre les mouvements sectaires qui visent à diviser la jeunesse, insiste le ministre. Mohamed Aïssa rappelle, toutefois, que l’Etat est en état de veille constante pour contrecarrer le salafisme et toutes les idées destructrices.
Et c’est dans ce cadre que des textes seront promulgués pour organiser les affaires des mosquées. Ces dispositions porteront notamment sur l’organisation de l’espace du livre, l’appel à la prière, la lutte contre les sectes et les sanctions contre le prosélytisme. «L’encadrement des mosquées ne se fera qu’au travers de la formation», a souligné Aïssa, notant que depuis 2008 le recrutement des imams et les employés de la mosquée requièrt une formation et un niveau d’instruction adapté.
La stratégie du secteur des affaires religieuses pour garantir un prêche équilibré qui sert l’intérêt de la nation passe par une formation de qualité, selon le département d’Aïssa. Outre la maîtrise de la chariaâ et des aptitudes à diffuser un discours religieux «modéré et éclairé», les imams sont appelés à propager le message authentique des préceptes de l'Islam pour lutter contre toute forme de fanatisme et d'extrémisme.
Le département des Affaires religieuses a procédé à l'actualisation du système de formation et de qualification des imams et cadres du secteur des affaires religieuses ? travers 14 instituts de formation. Le premier responsable du secteur a aussi procédé à la création d'une nouvelle spécialité universitaire consacrée ? l'Imamat (LMD), ainsi que d'autres pour une ouverture sur les différentes sciences.
Depuis, le discours religieux s'est nettement amélioré, se félicite Aïssa qui a appelé les imams à exploiter les réseaux sociaux pour véhiculer le discours de la mosquée. Mohamed Aïssa a incité, à ce propos, les imams à ouvrir des comptes sur les différents réseaux sociaux pour «consolider» le lien avec les jeunes, transmettre les messages de la mosquée conformément aux références religieuses nationales et de lutter contre le phénomène sectaire.
L’ouverture de comptes sur les réseaux sociaux par les
42 000 imams activant à travers les différentes mosquées du pays permettra de constituer un «important outil de pression» revendiquant l’élimination de tout ce qui porte atteinte à l’Islam et à notre référent religieux, a souligné le ministre.
La dynamique de la formation enclenchée depuis quelques années se poursuit ainsi pour la qualification de tous les cadres religieux. Beaucoup d’entre eux ont suivi des stages de recyclage, alors que d’autres ont été invités à assister à des rencontres traitant des questions de la société et de la religion tout au longs de l'année dernière. Mais en dépit de l'évolution du discours religieux, tant au niveau des mosquées que de la part des imams, et de la capacité de ces derniers à faire face aux sectes étrangères ? l'Islam, le ministre a estimé qu'il reste beaucoup de travail à accomplir en matière de formation.

Quelques exemples d’imams agressés

Danger -  Les actes de violence contre les imams se multiplient ces derniers temps au point où le ministère de l’Intérieur a pris des mesures pour sécuriser les lieux de culte.


Nombreux sont les imams, comme c'est le cas à Alger, Skikda, Oum Bouaghi, Tiaret, Béjaïa, Oran,   Batna… qui ont été agressés physiquement à l’intérieur même de la mosquée alors qu'ils accomplissaient la prière avec les fidèles, selon le secrétaire général de la coordination nationale des imams. Ainsi, l'imam de la mosquée Sidi El-Mouhoub, située au cœur de la ville de Bejaïa, a été victime d'une agression, perpétrée par un fidèle dans l'enceinte même du lieu de culte. L'incident a eu lieu quelques minutes après la prière du dohr, lorsqu'un jeune homme s'en est pris violemment à lui à l'intérieur de la mosquée.
Le domicile d'un autre imam à Tiaret a été saccagé puis incendié par des salafistes dont certains sont des repentis qui ont bénéficié de la charte pour la paix et la renonciation nationale, selon des témoins. A Tiaret toujours, un autre imam a été agressé à trois reprises.
Un linceul a été envoyé à cet imam et des graffitis ont été inscrits à l'intérieur des murs de la mosquée ou il prêche. A Oran, l'imam de la mosquée Omar-Ibn Al-Khattab a été lui aussi victime d'une agression perpétrée par un groupe de salafistes. Ils ont profané l'intérieur de la mosquée en taguant les murs d'inscriptions appelant au meurtre et déposé un linceul devant la porte de ladite mosquée.
Quelques jours plutôt au sud de Bouira, l’imam d’une mosquée de la commune de Sour El-Ghozlane a été victime d'une violente agression physique, perpétrée par un fidèle de cette mosquée. L'incident a eu lieu aussi à l'intérieur du lieu sacré. Même violence à l’égard de l'imam de la mosquée Othmane-Ibn Affane dans la commune de Sirat a Mostaganem. Il avait été tabassé par un jeune salafiste. L'imam a été frappé à sa sortie de la mosquée après avoir assuré la prière des «tarawih». Les agressions contre les imams peuvent aller jusqu’à la mort comme ce fut le cas, il y a quelques mois, à Ain-Naadja où un imam a été poignardé à mort.
Un autre a également été tué à Draria, sur les hauteurs d’Alger. Suite à tous ces incidents, des campagnes de sensibilisation au profit des imams sont régulièrement organisées et «font l'objet de veille de la part des inspecteurs au niveau des directions locales et des imams», a assuré Mohamed Aïssa, ajoutant que les conseils scientifiques procèdent actuellement ? une révision des licences délivrées aux bénévoles au niveau des mosquées.
Les mosquées de la République «fonctionnent selon un référent unifié depuis la réintégration des mosquées au parc national en 1999», souligne le ministre, affirmant que tout prêche dans les mosquées doit faire l'objet d'une autorisation du ministère. Toujours sur ces sectes aux idées subversives, le ministère assure avoir pris toutes les dispositions pour préserver l'unité religieuse de la société algérienne et l’islam de nos ancêtres, prônant la modération ? travers les programmes de formation et l'amélioration du niveau des cadres religieux et des imams.