Mugabe lâche enfin  le pouvoir : Le rêve d’un nouveau Zimbabwe est permis !

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«Une décision volontaire (sic)»


Dénouement n Mugabe a mis un point final à 37 ans de règne sans partage sur le Zimbabwe, en présentant sa démission mardi sous la pression de l'armée, de son propre parti et de la rue qui a aussitôt laissé éclater sa joie.


Une semaine après un coup de force de l'armée, le plus vieux dirigeant en exercice de la planète, 93 ans, a annoncé sa décision historique dans une lettre au président de l'Assemblée nationale. «Moi, Robert Gabriel Mugabe (...), remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat», a lu Jacob Mudenda, provoquant un tonnerre d'applaudissements dans les rangs des élus qui débattaient depuis quelques heures de la destitution.
Le débat avait à peine commencé au Parlement, lorsque le président de l'Assemblée a lu la lettre de démission de M. Mugabe.
«Ma décision de démissionner est volontaire. Elle est motivée par ma préoccupation pour le bien-être du peuple du Zimbabwe et mon souhait de permettre une transition en douceur, pacifique et non violente, qui assure la sécurité nationale, la paix et la stabilité», a écrit le chef de l'Etat démissionnaire.
«Il n'avait plus d'autre choix. C'était écrit», a commenté le chef de la minorité parlementaire, Innocent Gonese, du Mouvement pour un changement démocratique (MDC).
Des Zimbabwéens euphoriques ont immédiatement arraché le portrait de M. Mugabe qui trônait dans le centre des conférences d'Harare où le Parlement était réuni. Très attendue, l'annonce du départ de l'homme fort du pays a été saluée par des milliers de personnes en liesse, dansant dans les rues de la capitale Harare sous un concert d'avertisseurs. «Je suis si heureux que Mugabe soit parti», a réagi mardi Tinashe Chakanetsa, 18 ans. «Trente-sept ans de dictature, c'est pas rien. Maintenant, je rêve d'un nouveau Zimbabwe dirigé par le peuple et non une seule personne. J'ai hâte de trouver un boulot une fois que l'économie sera remise sur pied.» «Nous sommes tout simplement heureux. Enfin les choses changent», a lancé à l'AFP Togo Ndhlalambi, coiffeur de 32 ans. «On se réveille depuis si longtemps en attendant ce jour.
Ce pays a traversé tant de périodes difficiles.» «Je suis tellement heureux, la situation va enfin changer, spécialement pour nous les jeunes», a exulté Walter Zvowuya, un diplômé d'université de 27 ans contraint de vendre de l'essence dans la rue. «Ce gouvernement nous avait laissé tomber.» L'armée, qui contrôle de fait le pays, a appelé au calme pour éviter tout débordement. Son chef d'état-major, le général Constantino Chiwenga, a invité la population «à faire preuve de la plus grande retenue et à pleinement respecter la loi et l'ordre». Accueilli en libérateur à l'indépendance de la colonie britannique en 1980, le «camarade Bob» a dirigé son pays d'une main de fer, muselant tous ses opposants et ruinant son économie. Mais il semblait indéboulonnable, étant le dernier chef d'Etat africain issu des luttes pour l'indépendance encore au pouvoir.


Un lot de potentats
l De l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié, destitué en 1974 après 44 ans de règne, au Burkinabé Blaise Compaoré, balayé en 2015 par un soulèvement populaire après 27 ans, l'Afrique a connu son lot de potentats apparemment inamovibles, tombés subitement de leur piédestal. Mais le rythme s'accélère, soulignent les experts. «Le chef qui dure 30 ou 40 ans, c'est quelque chose de moins en moins accepté en Afrique», constate Rinaldo Depagne, de l'ICG. Pour Gilles Yabi, la fin de Mugabe «peut constituer le signal, pour des dirigeants âgés et au pouvoir depuis très longtemps, qu'il vaut peut-être mieux partir volontairement».
L'échec de cette succession patrimoniale devrait faire réfléchir au Gabon, où Ali Bongo Ondimba (fils de feu le président Omar Bongo) est accusé de dérive «monarchique», ou au Togo, où les manifestants défient le régime de Faure Gnassingbé, qui a également succédé à son père, Gnassingbé Eyadéma, arrivé au pouvoir il y a 50 ans, soulignent les experts. Et la semaine dernière, en Angola, le président Joao Lourenço, successeur de José Eduardo dos Santos, qui a passé la main en septembre après 38 ans, a limogé la fille de celui-ci de la direction de la compagnie pétrolière nationale.


Démonstrations de joie à Johannesburg

Des centaines d'émigrés zimbabwéens sont descendus dans les rues de Johannesburg mardi pour manifester leur joie après l'annonce de la démission du président du Zimbabwe, Robert Mugabe, plus tôt dans la soirée.
«Nous voulons retourner au pays dès demain, même cette nuit. Je suis tellement heureuse», s'est exclamée à de l'AFP Nikiwe Khumalo, 60 ans, qui a quitté son pays en 1981 «pour trouver de quoi manger» en Afrique du Sud, le pays voisin.
Au son des vuvuzelas, agitant des drapeaux du pays, dansant et tapant des pieds, les Zimbabwéens ont envahi un carrefour du très cosmopolite Hillbrow, un quartier de Johannesburg où vit une forte communauté d'immigrés africains. En famille, les manifestants brandissaient des pancartes «Le peuple heureux, le Zimbabwe heureux» ou «Nous sommes libres».
Des centaines de milliers de Zimbabwéens ont émigré vers l'Afrique du Sud voisine ces dernières années, pour échapper à la misère et au chômage dans leur propre pays. Robert Mugabe est accusé d'avoir ruiné son pays, autrefois prospère, par des mesures économiques inappropriées. «Nous allons retourner au pays construire un meilleur Zimbabwe (...), nous allons travailler et ouvrir des commerces», s'est réjoui un autre Zimbabwéen, Ruben.
Pour Cléopatra, 16 ans, dont les parents ont émigré dans la nation «arc-en-ciel» avant sa naissance, la démission du chef de l'Etat en exercice depuis 1980 avait un goût tout particulier. «Je n'ai jamais été dans mon propre pays. Je ne connais même pas mon pays d'origine», a expliqué l'adolescente, la voix tremblante. «Je n'en peux plus, je suis fatiguée. A cause de qui ? A cause de Mugabe !»


Mis sur orbite


Avenir -  Le Zimbabwe entre dans une nouvelle ère au lendemain de la démission de Robert Mugabe, qui régnait d'une main de fer sur ce pays d'Afrique australe depuis l'indépendance en 1980, mais a été lâché par son armée et son parti.


La période de transition qui s'ouvre devrait être dirigée par l'ancien vice-président Emmerson Mnangagwa, 75 ans, bombardé dimanche président du parti au pouvoir, la Zanu-PF, et candidat à l'élection présidentielle de 2018.
Il doit rentrer ce mercredi au pays, a indiqué à l'AFP son assistant personnel. Il se rendra au quartier général du parti pour faire le point, puis au bureau de la présidence, a-t-il ajouté.
Emmerson Mnangagwa devrait désormais être nommé président par intérim du pays, a déclaré mardi le porte-parole de la Zanu-PF, Simon Kaya-Moyo. Sa nomination devrait être officialisée mercredi par le président du Parlement, selon la même source.
M. Mnangagwa avait appelé mardi M. Mugabe à démissionner. «J'invite le président Mugabe à tenir compte des appels lancés par le peuple à sa démission de façon à ce que le pays puisse avancer», avait-il déclaré dans un communiqué.
En exil depuis son éviction le 6 novembre, il devrait «prêter serment en tant que Président pour une période de 90 jours», a déclaré le porte-parole de la Zanu-PF.
Cacique du régime, celui que les Zimbabwéens surnomment «le crocodile» était aux commandes lors des différentes vagues de répression des quatre dernières décennies. Sans attendre sa nomination, l'opposition a demandé des négociations pour démocratiser le pays.
Mais un autre chantier attend le nouveau Président : la reconstruction d'un pays en ruines, où le chômage atteint 90% de la population.
«Le nouveau dirigeant devra montrer un visage sympathique à la communauté internationale», relève l'expert Derek Matyszak (Institut pour les études de sécurité - ISS). «Si le pays s'effondre, les militaires ne seront pas payés et il y aura un risque de nouveau coup d'Etat. Il faudra donc faire vite et bien.» Se hisser à la tête du Zimbabwe constituerait un aboutissement pour Emmerson Mnangagwa, ce fidèle serviteur du régime, aux rêves de pouvoir longtemps contrariés.
Dès l'indépendance du Zimbabwe en 1980, Robert Mugabe a mis Emmerson Mnangagwa sur orbite en lui confiant d'importants postes ministériels (Défense, Finances...).
Né le 15 septembre 1942 dans le district de Zvishavana, dans le sud-ouest d'un Zimbabwe alors britannique, le jeune Emmerson a grandi en Zambie. Fils d'un militant anticolonialiste, il rejoint en 1966 les rangs de la guérilla indépendantiste contre le pouvoir de la minorité blanche. Arrêté, il échappe à la peine capitale et purge dix ans de prison. M. Mnangagwa garde de ces années de lutte des liens très étroits avec les militaires du pays.
Le «crocodile» ne verse guère de larmes et n'est connu que pour sa dureté. Il expliquera un jour que ses années de guérilla lui ont appris à «détruire et tuer».
Alors chef de la Sécurité nationale, il dirige en 1983 la brutale répression des forces de l'ordre dans les provinces dissidentes du Matabeleland (ouest) et des Midlands (centre). Son bilan n'a jamais été confirmé, mais elle aurait fait environ 20 000 morts.
En 2008, il est chargé des élections auprès du Président et dirige les fraudes et les violences qui permettent à Robert Mugabe de conserver le pouvoir malgré sa défaite au premier tour.
R. I./ Agence


Grace Mugabe, la femme fatale


Figure -  Les adversaires de Robert Mugabe le soupçonnent d'être tombé sous la coupe de sa deuxième épouse, Grace.


C'est la deuxième épouse de Robert Mugabe, Grace, 52 ans, qui a précipité la chute de son régime. Le 6 novembre, l'impopulaire Première dame a obtenu l'éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa, qui lui barrait la route dans la course à la succession de son mari, à la santé de plus en plus fragile.
«Mugabe a autorisé sa femme à abuser des ressources de l'Etat (...), à insulter et humilier le vice-président de ce pays, l'honorable Emmerson Mnangagwa» et à «menacer de tuer le vice-président Mnangagwa», l'a accusé son parti dans sa motion de destitution.
Elle se décrivait comme une «villageoise» chanceuse d'avoir été choisie par le chef d'Etat. La Première dame du Zimbabwe, Grace Mugabe, a révélé sur le tard une inextinguible soif de pouvoir qui a poussé le régime de son mari dans le gouffre.
Ex-secrétaire du président Robert Mugabe, Grace, 52 ans, a longtemps été considérée comme une femme frivole, sans intérêt pour la politique. Profitant de la santé vacillante de son époux nonagénaire, elle s'était imposée ces dernières années dans le premier cercle du pouvoir et ne cachait plus son intention de prolonger la dynastie Mugabe, en lui succédant le jour venu. «J'étais très jeune quand j'ai commencé à vivre avec le président Mugabe. Mais il a été patient avec moi et il a pris le temps de faire de moi la femme que je suis aujourd'hui», déclarait-elle en 2012 pour ses premiers pas dans l'arène politique.
Longtemps, Grace se contente de jouer les Premières dames de luxe. Baptisée «Gucci Grace», «la Première acheteuse» ou encore «Disgrace», elle s'attire les critiques pour ses extravagantes dépenses et un goût prononcé pour les affaires financières. Protégée par son époux, à la santé de plus en plus fragile, elle fait ses premiers pas sur la scène politique en 2014, en prenant la tête de la puissante Ligue des femmes de la Zanu-PF.
Véritable pasionaria, elle parcourt le pays en fustigeant tous ceux qui ne se rangent pas derrière le chef de l'Etat.
Les observateurs de la vie politique locale la disent soutenue par un groupe de jeunes quadras ambitieux réputé pour ses actions violentes, baptisé par certains le «G40».
Forte de la protection de son mari, Grace Mugabe devient très redoutée au sein du régime, d'autant plus que ses crises de colère sont légendaires. En 2009, elle frappe un photographe britannique qui prenait des photos d'elle dans un hôtel de luxe à Hong Kong. En août dernier, elle est accusée d'avoir agressé un mannequin à Johannesburg. L'affaire fait scandale et contraint l'Afrique du Sud à lui octroyer l'immunité.
Dans un entretien accordé depuis à la télévision publique sud-africaine SABC, elle a assuré ne plus se préoccuper de ce que les autres pensent d'elle. «J'ai la peau dure, ça m'est égal», dit-elle, «mon mari dit que l'ignorance est source de félicité».