Elle est aussi vieille que le monde : La superstition : un phénomène planétaire

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Des signes et des significations


Croyance -  Pour conjurer le sort ou échapper à un mauvais sort, il est de coutume en Europe de croiser les doigts. Ces doigts selon une logique que nous ne maîtrisons pas auraient des vertus magiques.


La superstition, pour être définie, est grosso-modo l'absence de foi ou plutôt l'excès de foi en toute chose au point d'ailleurs que la superstition donne une âme, un cœur et un pouvoir aux choses qu'elles n'ont pas.
Il faut tout de même souligner que la superstition n'est pas exclusive à l'Algérie, elle est mondiale, planétaire même chez les peuples les plus avancés et les plus développés. Elle est aussi vieille que le monde.
Les gaulois par exemple croyaient dur comme fer que le ciel pouvait à tout moment leur tomber sur la tête. Dans certains foyers algériens du sud, des enfants qui marcheraient à quatre pattes à la maison, même par jeu, est signe que des invités ne vont pas tarder à arriver. Des souliers l'un sur l'autre seraient signe de départ et de voyage ou même d'absence prolongée.
Votre œil qui clignote sans raison est, paraît-il, l'expression de gens qui parlent de vous ou qui vous évoquent. Si c'est l'œil droit, c'est bon signe, on dit du bien de vous et si c'est l'œil, gauche on casse énormément de sucre sur votre dos.
Savez-vous par exemple que dans la wilaya de Mostaganem, et plus précisément dans la ville de Mostaganem, on ne doit jamais prononcer le mot fermer ?
En Europe les superstitieux les plus téméraires ne passeront jamais sous une échelle sous prétexte que cela porterait malheur. Dans les pays arabes voir un juif ou un aveugle à la première heure de la journée est signe de mauvais augure. Le corbeau ou la corneille sont considérés également dans toutes les sociétés de la planète comme étant porteurs et porteuses de mauvaises nouvelles voire annonciateurs même de la mort. L'hirondelle au contraire annonce non pas seulement le printemps mais de très belles nouvelles. Chez nous, se gratter la paume de la main gauche signifie qu'on va dépenser beaucoup d'argent. Pour conjurer le sort ou échapper à un mauvais sort, il est de coutume en Europe de croiser les doigts. Pourquoi les doigts ?
Personne n'est capable de nous l'expliquer.
Ces doigts selon une logique que nous ne maîtrisons pas auraient des vertus magiques.
Deux doigts serrés par exemple font fuir le malheur et cinq doigts regroupés (la fameuse main de Fatma) font fuir le mauvais sort et bien sûr le mauvais œil .
Sur un autre plan par exemple, les commerçants, les vieux commerçants ont décidé de ne plus accorder de crédit aux clients même les plus réguliers le matin de bonne heure, à l'ouverture du rideau. Une journée qui commence avec du crédit, expliquent-ils, est une journée mauvaise pour le négoce.

L’histoire du chat noir


Légende -  Cette curieuse superstition serait née un jour qu'une nouvelle mariée, belle et pauvre avait croisé un chat aux yeux très perçants. A force d'être fixée par l'animal, elle finira par se confier à lui.


Le verbe fermer, dans l'esprit des citadins de Mostaganem est un mot impropre qu'on ne devrait jamais utiliser. Par une seule vertu, selon eux, il empêcherait de venir tous les bienfaits que Dieu vous envoie. Et la porte suivant ce raisonnement obtus en est la cause du moins quand elle est fermée.
En d'autres termes ne jamais prononcer ce mot concernant une porte quitte à dire le contraire de ce que l'on souhaite. Pour dire fermez la porte, il faudrait dire ouvrez cette porte comme si cette porte à elle seule pouvait "bloquer" et "arrêter" la force divine.
Dans de nombreuses régions du pays, croiser un chat noir n'est pas un bon signe, bien au contraire.
A Mostaganem, on pousse le ridicule jusqu'à fixer droit dans les yeux ce chat et lui demander même quelques faveurs.
Cette curieuse superstition serait née un jour qu'une nouvelle mariée, belle et pauvre avait croisé un chat aux yeux très perçants.
A force d'être fixée par l'animal, elle finira par se confier à lui : « Si tu avais le moindre pouvoir petit chat et puisque j'ai l'air de te plaire, tu me débrouillerais 10kg d'amandes, 10kg de beurre, un gros mouton et des fruits de saison et même hors saison ». Le chat s'en alla par la gouttière et la belle mariée se remit à son labeur.
L'incident était clos et la jeune femme oublia en quelques minutes sa confidence faite au chat.
Une semaine passa dans ce quartier populaire où gagner sa vie relevait de la gageure et un beau matin on frappa à la porte de la jeune mariée, son mari étant au travail.
Elle ouvrit la porte et un homme décemment vêtu lui dira. "Voilà madame la commande que avez faite il y a une semaine. Elle a été payée et honorée".
- Mais payée par qui ? demande la mariée
- Nous ne savons pas par qui, un homme est venu au magasin il a passé commande, a payé et est parti en nous demandant de rester discret.
C'est à ce moment là qu''elle se souvint de la confidence qu'elle avait faite u chat et apparemment tout ce qu'elle avait souhaité était là y compris le mouton.
Mais qui était ce chat ? La question ne cessera pas de la tarauder pendant une semaine jusqu'au jour où sa belle mère, mise au courant de ce curieux bienfait lui fournira la réponse : un djinn, un djinn déguisé en chat noir et qui se serait laissé attendrir par la naïveté et la beauté de la jeune femme.
Depuis, les mostaganémoises ont une autre approche des chats noirs. Mais leur superstition est la même.

Les mausolées


Tradition -  Selon de vieilles superstitions, il est demandé aux visiteurs de couper un petit morceau d'étoffe et de le garder par devant soi pour obtenir la baraka du Saint à tout moment. Un peu comme un porte bonheur.


Il y a quelques années, les algériens de la campagne ne se contentaient pas de construire des mausolées aux Saints de leur région, ils poussaient encore plus loin le respect du à ces hommes de foi. Ils bâtissaient près du site, un logement de fonction muni d'une courette et destinés au "moukhadem".
Cet homme à qui l'on donnait ce titre prestigieux ne pouvait être que l'ami et le confident du Saint ou à défaut son meilleur élève.
La fonction de ce mokhadem est d'abord d'accueillir les invités et les visiteurs surtout lorsqu'ils viennent de loin, éventuellement de leur servir de l'eau quand ils ont soif et du café pour leur permettre de se reposer.
Certains moukhadem vont plus loin dans leur rapport avec le visiteur, ils lui offrent à déjeuner.
En retour, ce visiteur à son départ, offrira à son hôte un beau billet de banque et parfois plusieurs billets de banque.
Des visiteurs viennent parfois chargés de victuailles et de plats déjà préparés, certains même, pensant que le moukhadem avait le pouvoir d'intercéder
auprès du Saint, viendront avec des agneaux prêts à être égorgés.
C'est à partir de là que commencent les superstitions autour du Saint.
Pour des raisons qui échappent à tout entendement, le tombeau du disparu est recouvert d'étoffes précieuses de toutes les couleurs et de toutes les qualités.
Pour gagner les bonnes grâces du Saint, la "vox populi" prétend qu'il peut lui offrir un "mendil" c'est à dire un foulard de soie de préférence et le poser délicatement sur la sépulture.
Avec le temps, le tombeau du Saint se trouve recouvert avec une multitude d'étoffes.
Selon de vieilles superstitions, il est demandé aux visiteurs de couper un petit morceau d'étoffe et de le garder par devant soi pour obtenir la baraka du Saint à tout moment. Un peu comme un porte bonheur.
Certaines pratiques tournent carrément à la manifestation païenne et enlèvent aux lieux toute leur sainteté. Des femmes par exemple entrent dans la gouba en pleurant à chaudes larmes, se griffent les joues et demandent au Saint de les venger de leurs époux qui les a battues.
Comme si un mort avait le pouvoir de ressusciter et d'aider ses prochains. D'autres femmes qui n'ont jamais pu procréer et donc stériles s'arrachent les cheveux devant la sépulture et jettent ostensiblement leurs ceintures pour indiquer au Saint leur incapacité à avoir des enfants, une "tare" impardonnable en milieu rural. Une "tare" qui conduit souvent au divorce avec tout ce que cela suppose.


Sang

Une statue du Christ qui ferait jaillir du sang à chaque manifestation religieuse, il n'y a que les italiens capables d'un tel exploit technique.
Il n'empêche que pendant presque un siècle des moines ont fait "marcher" des fidèles avec cette invention.
C'est Napoléon au cours de sa campagne d'Italie qui fera arrêter par la force cette grossière arnaque.
Depuis, la statue ne fait plus jaillir la moindre goutte de sang.


Nouvelles demeures

Rituel  La nouvelle maitresse de maison devra, avant même de s'installer et de placer son mobilier, pétrir une pâte et la placer dans chaque coin de la maison.Cette offrande est un peu comme les lettres de créances auprès des esprits qui l'habitent.


Il y une coutume concernant les maisons en construction et qui n'est qu'une vulgaire superstition qui ne repose sur rien : Pour échapper au mauvais œil , le propriétaire du chantier accrochera une roue, un pneu ou tout ce qui est rond au sommet du chantier. Ces pneus sont censés, paraît-il, chasser le mauvais œil et l'éloigner. Une fois la nouvelle demeure terminée et le chantier levé, le propriétaire devra "faire couler le sang" c'est à dire égorger un mouton "en l'honneur des djinns qui habiteraient sa nouvelle maison. Le rituel n'est pas fini pour autant.
La nouvelle maitresse de maison devra, avant même de s'installer et de placer son mobilier, pétrir une pâte et la placer dans chaque coin de la maison.
Cette offrande est un peu comme les lettres de créances de la maîtresse de maison auprès des esprits qui l'habitent et qui doivent lui permettre d'y vivre en toute quiétude. Bien sûr cette tradition est en train de se tarir et les nouveaux couples n'ont que très peu de considération pour ce genre de manifestation.
Mais il est clair que cette superstition fait partie de la vie quotidien et atteint même l'interprétation des rêves. Chaque région du pays a sa propre interprétation de tel ou de tel rêve. Donner quelque chose à un mort en songe est signe de malheur dans certaines régions du pays, dans certains autres, elle est le signal d'un début d'appauvrissement.
Recevoir quelque chose d'un mort est interprété partout comme un présage d'opulence et de bonheur. Changer par exemple de soulier pour un célibataire est toujours synonyme de mariage ou d'union.
Le beurre, le lait et tous les laitages sont considérés en songe comme le signal du bonheur et la satisfaction de tous les besoins alimentaires à la maison.
Se gratter le nez sans raison et de manière répétée cela signifie paraît-il que vous allez déguster de la viande.
Mais il faut se dire que le problème de la superstition déborde souvent sur le sacré ou du moins qui a une incidence directe avec le dogme.
I.Z