Son exploitation  est sujette  à polémique / Gaz de schiste : «une bénédiction, si on sait y faire…»

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L’Algérie veut encourager les investissements dans les hydrocarbures non conventionnels dont le schiste. Ce revirement «ne signifie ni l’ouverture de la porte de l’enfer, ni aller à l’aventure. Bien au contraire, elle va garantir la poursuite de la promotion des revenus nationaux dans le domaine de l’énergie»

, assure le Premier ministre quelques mois après la déclaration de l’ex-ministre de l’Energie et des Mines qui avait indiqué, fin avril, dernier que «l’Algérie n’a pas besoin pour le moment d’exploiter le gaz de schiste que recèle le sous-sol du pays». La relance du projet d'exploitation du gaz de schiste sera, toutefois, accompagnée d'explications et de dialogue, a indiqué le Premier ministère, histoire de rassurer les populations du Sud qui tout au long de l’année 2015 ont manifesté par des grèves successives. Les opposants à l’exploitation du gaz de schiste s’alarmaient des quantités d’eau colossales requises par cette technique, dans des régions en situation de stress hydrique permanent, au-delà des périls que fait peser la fracturation hydraulique sur l’environnement, avec des risques sérieux de contamination des sols et des nappes phréatiques.

Les populations  du Sud s’inquiètent,  le gouvernement rassure


Etude -  Les potentialités de Sonatrach permettent d’être optimiste quant aux perspectives d’avenir pour le secteur des énergies, selon des évaluations réalisées par des compagnies pétrolières internationales.


L’Algérie dispose de 4 940 trillions de pieds cubes (TCF) de réserves de gaz de schiste, dont 740 TCF sont récupérables sur la base d’un taux de récupération (TR) de 15%. Ces réserves récupérables ont été calculées pour les zones d'Ahnet, Timimoun, Mouydir, Illizi et Berkine.
Avec un TR de 15%, l’Algérie occupe la 4e position mondiale en termes de ressources techniquement récupérables, juste après les Etats-Unis, dont le TR varie entre 20 et 50% selon les gisements, vient ensuite la Chine et l’Argentine, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie sur le gaz de schiste réalisé en 2013. Devant ces chiffres si prometteurs, Ouyahia ne cache pas son ambition de vouloir exploiter le gaz de schiste pour répondre aux besoins nationaux et défendre la part de marché de Sonatrach et en trouver d’autres.
La nécessité de réviser la loi du secteur des hydrocarbures qui connait de grands changements dans le monde s’impose ainsi, obligeant l’Algérie à se tourner vers d’autres énergies. «Une relecture de cette loi est nécessaire en fonction des défis actuels dans le domaine de l’énergie», a souligné le Premier ministre. Ouyahia a, pour la première fois, révélé que de nombreux investisseurs étrangers intéressés par le secteur des hydrocarbures en Algérie se sont présentés à des appels d'offres mais se sont retirés trouvant que la loi actuelle sur les hydrocarbures n'accordait pas les facilités voulues. «Cette loi doit être attractive, surtout que le marché international a beaucoup changé», a-t-il déclaré.
Au passage, il a cité l'exemple des Etats-Unis, l'un des clients du gaz algérien qui a réalisé une autosuffisance en exploitant le gaz de schiste et du Qatar qui a trouvé une voie vers le marché européen et du Mozambique qui a découvert un immense gisement de gaz naturel. Se tourner vers le gaz de schiste semble être pour les pouvoirs publics plus qu’une nécessité d’autant plus que «Sonatrach dispose de capacités nécessaires pour expliquer aux Algériens qu’il ne s’agit pas là d’une démarche aventurière mais d’une option visant à garantir l’avenir en matière énergétique», a expliqué le Premier ministre.
«C’est un message d’espoir au peuple algérien, notamment en cette période difficile marquée par une fluctuation des cours du pétrole sur les marchés internationaux», a-t-il indiqué.
«Il est temps pour que Sonatrach exploite toutes ses énergies au service de l’entreprise et du pays», a-t-il recommandé aux responsables du groupe pétrolier national. «Les importations des carburants nous reviennent très chers et la dépréciation de la valeur du dinar rend la situation encore plus difficile.
Il est donc nécessaire d’intensifier les efforts pour augmenter la production des carburants», a-t-il souligné. Le Premier ministre tient toutefois a assurer que la relance du projet d'exploitation du gaz de schiste sera accompagnée d'explications et de précisions envers l'opinion nationale et de dialogue avec les populations des régions concernées et que rien ne sera entrepris en mettant en danger la santé des Algériens.

Halte au gaspillage d’énergie

Le problème de gaspillage de l'énergie en Algérie a été largement commenté par l’expert Chems Eddine Chitour qui est allé jusqu'à affirmer que «le plus grand gisement de l'Algérie est celui des économies des énergies». De l’avis de cet expert, l'Etat «favorise ce gaspillage par le bradage des prix de l'électricité, des carburants et de l'eau». Selon lui, la politique des subventions telle qu'elle est appliquée actuellement est «dangereuse d’autant plus que 80% des subventions vont vers ceux qui n'en ont pas besoin». Ainsi, en raison de cette mauvaise répartition des subventions, «25% des carburants utilisés en Tunisie proviennent de la contrebande au détriment de l'économie algérienne». L'une des premières mesures est de réduire le gaspillage évalué à au moins 20% en allant d'une manière graduelle vers les prix réels, selon l’intervenant. «Tous les départements ministériels sont concernés et doivent réduire leur train de vie, notamment dans le domaine des transports en donnant l'exemple de l'utilisation de carburants tels que le sirghaz ou le GNC. Cela diminuera la pression sur les carburants et surtout le gasoil», a-t-il ajouté. L'Algérie, dit-il, «ne pourra pas continuer longtemps à importer des quantités importantes de carburant, soit près de 3,4 milliards de dollars, dont une grande partie contribue à aider les pays voisins par le phénomène de l'hémorragie».

C’est quoi le gaz de schiste ?
l Le gaz de schiste est un gaz naturel contenu dans des roches riches en matières organiques. Il est piégé dans la roche où il a été formé, ce qui rend son extraction difficile et potentiellement polluante pour les sols et les nappes phréatiques. L'exploitation à grande échelle du gaz de schiste a démarré au début des années 2000 lorsque le prix des hydrocarbures est passé au-dessus d'un seuil élevé en relation avec la stagnation de la production du pétrole et du gaz conventionnel et la croissance de la consommation énergétique mondiale. Grâce au gaz de schiste les Etats-Unis sont passés en 2012 du 4e au 6e rang dans le classement des importateurs nets de gaz naturel et dans l'avenir pourraient, selon certaines prévisions, redevenir un exportateur net d'énergie.

Chems Eddine Chitour : «Notre meilleure banque est notre sous-sol.»


Déclaration -  «Le gaz de schiste constitue un potentiel très important pour l'Algérie d'où la nécessité de l'exploiter de manière rationnelle.»


«Le potentiel en énergies fossiles dont dispose le pays est important, notamment en ce qui concerne le gaz de schiste dont les réserves doivent être exploitées tout en veillant à la protection de l'environnement», a soutenu l’expert dans les questions énergétiques Chems Eddine Chitour. Il a néanmoins rappelé la nécessité pour l’Algérie, qui est classée au 3ème rang mondial après la Chine et l'Argentine en termes de réserves de gaz de schiste, d’adopter une stratégie énergétique «fiable».
«Les gaz de schiste sont une bénédiction du ciel si on sait y faire. Ce sera une malédiction si on continue de fonctionner sur un modèle de distribution de la rente avec comme calamité supplémentaire, le saccage du Sahara», a-t-il indiqué, soulignant qu’une étude algéro-américaine montre que l’Algérie possède six bassins potentiels pour des réserves estimées à 21 000 milliards de mètres cubes. «Nous avons les moyens d'assurer une transition énergétique en douceur qui sera voulue et qui sera brutalement subie si on continue avec cette mentalité de rentier qui est le cimetière de l'intelligence puisqu'on ne demande pas à l'Algérien de penser, mais de dépenser d'une façon frénétique une ressource qui appartient aussi aux générations futures», ajoute l’expert qui rappelle dans ce cadre que les ressources fossiles algériennes conventionnelles sont sur le déclin. «Le miracle du gaz de schiste ne doit pas déboucher sur une fuite en avant, mais sur la nécessité de réfléchir sérieusement à une transition énergétique pour sortir du tout-hydrocarbures.» «Notre meilleure banque est notre sous-sol, il ne faut extraire du sous-sol que ce qui est strictement nécessaire au développement vu comme création de richesse et non comme consumation d'hydrocarbures pour asseoir une situation sociale éphémère de farniente», a t-il averti tout en insistant sur l’importance de faire sans tarder un état des lieux de ce dont nous disposons en termes de ressources avant de passer au gaz de schiste. Pour Chems Eddine Chitour, «nous devons sans tarder, à l'instar des grandes nations, mettre en place cette transition énergétique qui est d'ailleurs consubstantielle d'une transition économique de création de richesses. Nous devons le faire avant qu'il ne soit trop tard !»
Abordant l'importance du bouquet énergétique dont dispose l'Algérie, notamment les pétrole et gaz conventionnels, le gaz de schiste, l'énergie solaire, la biomasse et la géothermie, Chitour a souligné l'importance d'exploiter tout ce potentiel de manière rationnelle et optimale et privilégier une vision de futur.
A ce propos, il a cité l'exemple des pays voisins (Tunisie et Maroc) qui sont relativement à l'avance en matière des énergies renouvelables. Concernant la loi sur les hydrocarbures en vigueur, le même expert a salué l'annonce faite par le gouvernement pour la révision de cette ordonnance datant de 2013, et ce, en raison des changements et perturbations que connait le marché mondial de l'énergie depuis ces dernière années notamment avec la dégringolade des prix du pétrole. «La loi de 2013 n'est pas attractive, il faut donc la réviser en fonction des changements et besoins actuels», a-t-il expliqué.


Les arguments de Guitouni


Thèse- Encourager la prospection est destiné à mieux connaître le potentiel national en hydrocarbures schisteux et préserver l’indépendance du pays en énergie, selon M. Guitouni.


L’annonce de la relance du projet d’exploitation du gaz de schiste a réveillé les agitateurs politiques qui tentent de manipuler la population, notamment du Sud du pays, selon les autorités. Pour éviter de revenir aux manifestations de 2015, le ministre de l’Energie assure vouloir communiquer et rassurer la population sur les progrès de la technologie et sur ce que font les autres pays dans ce domaine. Mais aussi sur la façon dont les schistes ont complètement modifié la structure des prix et l’architecture des marchés. Il s’agit d’expliquer «notre ferme volonté de strictement respecter l’environnement, la santé et la sécurité de la population qui figure en tête de nos préoccupations», a-t-il réitéré. «Le recours à l’exploitation au gaz de schiste, prévu dans le cadre de la politique gouvernementale de diversification des sources d’énergie, ne se fera pas au détriment de la santé de la population», a-t-il insisté.
Il a observé que les techniques d’exploitation ont beaucoup évolué et que la fracturation hydrique verticale qui s’effectuait en profondeur a été délaissée au profit d’une autre méthode de forage horizontale qui permet de préserver les eaux souterraines de toute forme de pollution chimique ce qui a permis à des pays tels que les Etats-Unis, la Chine et l’Argentine d’exploiter cette ressource.
Guittouni a expliqué qu’actuellement, le tiers de la production (gaz, pétrole, essence, gasoil et gaz naturel) est consommée en Algérie, l’autre tiers est exporté et le dernier tiers est réinjecté pour maintenir les puits en pression. «Si on continue à consommer sans penser à augmenter nos capacités de production, d’ici 2025 toute notre production sera destinée à la consommation nationale», a-t-il mis en garde. L’exploitation du gaz de schiste offre à l’Algérie l’opportunité d’augmenter sa production pour honorer ses engagements nationaux et internationaux, a-t-il dit.
Le ministre a informé que l’Etat est en train de former le personnel qui sera chargé de l’exploitation du gaz de schiste. Cette exploitation se fera par des Algériens avec un éventuel recours à l’expertise et à l’expérience étrangère, a-t-il observé.
Tout en citant les nouvelles technologies permettant d'extraire le gaz du schiste avec moins de risques environnementaux, Mustapha Guitouni a souligné que ce gaz non conventionnel est une «option» qui a été prise et vers laquelle «on va aller et on doit aller» vu la forte consommation enregistrée en matière de gaz naturel, assurant que pour l’heure le dossier du gaz du schiste est encore au stade d'étude et sera traité d'une manière «convenable» à l'instar de ce qui se fait dans les autres pays.