Syrie / «Il n’y a pas de solution militaire»

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Place au processus politique


Point de vue -  «Les présidents sont d'accord pour dire que le conflit en Syrie n'a pas de solution militaire» et ont confirmé leur «détermination à vaincre l'EI», selon ce communiqué publié sur le site internet du Kremlin et par la Maison-Blanche.


Les deux chefs d'Etat ont, au cours du sommet de l'Asie-Pacifique (APEC) dans la ville côtière de Danang du centre du Vietnam, échangé par deux fois une poignée de main, ainsi que quelques mots, mais sans véritable tête-à-tête.
«Les présidents ont confirmé leur engagement envers la souveraineté de la Syrie, son indépendance, son unité, son intégrité territoriale et sa nature séculaire» et ont appelé toutes les parties à participer aux discussions menées par l'ONU à Genève, indique le document commun.
La Russie mène en Syrie une campagne de bombardements depuis 2015, en soutien au président Bachar Al-Assad, et a fait basculer le conflit en sa faveur.
«Les présidents ont aussi discuté la nécessité de réduire les souffrances humaines en Syrie, et appelé tous les pays membres de l'ONU à augmenter leur contribution pour satisfaire aux besoins humanitaires dans les mois qui viennent», poursuit le communiqué.
Le commandement militaire russe a accusé récemment les Etats-Unis de «faire seulement semblant» de combattre l'EI en Irak et de gêner la contre-offensive soutenue par la Russie dans l'est de la Syrie. Mais d'après la déclaration commune, les deux pays «sont satisfaits» des efforts visant à prévenir les incidents entre leurs forces respectives en Syrie, «ce qui a considérablement accru les pertes de l'EI sur le champ de bataille au cours des derniers mois».
Le président russe Vladimir Poutine a appelé samedi à créer les conditions pour un processus politique en Syrie, l'action militaire anti-terroriste en Syrie touchant à sa fin, rapportent les medias russes.
«Désormais, il faut mettre en place les conditions nécessaires au processus politique en Syrie, car la lutte armée visant la destruction du foyer de terroristes en Syrie touche à sa fin», a déclaré Vladimir Poutine à l'issue du sommet de l'APEC, ajoutant que la Russie et les Etats-Unis ont convenu de s'engager dans cette voie.
Le président russe a indiqué en outre que la lutte contre le terrorisme sera toutefois «poursuivie de concert par la Russie et les Etats-Unis». Il a rappelé dans ce contexte que lui et son homologue américain Donald Trump avaient convenu, en marge du sommet, d'une déclaration commune sur la lutte contre le terrorisme en Syrie.
«L'essentiel, à l'heure actuelle, est d'achever ce travail (ndlr, action militaire) et de fixer les accords sur les zones de désescalade, de fixer le régime de cessez-le-feu, de créer les conditions pour le début d'un processus politique. C'est cet objectif qui est notamment inscrit dans notre déclaration russo-américaine conjointe. Je pense que ce sera un facteur substantiel dans le travail visant le règlement du problème syrien», a-t-il poursuivi.
«Aujourd'hui, nous nous sommes concertés sur le document avec le président des Etats-Unis. Je le trouve important parce qu'il met en relief certains aspects absolument fondamentaux. D'abord, c'est la poursuite de la lutte contre le terrorisme, ce qui est également important pour les Etats-Unis, surtout à la lumière des derniers événements tragiques dans ce pays en lien avec des attaques terroristes. C'est important pour nous, pour un pays qui est depuis longtemps confronté à ce problème. C'est important pour l'ensemble de la communauté internationale», a notamment indiqué  M. Poutine.


Alep : 70 individus armés rendent  les armes

Quelque 70 individus armés arrivés via le point de passage de Tayha ont déposé les armes dans la province syrienne d'Alep, relate samedi l'agence SANA.
«Dans le cadre des réconciliations locales, la situation de dizaines de personnes des deux banlieues est et nord d'Alep a été régularisée aujourd'hui», indique l'agence.
Selon un correspondant de SANA, les intéressés s'étaient rendus aux services compétents et engagés à «ne plus commettre des actes nuisant à la patrie».
L'agence cite également le membre de la commission des réconciliations, Imad Eddine Ghadhebane, qui appelle tous les combattants antigouvernementaux à «se tenir aux côtés de l'armée arabe syrienne dans sa guerre contre le terrorisme».
En 2015, le Président syrien Bachar Al-Assad avait signé un décret permettant aux combattants de nationalité syrienne ayant déposé les armes de bénéficier d'une amnistie et de reprendre une vie normale.
Les autorités provinciales négocient via des intermédiaires avec les chefs des groupes armés opérant encore en Syrie, les incitant à cesser les hostilités.
R. I. / Agence

Réconciliation et paix ?

Commentant le communiqué conjoint Trump-Poutine, un haut responsable du département d'Etat a estimé qu'il traduisait «un engagement pour arriver à une réconciliation politique, un processus de paix».
Sur le long terme, la solution pourrait se traduire par «un partage du pouvoir (entre communautés, ndlr), comme ce qui s'est passé en Irak», a précisé ce haut responsable.
La déclaration commune des présidents américain et russe intervient alors que l'EI a perdu ces dernières semaines toutes les villes qu'elle occupait en Syrie face au régime de Damas, soutenu par la Russie. Ce régime a aujourd'hui pu reprendre le contrôle de 52% du pays. La rébellion anti-Assad, elle, est devenue quasi-inexistante, ayant perdu de nombreux fiefs. Ses différentes factions se concentrent principalement dans la province d'Idleb (nord-ouest), frontalière de la Turquie.
Mais il faut encore trouver une solution politique au conflit, qui a faitplus de 330 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés. Déclenché en 2011 avec la répression de manifestations par le régime, le conflit en Syrie s'est complexifié au fil des ans avec l'implication de pays étrangers et de groupes djihadistes, sur un territoire de plus en plus morcelé. Si Moscou soutient le régime d'Assad, Washington est militairement engagé aux côtés des Kurdes syriens, fer de lance de la lutte contre l'EI.
Pour le haut responsable du Département d'Etat, la Syrie «a les mêmes dynamiques complexes» que l'Irak. A terme, «il y aura une présence alaouite (la minorité dont est issue le président, ndlr), une représentation sunnite», a-t-il affirmé, en notant également la participation des Kurdes irakiens au gouvernement fédéral de Bagdad.
Depuis 2011, toutes les initiatives prises pour trouver une issue à la guerre en Syrie ont échoué, avec le sort réservé au président Bachar Al-Assad comme principale point d'achoppement.

La transition en cours


Déclarations -  La défaite définitive de Daech est proche, a constaté la semaine dernière le chef d'état-major des forces armées russes, Valéri Guérassimov, pointant le rôle des conseillers militaires russes dans la déroute de cette organisation terroriste.


«Actuellement, les principales forces de Daech sont écrasées, un rien nous sépare de leur défaite définitive. La transition vers le règlement politique de la situation en Syrie est en cours», a soutenu Valéri Guérassimov, lors d'un collège du ministère russe de la Défense.
«A bien des égards, les succès des forces armées gouvernementales syriennes ont été possibles, grâce à nos officiers qui ont agi en tant que conseillers militaires», a-t-il ajouté, soulignant que «grâce à leurs efforts a été formé le 5e corps d'assaut volontaire qui, conjointement avec les milices populaires du général Souheil Al-Hassan a joué un rôle décisif dans la mise en déroute des troupes» de l'organisation terroriste autoproclamée Etat islamique (Daech/EI).
Et de mettre en avant «le rôle joué par les troupes du général Al-Hassan dans la libération de sites stratégiques et de villes du pays, dont Palmyre, Alep, Hama, Deir Ezzor.»
De même que celui du Centre russe pour la réconciliation des parties belligérantes dans la mise en place du cessez-le-feu dans le règlement politique de la crise. «Au total, plus de
1 000 agglomérations ont été libérées et plus de 54 000 membres de groupes armés illicites, dont 2 800 ressortissants de Russie et 1 400 ressortissants des pays voisins», a indiqué M. Guérassimov. Et d'expliquer qu'«en Syrie, les militaires russes ont dû faire face à un adversaire bien préparé: les terroristes avaient à leur disposition 1 500 chars et véhicules blindés, plus de
1 200 canons et mortiers.»
«Ils ne subissaient aucune pénurie de munitions et de moyens financiers, ceux-ci étaient régulièrement livrés depuis l'étranger.
Les capacités de ces forces n'étaient pas inférieures à celles des troupes gouvernementales syriennes et lors du début de l'intervention des forces aérospatiales russes dans le pays les terroristes contrôlaient plus de 70% des territoires syriens», a-t-il encoure dit. «En deux ans de participation de nos Forces armées aux combats, on a réussi non seulement à renverser la situation au profit des troupes gouvernementales, mais aussi à écraser de grands groupes armées, de libérer les villes clés et de débloquer les communications principales», a conclu le chef d'état-major.


Atténuer la tension

 Une entente sur l'atténuation de la tension entre les autorités syriennes et l'opposition armée dans les banlieues de Damas a été obtenue au cours de négociations, avec l'intermédiaire des dirigeants du Centre russe pour la réconciliation des parties belligérantes en Syrie, avait annoncé la semaine dernière le ministère russe de la Défense. «Le Centre sera le garant du respect de ces engagements», indique le ministère dans un communiqué, repris par l'Agence Sputnik. «Les négociations ont réuni des représentants du gouvernement syrien, des structures de force de la République arabe syrienne et des leaders de l'opposition armée déployée dans les localités à proximité de Damas», a précisé le ministère.


Un califat effondré

Après une montée en puissance fulgurante en 2014 et la conquête de vastes territoires en Syrie et en Irak, l'EI assiste aujourd'hui à l'effondrement de son «califat» : dans ces deux pays, il a perdu toutes les villes autrefois sous son contrôle.
En Syrie, après la perte de la ville de Deir Ezzor le 3 novembre, les forces du régime, soutenues par l'aviation russe, avaient annoncé jeudi avoir conquis Boukamal, la dernière ville du pays aux mains de l'EI, près de la frontière irakienne.
Mais, samedi, l'EI avait «repris le contrôle quasi-total de Boukamal, acculant les forces alliées au régime aux périphéries sud et est de la ville», a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Cette progression jihadiste survient après une contre-offensive et des embuscades, qui avaient permis dès vendredi à l'EI de reprendre près de la moitié de la ville, située dans la province de Deir Ezzor, dans l'est syrien. «De violents combats se poursuivent aux périphéries est et sud», a précisé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. Il a ajouté que Boukamal était la cible de raids aériens intenses, sans être en mesure d'en identifier les auteurs.
Dans la province de Deir Ezzor, l'EI tient par ailleurs plusieurs villages et au moins un champ pétrolier, selon l'OSDH.
L'organisation ultra-radicale est confrontée à deux offensives distinctes, l'une par les forces du régime et l'autre par les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenus par la coalition emmenée par les Etats-Unis. Après le déclenchement de manifestations contre le régime de Bachar Al-Assad en 2011, des groupes rebelles s'étaient emparés de pans de la province de Deir Ezzor ainsi que de sa capitale. En 2014, lors d'une offensive fulgurante, l'EI avait conquis ces zones.
Ailleurs en Syrie, l'EI est présent dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, dans la banlieue sud de Damas. Il contrôle également de petits territoires dans la province de Homs (centre-ouest) et la région de Deraa (sud).


Zones  de désescalade
l Pour dessiner l'ébauche d'une solution durable au conflit, plusieurs «zones de désescalade» ont déjà été instaurées à travers la Syrie, négociées par les parrains internationaux des belligérants.
Une trêve négociée par la Jordanie, la Russie et les Etats-Unis était observée dans le sud de la Syrie depuis juillet.
Samedi, Amman a annoncé que le secteur devenait officiellement une zone de désescalade.
Le ministre d'Etat jordanien pour les Affaires médiatiques et la communication, Mohammad Momani, a annoncé que les représentants des trois pays ont signé un accord à cet égard à Amman. Selon le ministre jordanien, l'accord constituait une étape importante des efforts des trois pays pour mettre fin à la violence en Syrie et créer l'environnement et les conditions appropriés pour parvenir à une solution politique durable à la crise syrienne.
Le nouvel accord, a-t-il dit, soutient une mesure prise par les trois pays en juillet dernier pour soutenir un cessez-le-feu dans les zones du sud-ouest de la Syrie, cessez-le-feu qui est entré en vigueur le 9 juillet.
«La création de la zone de désescalade permettrait de rétablir la stabilité et de faciliter la livraison de l'aide humanitaire», a-t-il soutenu.
Entre-temps, la lutte pour chasser l'EI de ses dernières poches en Syrie se poursuit.