Après la Catalogne, c’est au tour de la Lombardie et de la Vénétie en Italie / Europe : à l’ère des « petites patries »

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L'Europe doit "bien sûr craindre" la multiplication des petites patries, explique le président du Parlement européen , l’Italien Antonio Tajani, dans un entretien publié hier par le quotidien romain Il Messaggero. "C'est pourquoi personne en Europe n'a l'intention de reconnaître la Catalogne en tant qu'Etat indépendant", souligne-t-il. "Même Theresa May (le Premier ministre britannique), en plein Brexit, a dit que le Royaume-Uni ne reconnaîtrait jamais la Catalogne", poursuit-il. Selon M. Tajani, "l’Espagne est par son histoire un Etat unitaire, avec de nombreuses autonomies, avec des populations diverses, qui parlent aussi des langues différentes, mais qui sont un Etat unitaire". "Ce n'est pas en abaissant la bannière nationale qu'on renforce celle de l'Europe", assure-t-il. Antonio Tajani, qui appartient au groupe PPE (droite), prend soin de distinguer le référendum catalan de ceux de Lombardie et de Vénétie, deux régions italiennes qui votent ce dimanche pour demander plus d'autonomie. "D'abord ces deux référendums (en Lombardie et Vénétie) sont légitimes, ce qui n'était pas le cas en Catalogne", précise-t-il. "Et puis le référendum catalan était pour l'indépendance, alors que la Lombardie et la Vénétie demandent plus d'autonomie. Attention, donc, à ne pas interpréter les référendums de dimanche comme l'amorce d'une saison indépendantiste". "En Espagne il ne s'agit pas d'autonomie mais d'une proclamation d'indépendance au mépris de l'Etat de droit et contre la Constitution espagnole, qui est le fruit d'un référendum illégal promu en violant les règles de l'autonomie catalane", conclut Antonio Tajani.

Victoire des autonomistes en Vénétie et en Lombardie


Choix -  Les riches régions italiennes de la Vénétie et de la Lombardie ont voté hier à une écrasante majorité en faveur d'une plus grande autonomie, avec une participation suffisamment importante pour leur donner un pouvoir de négociation face à Rome.


Ce scrutin consultatif avait pris une teinte particulière après le vote d'autodétermination de la Catalogne, même si ses organisateurs ont répété hier soir que leur démarche restait pleinement dans le cadre de l'unité italienne. Selon les chiffres quasi définitifs, les électeurs ont voté à 95% en faveur du oui en Lombardie et à 98% en Vénétie. La participation était elle estimée à respectivement quelque 40% et 57%. Le président de la Lombardie, Roberto Maroni, avait indiqué qu'une participation supérieure à 34% serait un succès. En Vénétie, le scrutin n'était valide que si un quorum de 50% était dépassé. Le président de la Vénétie, Luca Zaia, a évoqué un "big bang" institutionnel, soulignant que la volonté d'autonomie était partagée "par une population entière" et non portée par un seul parti. La Vénétie, qui compte un riche tissu de PME, a une forte identité, notamment autour de Venise, qui fut indépendante pendant un millénaire. Dans cette région, la publication des résultats a été ralentie par une attaque de hackers. En Lombardie en revanche, on l'on votait pour la première fois sur des tablettes, le président de la région, Roberto Maroni, a assuré que le système avait fonctionné. Les électeurs devaient dire s'ils souhaitaient que leur région dispose de "formes supplémentaires et conditions particulières d'autonomie", selon la formule inscrite dans la Constitution. La nature et l'ampleur de cette autonomie doit désormais être négociée avec Rome puis validée par le Parlement. "J'ai voté oui pour donner davantage de pouvoir à la Vénétie dans une future Italie plus forte et plus fédérale. Non aux égoïsmes, oui à la bonne administration", a twitté le maire de Venise, Luigi Brugnaro, à la tête d'une municipalité de centre-droit. Matteo Salvini, le leader de la Ligue du Nord (extrême droite), parti au pouvoir dans les deux régions et promoteur du référendum, s'est félicité que des millions d'électeurs aient demandé "une politique plus proche, plus concrète et efficace, moins de bureaucratie et de gâchis". Le oui avait aussi le soutien de Forza Italia de Silvio Berlusconi (centre droit), du Mouvement Cinq étoiles (populiste) et de plusieurs syndicats et organisations patronales. Le Parti démocrate (centre gauche, au pouvoir) n'avait pas donné de consigne.

Que la richesse reste

La Lombardie (10 millions d'habitants) et la Vénétie (5 millions) figurent parmi les régions les plus riches d'Italie et contribuent à hauteur de 30% au PIB du pays. Elles sont aussi parmi les plus "vertueuses" en termes d'endettement, de dépenses publiques par habitant et du fonctionnement du système de santé. Surtout, elles présentent à elles deux un solde fiscal -différence entre ce que les habitants versent en taxes et impôts et reçoivent au titre des dépenses publiques - de quelque 70 milliards d'euros. Une somme colossale dont MM. Maroni et Zaia entendent réclamer la moitié à Rome, parallèlement à des compétences renforcées en matière d'infrastructures, de santé ou d'éducation. Ils estiment que les fonds publics sont mal gérés par l'Etat central et pourraient être utilisés de manière beaucoup plus efficace, y compris via des partenariats entre régions. "Je suis venu voter pour le oui parce que je pense qu'il est juste que (...) la richesse de la Lombardie y reste au moins à 50%", a déclaré un Milanais de 82 ans.

La boîte de Pandore

Si la Catalogne est dans toutes les têtes, "les similarités sont minimes, le sentiment indépendantiste n'étant pas très répandu" dans ces deux régions italiennes, a souligné Nicola Lupo, professeur à l'université Luiss de Rome. La Ligue du Nord elle-même a relégué aux oubliettes les velléités indépendantistes de ses jeunes années. Mais d'après certains analystes, ce besoin d'autonomie s'appuie sur certains des ressorts ayant conduit au Brexit ou à la crise catalane, à savoir une certaine défiance vis-à-vis des Etats centraux et de l'UE. Selon Lorenzo Codogno, expert chez LC Macro Advisors, bien que le processus "ne menace pas l'unité du pays, cela risque d'ouvrir la boîte de Pandore et mettre en action de larges forces centrifuges en Italie".

Catalogne : La semaine où tout va se jouer


Tournant -  Les dirigeants indépendantistes de la Catalogne étaient discrets sur leurs intentions alors que débute une semaine décisive avec l'adoption attendue des mesures drastiques du gouvernement espagnol pour reprendre le contrôle de la région qui menace de faire sécession.


"Nous devrons prendre les décisions avec un maximum d'unité", a déclaré plusieurs fois hier Jordi Turull, porte-parole du gouvernement séparatiste catalan après avoir dénoncé "un coup d'État contre les institutions de Catalogne". Il a affirmé que "tous les scénarios" pour y répondre étaient envisagés. Les chefs de groupe au Parlement catalan devraient se réunir ce lundi matin pour convoquer à nouveau les députés en session plénière, une séance qui offrirait une nouvelle opportunité aux séparatistes de déclarer unilatéralement l'indépendance. Samedi, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a annoncé qu'il allait demander au Sénat la mise en œuvre de l'article 155 de la Constitution pour l'autoriser à prendre le contrôle de l'exécutif catalan, de la police régionale et mettre sous tutelle le Parlement catalan, avec en ligne de mire l'organisation d'élections régionales début 2018. Le Sénat devrait voter ces mesures en séance plénière vendredi. La décision de Mariano Rajoy intervient au moment où les indépendantistes menacent de déclarer unilatéralement l'indépendance de la Catalogne, région où vivent 16% des Espagnols. C'est pour l'Espagne sa plus grave crise politique depuis qu'elle a renoué avec la démocratie en 1977. Les indépendantistes se fondent sur les résultats d'un référendum d'autodétermination interdit organisé le 1er octobre, qu'ils disent avoir emporté avec 90% des voix et un taux de participation de 43%. Le président indépendantiste de la Catalogne Carles Puigdemont a réagi samedi soir aux annonces de Madrid en dénonçant une atteinte à l'État de droit, qualifiée de "plus forte attaque" contre sa région depuis la dictature franquiste. Il a demandé que les parlementaires catalans se réunissent pour décider de la réponse à apporter à ces mesures. Jeudi, il avait menacé de convoquer le parlement régional pour proclamer l'indépendance si le gouvernement espagnol déclenchait l'article 155. Samedi soir pourtant, Carles Puigdemont n'a pas prononcé le mot "indépendance" dans son allocution. Son porte-parole a cependant déclaré qu'il faudrait "arriver au bout du mandat du 1er octobre", découlant du référendum. Dans les faits, les mesures proposées par Mariano Rajoy, qui dispose au Sénat d'une confortable majorité pour les faire approuver, déboucheront sur une suspension de facto de l'autonomie de la Catalogne, une région qui tient énormément à sa culture, sa langue et son autonomie reconquise après la mort de Francisco Franco.

Le parlement siégera jeudi

Les indépendantistes majoritaires au Parlement de Catalogne prévoient la tenue d'une séance plénière de cette assemblée dès jeudi, à la veille de la mise sous tutelle de la région prévue par Madrid, a annoncé le porte-parole de leur coalition. Cette séance du Parlement régional pourrait se prolonger jusqu'à vendredi, quand le Sénat à Madrid doit en principe voter sur les mesures de mises sous tutelle de la Catalogne, selon cet élu, Lluis Corominas. En cas de mise en œuvre de ces mesures drastiques, les séparatistes menacent de faire voter une déclaration unilatérale d'indépendance par le Parlement.

Vers une "désobéissance  civile massive"

Le parti d'extrême gauche catalan CUP a promis ce lundi d'orchestrer une campagne de "désobéissance civile massive" si le gouvernement central prend le contrôle de la région comme il menace de le faire en fin de semaine. Pour la Candidature d'unité populaire (CUP), allié-clef de la coalition du président séparatiste catalan Carles Puigdemont, cette décision de Madrid est "la plus grande agression" contre la Catalogne depuis la dictature de Francisco Franco (1939-1975), qui lui avait retiré son autonomie. Samedi, le Conseil des ministres a décidé de déclencher l'application de l'article 155 de la Constitution qui doit encore être autorisée par le Sénat, pour mettre en œuvre des mesures drastiques visant à reprendre le contrôle de la région: l'exécutif catalan serait limogé, le Parlement et les médias publics placés sous tutelle. Cette "agression" déclenchera une riposte, prévient la CUP, qui annonce une "réponse sous forme de désobéissance massive de la part des citoyens". La CUP est un allié indispensable de Carles Puigdemont, sa coalition de 62 élus ayant besoin des dix voix de cette formation radicale au parlement régional de 135 députés pour avoir la majorité.

Mise en garde  du gouvernement espagnol

Le président séparatiste de la Catalogne Carles Puigdemont n'aura plus aucun pouvoir samedi, une fois que le Sénat aura autorisé la suspension d'autonomie de sa région, a prévenu ce lundi la vice-présidente du gouvernement espagnol. "Le président de la Generalitat (exécutif catalan), n'exercera plus ses fonctions une fois cet accord publié", a déclaré Soraya Saenz de Santamaria questionnée par la radio Onda Cero sur ce que ferait le gouvernement si M. Puigdemont refusait de quitter ses fonctions. "Il n'aura plus de signature, il ne pourra plus prendre de décisions valables, il ne touchera plus son salaire", a-t-elle ajouté, en insistant sur le fait qu'il ne pourra plus jouir d'aucun bénéfice assorti à sa fonction. Le président catalan a notamment des gardes du corps, un appartement à Barcelone, dans le palais de la Generalitat, et des voitures de fonction. La vice-présidente n'a cependant pas précisé quelles mesures concrètes prendra le gouvernement si Carles Puigdemont, un ancien journaliste de 54 ans qui dirige la Catalogne depuis début 2016, désobéit.