Comment le colonisateur se représentait l'indigène : «Ya bon banania missié»

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Le sorcier blanc...


Mépris -  Selon leurs sociologues, leurs administrateurs et leurs pédagogues, l'Africain serait naturellement fainéant, paresseux, partisan du moindre effort, sans cervelle et sans tête, doué pour les sports et passionné pour la musique rythmée.

C’est incroyable à quel point la colonisation pouvait mépriser les peuples qu'elle occupait et asservissait par la même occasion. La vérité nous oblige à reconnaître qu'il n'y a pas que la colonisation française qui avait ce type de comportement, en fait tous les pays colonisateurs comme l'Espagne par exemple, l'Italie ou les Pays bas. L'image de l'indigène aussi bien au cinéma que dans la littérature était dévalorisée à souhait.
Au point d'ailleurs qu'à l'occasion de l'exposition universelle de Paris il y a plus d'un siècle, les Français dont certains n'avaient jamais quitté leur quartier se demandaient le plus naturellement du monde si les Noirs d'Afrique avaient, comme la plupart des animaux,une queue derrière les fesses.
Selon quelques indiscrétions vite tues à l'époque, les organisateurs de cette manifestation planétaire eurent une idée géniale pour ne pas décevoir leurs compatriotes qui voulaient à tout prix voir vivre des africains, de bâtir rapidement quelques cases de brousse avec leur calebasse et leur pilon pour écraser le mil. Pour ce qui est des hommes, ils feront appel tout simplement à des étudiants des différentes universités de Paris, qu'ils habilleront de pagnes en toute hâte et à qui ils colleront une queue sur leur postérieur.
Avec un ordre impeccable, ne pas parler en français mais en idiomes régional, ou en peul pour faire vrai et authentique.
L'image que les pays colonisateurs donneront aux colonisés n'a jamais été flatteuse. Selon leurs sociologues, leurs administrateurs et leurs pédagogues, l'Africain serait naturellement fainéant, paresseux, partisan du moindre effort, sans cervelle et sans tête, doué pour les sports et passionné pour la musique rythmée.
Donc difficile, voire même impossible, de faire de lui un citoyen responsable mais à peine une chair pour garnir les canons de la République.
Très peu porté pour les études, l'africain parlerait donc très mal la langue du maître, en l'occurrence le français. Certaines publicités commerciales sont restées célèbres malgré le temps du genre par exemple :"Ya bon banania missié"Cela pour l'Afrique subsaharienne. Pour ce qui est de l'Afrique du nord, il faut noter le fameux "Tapis mon zami". Elle sera tellement dégradée cette image du colonisé, qu'il ne sera jamais vouvoyé par ses tuteurs mais tutoyé pour bien marquer les limites qui peuvent exister entre le colonisé considéré comme un moins que rien et le colonisateur considéré comme un grand sorcier blanc qui sait tout et qui connaît tout.
Imaad. Zoheïr

A côté de la plaque


Œuvre -  Le film «Pépé le Moko» sera réalisé en partie à la Casbah au quartier pittoresque d'Alger marqué par ses venelles, ses terrasses basses et un charme tellement envoûtant qu'il vous fait perdre la voix.


Dans la littérature française comme au cinéma l’image de l’arabe est réduite à sa plus simple expression quand elle existe et qu’on se donne la peine de l’exhiber. Dans les BD et dans les dessins dits satiriques l’arabe curieusement est toujours barbu, mal rasé, porte une djellaba et un turban et s’il est du Moyen orient un cheche blanc à la façon des émirs.
Il y a toujours une demi lune dorée qui flotte au dessus de sa tête.
Leurs femmes portent toujours une voilette au visage et un voile blanc sur tout le corps ainsi que des babouches.
A part l’exceptionnel roman américain intitulé « la case de l’oncle Sam » et qui traite de l’esclavage, l’arabe et le noir africain sont à peine une ombre furtive dans les romans français.
Dans les romans de Camus, l’arabe fait à peine partie du décor, il n’a ni corps, ni âme mais seulement une présence.
C’est pire dans les réalisations carrément graphiques de la première moitié du 20e siècle.
L’arabe à l’écran ne parle pas ou si peu, il ouvre les portières de voiture, les portes d'ascenseur, il est utilisé comme chauffeur ou comme prote valise. C'est vers la fin de ce 20e siècle que l'arabe bouge enfin à l'écran grâce à des réalisateurs comme Luc Besson et des acteurs de très grande classe comme Nasri. Vers les années 80, des comédiens tels que Kateb Abdelmalek donneront même la réplique à des stars au hit parade des écrans français comme Luis de Funès.
Vers les années 30, l'Algérie était considérée par certains cinéastes comme des plateaux naturels de tournage.
Le film "Pépé le Moko" sera réalisé en partie à la Casbah au quartier pittoresque d'Alger marqué par ses venelles, ses terrasses basses et un charme tellement envoûtant qu'il vous fait perdre la voix.
La recherche à tout prix à l'écran de dépaysement peut souvent nuire au film et lui faire perdre toute crédibilité.
Ainsi par exemple dans "un de la légion", un long métrage tourné avec Fernandel devait au départ encourager les français à s'engager dans la légion et faire carrière dans un pays où tout leur était permis. Et que propose ce film à ses spectateurs ?
L'aventure dans le désert, la chevauchée des hommes en arme dans les dunes et l'amour immodéré des femmes pour les soldats de ce désert, leur burnous blanc et leur kepi.
Or, le désert n'a jamais existé à Sidi Bel Abbes et encore moins les dunes.
I.Z


Un navet retentissant


Constatation -  Mais ce qui est symptomatique dans ce film est le nombre de coups de pied au derrière donnés par Fernandel aux figurants. On a dû lui dire que l'Arabe marchait à coups de triques et le meilleur moyen de se faire comprendre et entendre par lui était le bâton à toute heure.


Là encore, à Sidi Bel Abbes, l'arabe fait partie du décor.
En fait de dune et de désert, ce long métrage aurait été tourné dans sa partie "désert" dans le sable marocain tout près. Ce désert servira également à un autre film plus déconnecté de la réalité que le précédent et avec le même acteur principal Fernandel. Il s'agit de "Ali Baba et les quarante voleurs". Le metteur en scène de ce navet n'a rien trouvé de mieux que d'embaucher quelques 200 figurants parmi les marocains les plus pauvres et les plus mal classés.
Pour donner du relief à ce film, les producteurs ont engagé à coté de Fernandel la fameuse danseuse du ventre Samia Gamal. Elle ne servira pas à grand chose, pas même à danser. Mais ce qui est symptomatique dans ce film est le nombre de coups de pied au derrière donné par Fernandel aux figurants et sans que cela ne soit écrit dans le scenario.
Pour un oui pour un non, Fernandel administre à l'arabe un grand coup de pied sans que cela ne soit justifié par la scène ou par le dialogue.
On a du lui dire que l'arabe marchait à coups de triques et le meilleur moyen de se faire comprendre et entendre par lui était le bâton à toute heure.
Mais pour bien comprendre la mentalité du colonisateur, il faut comprendre ce qu'il enseigne et pourquoi. Après le premier tri du concours de 6e, (un concours à l'époque et pas un examen comme aujourd'hui) une petite partie des élèves est orientée vers le collège et le gros des troupes vers ce qu'on appelait le cours de fin d'étude où les élèves composaient en fin d'année pour l'obtention du fameux certificat.
Indépendamment de la géographie de l'Hexagone, toutes les matières enseignées n'avaient qu'un but et un seul : faire des élèves de bons agriculteurs, au pire de bons travailleurs agricoles capables de préparer une "bordelaise" de procéder à un sulfatage, de lire un thermomètre et un baromètre, capables de discerner entre une terre argileuse et une terre sablonneuse, capables d'effectuer toutes sortes de calculs concernant l'exploitation d'une ferme, la surface carrée d'un lot en jachère, le prix de vente et de revient d'une opération etc...
Dans l'esprit des pédagogues à l'origine de ce programme, les arabes qui sortiraient avec un certificat d'études en poche de l'école primaire étaient tout naturellement destinés à être employés chez les colons et les grands propriétaires terriens.
I.Z


Chauvinisme français


Conditionnement -  A chaque leçon sur l'occupation de l'Algérie, le même refrain nous est servi. «L'Emir est un grand ami de la France», phrase que nous apprenions et que nous n'avions pas intérêt à oublier. C'était l'époque où les écoliers indigènes ne se posaient pas de questions.


Bref, l'Arabe n'avait pas son mot à dire concernant son avenir quand il en avait un. Quant à l'histoire qui était enseignée, elle brillait par son chauvinisme et par les mensonges éhontés qu'elle véhiculait. L'éditeur Colman Levy avait par exemple édité un livre de lecture en direction des élèves du cours moyen première année où l'on devait apprendre par cœur cette ineptie. « Mohamed était un illuminé qui déclencha des guerres et des troubles en Arabie saoudite ». Grâce aux ulémas de l'époque qui eux n'avaient pas leur langue dans la poche, ce passage du livre sera gommé de tous les ouvrages. A défaut de noircir notre dogme dès notre jeune âge, les français par contre feront tout à travers leurs livres scolaires pour effacer en nous la moindre velléité de revanche après la défaite et la reddition de l'Emir Abdelkader.
A chaque leçon sur l'occupation de l'Algérie, le même refrain nous est servi."L'Emir est un grand ami de la France", phrase que nous apprenions et que nous n'avions pas intérêt à oublier.
C'était l'époque où les écoliers indigènes ne se posaient pas de question et tout ce qui venait du maître était sacré et béni. Avec l'âge, ces mêmes élèves devenus des adultes et des pères de famille se sont posé des questions du genre : Comment un chef militaire de la tempe de l'Emir pouvait être l'ami de la France qui l'a obligé à se rendre, qui l'a humilié, qui l'a emprisonné et exilé loin des siens et de son peuple, un pays enfin qui a occupé par la force l'Algérie, enfumé ses hommes et tué ses femmes et asservi des enfants ? Quel est ce genre d'amitié dont se prévaut la France et qui consiste à faire croire aux petits enfants du vaincu que leur ancêtre était un grand ami.
La couleuvre, des générations entières l'ont naïvement avalée.
Elle n'a cependant servi ni à la France ni ses desseins et a été totalement contre productive.
I.Z.

Nombril

C'est connu les français admirent leur nombril.
Ils appellent les allemands les chleuhs, les italiens les spaghettis, les espagnols les gitans, quant aux arabes, ils ont eu droit à un certain nombre de quolibets dont nous ne citerons que les plus importants :
- Bougnoule
- Bicot
- Melon et même cafard et pouilleux
Pour ce qui est de leurs femmes, elles ont toutes été surnommées Fatma.
I.Z