Ils estiment avoir gagné une bataille, mais pas la guerre / GB : pour les Brexiters, le combat n'est pas terminé

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Une bataille a été gagnée, mais pas la guerre


Cause -  Les Brexiters jusqu'au-boutistes du Parti conservateur britannique ont signifié qu'ils ne lâcheraient rien, avec à leur tête l'excentrique et controversé Jacob Rees-Mogg, nouvelle coqueluche des Tories.


Une salle pleine à craquer, un service d'ordre contraint de refuser des dizaines de militants: on se bouscule pour le rencontrer à Manchester (nord-ouest), où s’est déroulé jusqu’à hier le congrès du parti au pouvoir. Le phénomène porte même un nom, qui traduit l'ascension du député conservateur de 48 ans dans le paysage politique britannique: la "Moggmania". L'intéressé préfère lui s'en amuser: "Ce n'est que passager", dit-il prudemment à l'AFP. Côté pile, cet eurosceptique puissance dix, père de six enfants, est connu pour son sens de l'humour, son accent snob, sa passion pour les Bentley et ses tweets en latin. Fils du baron William Rees-Mogg, Jacob Rees-Mogg a suivi le parcours classique des élites politiques britanniques: Eton puis Oxford, où il étudie l'histoire, avant de travailler dans la finance. "C'est un politicien honnête et brillant qui a énormément de charisme et qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense", loue Daniel Collins, 20 ans. Côté face, Jacob Rees-Mogg cultive la réputation d'être un "réactionnaire froid" (dixit le Guardian), ultra-conservateur, opposé au mariage gay et à l'avortement. Des positions qui lui ont valu d'être conspué par des manifestants lundi alors qu'il participait à une discussion sur la sortie de l'UE. Traité de personnage "abject", Jacob Rees-Mogg s'en est sorti avec son flegme habituel: "J'ai été ravi de pouvoir vous rencontrer", a-t-il déclaré. De quoi ravir ses supporteurs dont certains l'imaginent volontiers à Downing Street à la place de la Première ministre Theresa May au moment où les négociations poussives sur la sortie de l'UE en agacent plus d'un. Jacob Rees-Mogg est à ranger aux côtés des partisans d'un divorce sans compromis avec l'UE, qui imaginent un Royaume-Uni triomphant hors de l'Union, y compris en l'absence d'accord avec les Européens. "Sortir (de l'UE) sans accord? Ce n'est pas un problème. Ca me va", dit-il à l'AFP, mettant également en garde contre toute tentative de revenir sur le référendum du 23 juin 2016. "Cela déclencherait un mécontentement considérable auquel aucun gouvernement ne pourrait survivre", dit-il. Les "hard Brexiters" comptent également dans leurs rangs Andrea Leadsom, leader de la chambre des Communes, ou l'impétueux ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson. Jamais à court de surprises, ce dernier a rappelé les conservateurs à leurs divisions en énonçant samedi ses lignes rouges sur le Brexit, une manière de critiquer en creux les orientations de Theresa May dans les négociations avec Bruxelles. Et à la période de transition post-Brexit voulue par la Première ministre pour un divorce sans douleur, Andrea Leadsom a répondu cette semaine que le pays devrait reprendre dès mars 2019 (date théorique de sortie de l'UE) le contrôle de ses "frontières et de (ses) lois".

Le Parlement européen veut davantage de progrès


Insatisfaction -  Le Parlement européen a déploré l'insuffisance de progrès dans les tractations du Brexit, qui ne permet pas d'entamer une nouvelle phase et d'ouvrir les discussions sur le futur partenariat entre Bruxelles et Londres.


Dans une résolution, les eurodéputés réunis en session plénière à Strasbourg ont invité le Conseil européen (qui regroupe les dirigeants de l'UE) à "décider de reporter son évaluation visant à déterminer si les progrès accomplis sont suffisants", lors du prochain sommet européen prévu les 19 et 20 octobre à Bruxelles. Avant ce sommet, il reste encore un round de négociations, dans la semaine du 9 octobre. La résolution a comme prévu été adoptée à une écrasante majorité : 557 voix pour, 92 contre et 29 abstentions, soutenue par les principaux partis politiques, de la droite majoritaire (PPE) aux Verts, en passant par les libéraux et les socialistes. Selon le texte, le Parlement "est d'avis que le quatrième cycle de négociations (du 25 au 28 septembre) n'a pas encore permis de progresser suffisamment sur les droits des citoyens, l'Irlande et l'Irlande du Nord, et le règlement des engagements financiers du Royaume-Uni", les trois dossiers considérés prioritaires. "Nous n'avons pas encore réalisé aujourd'hui les progrès suffisants pour entamer en toute confiance la deuxième phase de la négociation", a reconnu de lui-même le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier, invité à s'exprimer devant les eurodéputés. "Nous devons d'abord nous mettre d'accord sur les termes du divorce, et ensuite nous verrons si nous pouvons nous retrouver, avec un peu de tendresse", a résumé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui l'accompagnait. La position des Européens contraste avec celle de la Première ministre britannique Theresa May, pour qui "de très bons progrès ont été faits". "Je crois qu'il est possible d'obtenir un bon partenariat, approfondi et spécial, parce ce que ce n'est pas bon seulement pour le Royaume-Uni, c'est bon aussi pour l'UE", a déclaré Mme May sur Sky News après le vote du Parlement. Le Royaume-Uni s'est à plusieurs reprises montré impatient de l'entamer avant que l'accord de retrait ne soit finalisé. Il revient à M. Barnier d'évaluer l'état de l'avancement des discussions avec Londres et de proposer le cas échéant aux 27 Etats membres (sans le Royaume-Uni) d'accepter de commencer à discuter de la nature du futur partenariat entre l'UE et Londres. Michel Barnier a énuméré devant les eurodéputés les "divergences sérieuses" qui persistent dans les discussions, en particulier sur le règlement des obligations financières du Royaume-Uni, évaluées par Bruxelles entre 60 et 100 milliards d'euros selon les sources. "Il n'y a pas de rançon, d'+exit bill+, il y a seulement le fait que nous vous demandons de solder vos comptes, ni plus ni moins", a-t-il lancé à l'adresse de Londres.

May, affaiblie, appelle ses troupes à faire bloc derrière elle


Mobilisation -  La Première ministre britannique Theresa May a appelé hier son parti conservateur à faire bloc derrière elle et à surmonter les divergences sur le Brexit, lors d'un discours à Manchester parasité par un manifestant et... ses propres quintes de toux.


«Faisons notre devoir pour le Royaume-Uni. Mettons-nous à niveau et donnons au pays le gouvernement dont il a besoin", a déclaré Mme May en clôture du congrès du Parti conservateur. Dans un discours se voulant porteur d'une vision optimiste et ambitieuse à l'heure où le Royaume-Uni affronte avec le Brexit le plus grand défi de son histoire récente, la dirigeante a appelé ses troupes à "surmonter les obstacles" pour, a-t-elle répété plusieurs fois, "renouveler le rêve britannique". Cette prise de parole de la Première ministre a conclu un congrès dont le contenu avait été jusqu'ici éclipsé par l'étalage des divisions quant aux négociations avec Bruxelles sur la sortie du pays de l'Union européenne. Tout est parti d'un article publié samedi dans le Sun dans lequel l'intenable ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a énoncé ses lignes rouges sur le Brexit, semblant critiquer en creux les orientations de Theresa May dans le dossier. Partisan d'une rupture franche avec l'UE, "Bojo" s'est fait reprendre par le ministre des Finances Philip Hammond, défenseur lui d'un Brexit en douceur. "Personne n'est inamovible", a mis en garde Hammond, lundi, en alertant sur les risques que font peser les divisions sur des négociations dont le Parlement européen a déploré mardi les progrès insuffisants. Jamais à court de surprises, Boris Johnson faisait encore les gros titres de la presse hier après avoir déclaré que la Libye pourrait devenir attrayante pour les touristes et les investisseurs... si toutefois elle parvenait à "se débarrasser des cadavres". Un énième esclandre qui résume en quelque sorte ce congrès, lors duquel Theresa May n'aura pu que constater les polémiques enfler, malgré les appels de nombreux cadres du parti à faire cesser les "psychodrames". La Première ministre paie le prix de son revers aux dernières législatives. C'était le 8 juin dernier, et Theresa May perdait, au terme d'élections qu'elle avait pourtant elle-même convoquées pour renforcer sa main dans les négociations sur le Brexit, la majorité absolue au Parlement, et une bonne partie de son autorité. Hier, elle a de nouveau présenté ses excuses aux militants pour cette déconfiture: "Je suis désolée", a-t-elle dit. L'abcès crevé, elle a ensuite déroulé une série de mesures destinées à ranimer ce conservatisme social qu'elle avait vainement tenté de mettre en oeuvre après sa prise de fonctions en juillet 2016. A commencer par un programme de deux milliards de livres (2,25 milliards d'euros) visant à encourager le financement de "logements abordables". L'objectif? "Faire en sorte que notre économie et notre société fonctionnent pour tous partout dans ce pays, et pas seulement pour quelques privilégiés", a dit Theresa May, qui avait déjà annoncé un gel des frais d'inscription pour les étudiants. Une manière pour elle de chasser sur les terres des travaillistes du radical Jeremy Corbyn, gonflés à bloc par leurs gains aux législatives.