Il décidera de l’indépendance, ou non, des Kurdes : Irak : le vote de tous les dangers

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Tension accrue


Expectative -  Dans l'attente des résultats du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien, la tension est encore montée avec Baghdad, qui a ordonné le déploiement de l'armée dans les zones disputées entre le pouvoir central et cette région actuellement autonome.


Si le verdict de ce scrutin, attendu ce mardi soir, ne fait aucun doute, la majorité des Kurdes étant acquis au "oui", leur rêve d'indépendance chéri depuis un siècle ne devrait pas être réalité dans un futur proche. Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a en effet affirmé que ce vote ne serait pas aussitôt suivi d'une déclaration d'indépendance mais marquerait le début de "discussions sérieuses" avec Baghdad pour régler les contentieux. Mais ces "discussions" seront tendues et le risque d'escalade est grand face au refus du pouvoir central de voir l'Irak amputé de sa région nord. Quelques heures à peine après le début du vote hier, le Parlement irakien à Bagdad, en présence des députés arabes et en l'absence de leurs camarades kurdes, a voté une résolution "exigeant du commandant en chef de l'armée (le Premier ministre Haider al-Abadi) de déployer des forces dans toutes les zones" disputées par Bagdad et la région du Kurdistan. Ces régions sont la riche province pétrolière de Kirkouk et des secteurs de celle de Ninive, de Dyala et de Salaheddine. La plupart avaient été conquises par les peshmergas, les combattants kurdes, en 2014, à la faveur du chaos qui a régné dans le pays après l'offensive des jihadistes du groupe Etat Islamique (EI). "S'il y a des affrontements dans ces zones, la tâche des forces fédérales sera d'appliquer la loi", a précisé le porte-parole du bureau du Premier ministre irakien à l'AFP. Constitutionnellement, le gouvernement est tenu de se conformer à ce vote des députés, mais ce déploiement n'avait pas encore été constaté sur le terrain. Face au défi lancé par les Kurdes d'Irak, l'Iran a aussitôt fermé sa frontière aérienne avec leur région, par laquelle était acheminé le fioul kurde vers les marchés du Golfe. La Turquie a également annoncé la prochaine fermeture de sa frontière terrestre avec le Kurdistan. De même Ankara a menacé de stopper les exportations pétrolières du Kurdistan, ce qui asphyxierait presque totalement l'économie de cette région. Depuis l'échec d'un plan de partage de ses revenus pétroliers avec Bagdad, le Kurdistan exporte 550.000 de ses 600.000 barils quotidiens via l'oléoduc qui relie Kirkouk au terminal turc de Ceyhan (sud). Les 12.072 bureaux de vote installés à travers le Kurdistan irakien ont fermé à 16h00 GMT (19h00 locales) lundi, après la prolongation d'une heure de la consultation face à l'afflux des votants. Plus de 3,3 millions de personnes sont venues voter, soit 72,16% des inscrits, selon la commission électorale.

72,16%  de participation
Pour Baghdad, Ankara, Damas ou Téhéran, le risque est clair: que ce scrutin fasse tâche d'huile et que la carte de la région, dessinée après la Première guerre mondiale sur les dépouilles de l'Empire ottoman, ne soit redessinée. C'est cette même carte, issue du traité de Lausanne de 1923, que les Kurdes n'ont jamais acceptée, voyant alors leur Etat rêvé morcelé en quatre. A New York, le chef de l'ONU Antonio Guterres s'est répété hier "préoccupé" par le risque de déstabilisation, appelant au "dialogue et à des compromis".

Damas prêt à discuter d’autonomie

Damas est prêt à discuter d'"autonomie" avec les Kurdes du pays, a affirmé le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem, tout en rejetant catégoriquement un référendum d'indépendance semblable à celui organisé par les Kurdes en Irak. C'est la première fois qu'un responsable du régime syrien se dit ouvert à l'idée d'autonomie des Kurdes (15% de la population) qui depuis le début de la guerre en Syrie ont établi une administration semi-autonome dans les territoires qu'ils contrôlent. Les Kurdes syriens "veulent une forme d'autonomie dans le cadre de la République arabe syrienne. Cette question est négociable et peut faire l'objet d'un dialogue", a indiqué M. Mouallem, dans une interview hier soir avec Russia Today, reprise par l'agence officielle Sana. "Dès qu'on aura vaincu Daech, nous pouvons nous asseoir avec nos frères syriens et nous mettre d'accord sur une formule pour l'avenir", a-t-il ajouté, en référence au groupe jihadiste Etat islamique (EI) cible d'une offensive de l'armée syrienne avec le soutien de l'allié russe. Evoquant le référendum organisé lundi au Kurdistan irakien, il a indiqué qu'il "s'agit d'un référendum séparatiste et ceci est totalement inacceptable à nos yeux. Nous sommes avec l'unité de l'Irak", a encore ajouté M. Mouallem.

Arabes et Turkmènes absents

Dès le matin, des foules nombreuses s'étaient massées à l'entrée des bureaux de vote à Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk, les trois provinces qui forment la région du Kurdistan, mais aussi dans des zones disputées avec Baghdad. A Erbil, devant le plus important bureau de vote, une vache a été égorgée. "C'est la naissance de l'Etat, c'est la tradition d'égorger une vache lors des naissances", a dit Dalgach Abdallah, un avocat 27 ans. Massoud Barzani, souriant et en habit traditionnel, avait lui voté tôt le matin. Dans la province disputée de Kirkouk, située hors du Kurdistan, l'affluence a également été nombreuse dans les quartiers kurdes, où les électeurs ont voté en arborant des drapeaux, au son de la musique et des tirs de joie. "Si j'avais vingt doigts j'aurais voté vingt fois pour mon Etat", a clamé Ibtissam Mohammad, 45 ans, après avoir trempé son index dans l'encre puis glissé son bulletin dans l'urne. Mais dans cette ville disputée, Arabes et Turkmènes ont par contre boudé l'isoloir. "J'ai le sentiment que mon identité, ma nationalité, mon patrimoine et mon histoire seront perdus", a déploré Abdallah Aouji, un enseignant turkmène de 42 ans.

Un scrutin historique


Tournant n Les Kurdes d'Irak ont voté massivement hier en faveur de leur indépendance, mais ce rêve qu'ils chérissent depuis un siècle risque de provoquer une escalade en raison du refus total du pouvoir central de voir le pays amputé de sa région Nord.


Le Parlement à Baghdad, en présence des députés arabes et en l'absence de leurs camarades kurdes, a appelé le même jour au déploiement de l'armée dans les zones que se disputent le pouvoir central et la région autonome du Kurdistan. La Turquie et l'Irak ainsi que la Syrie, trois pays qui ont des minorités kurdes, ont vivement dénoncé le référendum car ils craignent que cela ne fasse tâche d'huile et que la carte de la région issue de la Première guerre mondiale ne soit redessinée. A New York, le chef de l'ONU Antonio Guterres s'est dit "préoccupé" par le risque de déstabilisation, appelant au "dialogue et à des compromis". Plus de 3,3 millions de personnes ont participé au vote, soit 72,16% des inscrits a indiqué le porte parole de la commission electorale Sherwan Zarar, et le résultat du scrutin, attendu ce mardi soir, ne fait aucun doute, la majorité des Kurdes étant acquis au "oui". Le président du Kurdistan, Massoud Barzani, a cependant affirmé que le référendum ne serait pas aussitôt suivi d'une déclaration d'indépendance mais marquerait le début de "discussions sérieuses" avec Baghdad pour régler les contentieux. Les 12.072 bureaux ont fermé à 16H00 GMT (19H00 locales) après la prolongation d'une heure de la consultation face à l'afflux des votants, selon les autorités kurdes. Aucun chiffre officiel sur la participation n'était néanmoins disponible en soirée. Dès le matin, des foules nombreuses s'étaient massées à l'entrée des bureaux de vote à Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk, les trois provinces qui forment la région du Kurdistan, mais aussi dans des zones disputées avec Bagdad. Au total quelque 5,3 millions d'inscrits devaient se prononcer. A Erbil, devant le plus important bureau de vote, une vache a été égorgée. "J'ai apporté cette vache car aujourd'hui c'est la naissance de l'Etat, c'est la tradition d'égorger une vache lors des naissances", a dit Dalgach Abdallah, un avocat 27 ans. Massoud Barzani, souriant et en habit traditionnel, a voté tôt le matin. Dans la province disputée de Kirkouk, située hors du Kurdistan, l'affluence était aussi nombreuse dans les quartiers kurdes, où les électeurs votaient en arborant des drapeaux, au son de la musique et des tirs de joie. "Si j'avais vingt doigts j'aurais voté vingt fois pour mon Etat", a clamé Ibtissam Mohammad, 45 ans. Elle venait de tremper son index dans l'encre avant de glisser son bulletin dans l'urne.

Déploiement de l'armée

Signe des fortes tensions persistantes, le Parlement à Bagdad a voté une résolution "exigeant du commandant en chef de l'armée (le Premier ministre Haider al-Abadi) de déployer des forces dans toutes les zones" prises par les Kurdes après l'invasion américaine de 2003. Constitutionnellement, le gouvernement est tenu de s'y conformer. Les territoires disputés sont situés hors du Kurdistan. Ils se trouvent dans la riche province pétrolière de Kirkouk, dans celles de Ninive (nord), de Dyala et de Salaheddine, au nord de Bagdad. La plupart ont été conquises par les forces kurdes en 2014 à la faveur du chaos provoqué par l'offensive des jihadistes du groupe Etat islamique (EI). Interrogé par l'AFP sur les risques d'affrontements avec les forces kurdes, Saad al Hadithi, porte-parole du bureau du Premier ministre irakien, a répondu: "s'il y a des affrontements dans ces zones, la tâche des forces fédérales sera d'appliquer la loi".


Pétrole

Face au défi lancé par les Kurdes d'Irak, l'Iran a fermé ses frontières aériennes avec leur région et la Turquie a annoncé la prochaine fermeture de sa frontière terrestre avec le Kurdistan. Ankara a en outre menacé de stopper les exportations pétrolières du Kurdistan via la Turquie, la mesure la plus efficace pour asphyxier l'économie de cette région. Depuis l'échec d'un plan de partage des revenus pétroliers avec Baghdad, le Kurdistan exporte son pétrole via la Turquie, sans passer par le pouvoir central. Partagés entre l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Turquie, les Kurdes n'ont jamais accepté le traité de Lausanne de 1923 les privant d'un État indépendant sur les dépouilles de l'empire ottoman. Dimanche, M. Barzani s'est montré inflexible. "Le partenariat a échoué avec Baghdad. Nous sommes arrivés à la conviction que l'indépendance permettra de ne pas répéter les tragédies du passé". Mais à Baghdad, M. Abadi a refusé le divorce. "Prendre une décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région est contre la Constitution et la paix civile".

Washington «profondément déçu»

A l'étranger, ce scrutin organisé par M. Barzani a encore été largement critiqué hier."Les Etats-Unis sont profondément déçus de la décision du gouvernement régional du Kurdistan de mener aujourd'hui un référendum unilatéral sur l'indépendance", a indiqué hier soir un communiqué du département d'Etat, craignant que ce scrutin "augmente l'instabilité et les difficultés" de la région. Les "Etats-Unis soutiennent un Irak uni, fédéral, démocratique et prospère", a insisté ce communiqué. Ce référendum, sévèrement dénoncé par le Premier ministre irakien comme une "décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région", a également été rejeté par la Turquie, la Syrie et l'Iran, trois autres pays comptant des minorités kurdes.