Tensions entre les Corées et les USA : Quelles répercussions sur les J.O. de 2018 ?

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France, Allemagne et Autriche dans l'expectative


Inquiétudes n A cinq mois de la cérémonie d'ouverture des JO-2018 de PyeongChang (9-25 février), France, Allemagne et Autriche s'interrogent sur la sécurité de leurs athlètes en raisons des tensions qui agitent la région.


C’est la France qui a attisé la flamme jeudi: la ministre des Sports Laura Flessel a assuré que la France ne mettrait "jamais dans l'insécurité notre équipe". "Si ça s'envenime et qu'on n'arrive pas à avoir une sécurité affirmée, notre équipe de France resterait ici", a expliqué la double championne olympique.
Elle a cependant mis de l'eau dans son vin le lendemain , se défendant d'avoir envisagé un "boycott" des prochains JO d'hiver. "En général, ce sont toujours les journalistes qui parlent de boycott avant les Jeux. Mon rôle, c'est de préserver, de protéger cette équipe de France", a-t-elle souligné. Première responsable politique à émettre un doute sur la participation d'une équipe nationale aux JO, Flessel avait rapidement été imitée par l'Autriche et l'Allemagne.
Vienne, par la voix du président de son comité olympique, a ainsi expliqué que "si la situation se dégrade et la sécurité de nos sportifs n'est plus garantie, nous n'irons pas en Corée du Sud". Même son de cloche en Allemagne, autre nation phase des sports d'hiver.
Du côté de Berlin, on indique ainsi que l'Allemagne étudiera "en temps utile" la question de l'envoi d'une équipe à PyeongChang. La défiance envers la sécurité des jeux n'a cependant pas embrasé toute l'Europe. L'Italie s'est dite rassurée par le discours CIO. La Suède, de la voix de son ministre des sports, a exprimé son inquiétude "que certains pays envisagent de ne pas participer". Le porte-parole du comité olympique néerlandais a lui indiqué que malgré la tension diplomatique sur la péninsule, "tant que les choses restaient en l'état" il n'y avait aucune raison d'émettre des réserves. Malgré l'escalade verbale entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-Un, les Etats-Unis se sont dits "persuadés de la capacité du comité d'organisation de PyeongChang d'organiser de grands Jeux". "Nos préparatifs se poursuivent sérieusement et, comme pour tous les Jeux, nous continuerons de travailler avec le département d'État et les organisateurs locaux pour nous assurer que nos athlètes et toute notre délégation sont en sécurité", a déclaré le responsable du comité olympique américain, Scott Blackmun.
Il y a six jours, lors de la dernière session du Comité international olympique à Lima - à cinq mois des JO de Pyeongchang -, son président Thomas Bach avait répété que la position du CIO "n'(avait) pas changé et notre confiance demeure". Le 15 septembre, la veille, son porte-parole avait d'ailleurs déclaré: "Il n'y a pas de plan B". Les Jeux programmés sur la ville de Pyeongchang se dérouleront à 80 km de la frontière avec la Corée du Nord.
Les tensions sont vives dans la péninsule coréenne et la région en raison d'essais nucléaires et de tirs de missiles balistiques intercontinentaux effectués par Pyongyang et d'une surenchère verbale dans les menaces entre le régime Nord-Coréen et les Etats-Unis.

«Calmer le jeu»
l Face à ces désistements potentiels, la réponse ne s'est pas fait attendre. Hier, le comité international olympique et le comité national olympique et sportif français ont tenté de calmer le jeu. "La sécurité des athlètes et leur bien-être sont évidemment la préoccupation principale du CIO", a ainsi assuré l'instance internationale dans un communiqué. "Nous sommes en contact avec les chefs de gouvernements concernés et les Nations unies et personne, dans aucune discussion, n'a exprimé de doutes sur les jeux Olympiques d'hiver 2018", a expliqué le CIO. Dans la foulée, le CNOSF, a précisé sa position, réaffirmant suivre "très attentivement le dossier PyeongChang 2018" et expliquant que "rien à ce jour ne conduit à imaginer que les conditions d'organisation des jeux Olympiques d'hiver ne satisfassent pas ces impératifs" de sécurité des athlètes.
Hystérie militaire

Certains experts mettent en garde contre l'inefficacité apparente de ces mesures de rétorsion et les risques de la violence toujours plus grande des discours américain et nord-coréen. "Il y a des choses très dangereuses qui pourraient ressortir de tout cela.
Il est temps de s'en écarter, plutôt que de contribuer à les rendre inévitables", a déclaré John Delury, de l'Université Yonsei de Séoul. Il a ajouté que le discours de Kim, qui s'exprime rarement à la première personne, s'adressait peut-être aussi aux Nord-Coréens.
Publiée hier par les journaux nord-coréens, la déclaration a aussi été lue à la télévision par la présentatrice star devant une image fixe de M. Kim à son bureau. Cette séquence, montrée en boucle, comprenait également des images d'un missile géant sur un pas de tir et de militaires nord-coréens en colère brandissant leur poing et leur arme. "Je suis sûre que tout le monde va soutenir notre cher chef et protéger notre pays", a déclaré Ri Yong Suk, une Nord-Coréenne rencontrée à Pyongyang par l'AFP et qui avait lu la déclaration de Kim Jong-Un dans un journal.

En rangs dispersés
n Au-delà de l'unité affichée pour adopter les sanctions à l'ONU, les grandes puissances restent divisées sur la manière de mettre fin à la crise. A la tribune de l'ONU, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a estimé que "la négociation" était "la seule solution". "L'hystérie militaire mène non seulement à l'impasse mais aussi à la catastrophe", a abondé Sergueï Lavrov.

Trump et Kim jouent la surenchère verbale


Hostilité n L'escalade verbale entre Donald Trump et Kim Jong-Un a atteint hier un nouveau pic, le président américain qualifiant le leader nord-coréen de "fou" au moment où le régime évoquait un possible essai de bombe H dans le Pacifique.


Il faut privilégier "l'approche raisonnable et non émotionnelle - au lieu d'avoir une cour de récréation où les enfants se battent sans que personne ne puisse les arrêter", a commenté le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. "Kim Jong-Un de Corée du Nord, clairement un fou qui ne craint pas d'affamer et de tuer son peuple, va être mis à l'épreuve comme jamais!" avait lancé plus tôt M. Trump dans un tweet particulièrement matinal.
Ce dernier intervient au lendemain de l'annonce par Washington d'un renforcement des sanctions contre Pyongyang en réponse à la poursuite de son programme nucléaire. Quelques heures plus tôt, c'est le leader nord-coréen qui s'était livré une attaque très personnelle contre le locataire de la Maison Blanche.
Trump "m'a insulté, moi et mon pays, sous les yeux du monde entier, et a livré la plus féroce déclaration de guerre de l'histoire", a-t-il déclaré, selon une dépêche de l'agence officielle nord-coréenne KCNA. "Je disciplinerai par le feu le gâteux américain mentalement dérangé", a-t-il ajouté, deux jours après les propos belliqueux du président américain qui avait menacé, à la tribune de l'ONU, la Corée du Nord de "destruction totale". La dépêche de KCNA était accompagnée d'une photo montrant Kim Jong-Un assis derrière un bureau et tenant une feuille de papier. En marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le chef de la diplomatie nord-coréenne Ri Yong-ho a déclaré aux journalistes que Pyongyang pourrait désormais envisager de faire exploser une bombe à hydrogène en dehors de son territoire. "Je pense qu'il pourrait y avoir un essai de bombe H d'un niveau sans précédent, peut-être au-dessus du Pacifique", a-t-il dit. "C'est à notre leader de décider, donc je ne sais pas bien", a-t-il toutefois ajouté.
Les déclarations incendiaires du dirigeant nord-coréen sont intervenues peu après que Donald Trump eut annoncé qu'il avait signé un ordre exécutif visant à interdire aux entreprises d'opérer aux Etats-Unis si elles travaillaient dans le même temps avec la Corée du Nord. Il s'agit de la dernière mesure en date pour tenter d'obliger la Corée du Nord à renoncer à ses programmes nucléaire et balistique interdits, qui ont connu une spectaculaire accélération ces derniers mois.
La campagne de sanctions est la "dernière chance" d'aboutir à une issue "pacifique" de la crise, a estimé à New York la responsable pour l'Asie de l'Est du département d'Etat américain, Susan Thornton.


Le Kremlin inquiet

Le Kremlin s'est dit hier "profondément préoccupé" par l'"escalade des tensions" sur le dossier nord-coréen après les derniers échanges de "menaces" entre Donald Trump et Kim Jong-Un, le ministre russe des Affaires étrangères réclamant d'arrêter les batailles d'enfants "dans une cour d'école". "Moscou est sans aucun doute profondément préoccupée de l'escalade des tensions sur la péninsule coréenne, liée à l'échange de déclarations assez grossières et pleines de menaces" entre les deux présidents, a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, appelant une nouvelle fois à la "retenue". "Moscou reste persuadé qu'il n'y pas d'autre solution qu'une résolution politique et diplomatique du problème nord-coréen", a-t-il poursuivi. "Tout autre dénouement peut avoir des conséquences très indésirables et même catastrophiques", a-t-il dit.

Les sanctions, «la dernière chance»

La campagne de sanctions pour faire pression sur la Corée du Nord est la "dernière chance" d'aboutir à une issue "pacifique" de la crise provoquée par les ambitions nucléaires de Pyongyang, a déclaré hier une responsable américaine. "Nous avons dit très clairement cette semaine" durant l'Assemblée générale de l'ONU "que les Etats-Unis recherchent une résolution pacifique", a assuré la responsable pour l'Asie de l'Est du département d'Etat américain, Susan Thornton, devant la presse à New York. Le président Donald Trump a menacé mardi à l'ONU de "détruire totalement" la Corée du Nord, mais uniquement en cas d'attaque ou de risque d'attaque contre les Etats-Unis ou leurs alliés, a-t-elle souligné. Selon la diplomate, la "pression sans précédent" de la communauté internationale pour isoler le régime nord-coréen de Kim Jong-Un, avec des sanctions de plus en plus fortes, "va marcher". "C'est notre dernière chance de résoudre cette crise pacifiquement, et c'est ce que nous voulons", a-t-elle dit.

La bombe H de loin plus puissante que la bombe A

n La bombe H, ou thermonucléaire, que la Corée du Nord menace de faire exploser lors d'un essai hors de son territoire, est incomparablement plus puissante que la bombe atomique A, comme celle lancée en 1945 sur Hiroshima. Le chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Yong-ho, a déclaré, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, que Pyongyang pourrait désormais envisager de faire exploser une bombe à hydrogène "d'un niveau sans précédent, peut-être au-dessus du Pacifique". Pyongyang a réalisé, le 3 septembre 2017, son sixième essai nucléaire, de loin le plus puissant, affirmant avoir testé une bombe H susceptible d'être montée sur un missile. Selon le site spécialisé 38 North de l'Université Johns Hopkins de Washington, l'essai nucléaire a dégagé une puissance de 250 kilotonnes, soit plus de 16 fois celle de la bombe atomique qui a rasé Hiroshima en 1945.