Espagne : après l’arrestation de leurs hauts responsables : Les Catalans ne décolèrent pas

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Des milliers  de manifestants


Tension - Le Chef du gouvernement espagnol a appelé, hier, les dirigeants séparatistes de Catalogne a "arrêter ,l'escalade", alors que des milliers de Catalans protestaient contre les opérations policières pour prévenir l'organisation d'un référendum d'autodétermination interdit par la justice.


Mariano Rajoy a appelé les dirigeants du gouvernement régional catalan "qui ont pris la tête de ce défi (à) renoncer une fois pour toutes à cette escalade de (...) désobéissance". "Il est encore temps d'éviter de plus grands maux", a-t-il averti lors d'une intervention télévisée. "Ils savent que ce référendum ne peut plus se réaliser. Il n'a jamais été légal ni légitime, maintenant c'est plus que jamais une chimère", a-t-il ajouté, après que la garde civile a saisi des millions de bulletins de vote et des dizaines de milliers de convocations des assesseurs des bureaux de vote. Pendant qu'il parlait, des milliers de personnes protestaient dans le centre de Barcelone contre les arrestations de cadres du gouvernement régional, selon un journaliste de l'AFP. Et certaines assuraient être prêtes à rester encore des heures, quitte à dormir sur place. "Les forces d'occupation dehors!", criaient certains manifestants à Barcelone. "Nous voterons pour être libres", lisait-on sur des pancartes. Quelques scènes de tension et bousculades ont opposé les forces de l'ordre aux militants, dont certains ont chahuté des voitures de la garde civile. La Cour constitutionnelle avait prévenu les dirigeants et fonctionnaires catalans qu'ils ne pouvaient pas coopérer à l'organisation du "scrutin illégal" du 1er octobre. Mais les indépendantistes, qui avaient adopté le 6 septembre une loi organisant le référendum et primant selon eux sur toute autre norme, ont ignoré l'avertissement. Ils reprochent au gouvernement conservateur de Mariano Rajoy de rester sourd depuis 2012 à leur demande de les laisser tenir un référendum sur l'indépendance. Madrid leur répond qu'il n'est pas prévu par la Constitution, pas plus qu'en France, en Italie ou en Allemagne. Le FC Barcelone, qui soutient un référendum légal, est aussi intervenu dans le débat, se prononçant "contre toute action susceptible" d'empêcher le l'exercice du droit des Catalans à décider de leur avenir. Les séparatistes sont majoritaires - en sièges - au Parlement régional depuis septembre 2015. Mais les Catalans sont partagés presque à parts égales sur l'indépendance. En revanche plus de 70% souhaitent pouvoir s'exprimer à travers un référendum en bonne et due forme, selon tous les sondages.

Les manifestants promettent une "mobilisation permanente »
Les séparatistes catalans ont promis de continuer à manifester ce jeudi au lendemain de l'arrestation d'une quinzaine de responsables régionaux, en lien avec l'organisation d'un référendum d'autodétermination, ignorant ainsi les appels à la raison du chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy. Dans la nuit d’hier, l'Association nationale catalane (ANC), une des principales associations indépendantistes, a appelé les milliers de manifestants ayant envahi le centre de Barcelone à rentrer chez eux pour reprendre des forces... en vue d'un nouveau rassemblement. Rendez-vous a été pris à 12H00 jeudi (10H00 GMT) devant la Cour d'appel de Catalogne pour une nouvelle étape de "mobilisation permanente". Les manifestants ont scandé tout au long de la journée, hier, des slogans réclamant le droit de "voter" et dénonçant les "forces d'occupation".

Vers «la république catalane»

En cas de victoire du "oui", les séparatistes ont annoncé qu'ils engageraient la "transition" vers "la République catalane". En réaction, de nombreuses personnalités ont signé une pétition "ne votez pas", qualifiant le référendum d'"escroquerie antidémocratique" visant une "déclaration unilatérale d'indépendance". "C'est un cirque", dénonçait de son côté un Barcelonais partisan du "non". "On dirait l'empire romain, quand il y avait un problème ils montaient un cirque pour que les gens se distraient. Et regardez, maintenant, on ne parle pas de corruption", en Catalogne ou ailleurs, assurait cet homme, Alejandro Estragués, un imprimeur de 40 ans. "L'indépendance, je trouve ça dangereux", déclarait David Garcia, 42 ans, en observant de loin les manifestants: "Il y a beaucoup de gens qui souffrent en lien avec l'économie, la santé, le chômage, le terrorisme. Il est temps de se rassembler".

Violents échanges au Parlement

Dans la matinée, les échanges au Parlement espagnol ont été d'une rare violence. "Retirez vos mains sales des institutions de la Catalogne", a lancé à M. Rajoy le député Gabriel Rufian du parti indépendantiste de gauche ERC (Gauche républicaine de Catalogne). M. Rajoy a exigé que "cessent les menaces des (indépendantistes) radicaux contre les maires, les conseillers et les fonctionnaires qui défendent la légalité", alors que plusieurs dizaines de maires refusent de collaborer à organisation du referendum interdit et se plaignent d'insultes et de menaces, surtout sur les réseaux sociaux. Pour éviter selon lui toute dépense liée au référendum, le ministre du Budget a aussi gelé les finances de l'exécutif catalan et décidé de se charger directement du paiement des factures, réduisant drastiquement l'autonomie financière de la région. Le ministère de l'Intérieur a annoncé que les vacances des forces de l'ordre déployées dans la région seraient suspendues jusqu'au 5 octobre.


Œillets rouges et blancs  et urnes en carton

Riposte - "L'heure est arrivée. Résistons pacifiquement". Des milliers de manifestants en colère mais non violents ont occupé les rues de Barcelone toute la journée et jusque tard dans la soirée d’hier.


L'appel a été lancé vers 9h00 du matin (7h00 GMT) par Jordi Sanchez, président de l'Assemblée nationale catalane (ANC) et s'est répandu comme une traînée de poudre. Depuis que le parlement régional a convoqué, le 6 septembre, un référendum d'autodétermination interdit par la justice à la date du 1er octobre, la tension monte entre les dirigeants séparatistes de la région aux 7,5 millions d'habitants et le gouvernement espagnol du conservateur de Mariano Rajoy, qui a promis de l'empêcher. L'arrestation d'une douzaine de hauts responsables du gouvernement séparatiste, hier, a entraîné pour la première fois de vives réactions dans les rues de Barcelone, partagée entre séparatistes et partisans d'un maintien en Espagne, à l'image de la région. Des centaines, puis des milliers, de manifestants se sont massés devant les bâtiments où des perquisitions étaient en cours, dans le cadre d'une enquête pour "désobéissance, prévarication et détournements de fonds". "Nous voterons", lisait-on sur les pancartes des manifestants, souvent munis du drapeau catalan indépendantiste. "Indépendance", "dehors les forces d'occupation", criaient-ils en bloquant par moments les entrées et sorties de voitures et en sifflant au passage de la garde civile. Certains clamaient "No pasaran" ("ils ne passeront pas"), le cri de ralliement des républicains au temps de la guerre civile (1936-1939). Des moments de tension ont opposé forces de l'ordre et manifestants, allant jusqu'aux bousculades, en dépit des tentatives d'apaisement d'un musicien qui jouait... "Imagine" de John Lennon, non loin de là. Un 4X4 vert de la garde civile avait été recouvert d'affiches revendiquant "démocratie, liberté" ou encore "nous voulons voter". "Ils ont commis une grande erreur. Nous voulions voter et ils nous ont déclaré la guerre. Défendons nos institutions pacifiquement", avait tweeté le président de l'influente Assemblée nationale catalane (ANC), l'un des principaux mouvements séparatistes. Ses sympathisants ont répondu à l'appel munis d'œillets rouges et blancs et d'urnes en carton. "Peut-être qu'ils n'imaginaient pas que nous allions autant nous mobiliser. Mais qu'ils le sachent: plus ils feront des choses (des opérations policières, ndlr) et plus il y aura des gens", a déclaré à l'AFP Joan Payola, employé d'un cabinet d'architectes à une vingtaine de kilomètres de Barcelone. Il s'était déplacé avec plusieurs collègues pour protester contre "l'Etat d'exception" imposé, selon lui, en Catalogne par le gouvernement Rajoy. "Le mal-être, il faut l'exprimer. On tente de le faire de manière tranquille, pacifique, mais les faits sont très graves. Ils arrêtent des gens pour des raisons politiques", dénonçait Monica Puig, une architecte de 39 ans.

Le Barça se positionne

Le FC Barcelone, club emblème de l'identité catalane, a condamné hier toute forme d'entrave au "droit à décider" de la Catalogne après l'arrestation d'une douzaine de membres du gouvernement régional, qui souhaite organiser un référendum d'autodétermination interdit par la justice espagnole. "Après les faits survenus ces derniers jours, et en particulier aujourd'hui, en lien avec la situation politique de la Catalogne, le FC Barcelone, fidèle à son engagement historique en faveur de la défense du pays, de la démocratie, de la liberté d'expression et du droit à décider, condamne toute action susceptible d'empêcher le plein exercice de ces droits", a écrit le Barça dans un communiqué. "En ce sens, le FC Barcelone manifeste publiquement son soutien à toutes les personnes, structures et institutions qui travaillent pour garantir ces droits", a ajouté le club, disant vouloir respecter "la volonté de la majorité du peuple de Catalogne". Bien qu'il bénéficie d'une aura mondiale et de supporteurs un peu partout sur la planète, le Barça est étroitement lié au sentiment nationaliste catalan, dont il a longtemps été un porte-drapeau sous le régime franquiste (1939-1975).

Accusations

A Barcelone, le président séparatiste de la région Carles Puigdemont a accusé le gouvernement d'avoir "suspendu de facto l'autonomie de la Catalogne et appliqué de facto un état d'urgence", en violation des "droits fondamentaux". Le porte-parole du gouvernement Inigo Mendez de Vigo a, lui, accusé les dirigeants indépendantistes de "chercher à gagner avec des manifestations de rue une légitimité qu'ils n'ont pas".

Arrestations
et perquisitions

Un porte-parole du ministère espagnol de l'Intérieur a confirmé que 14 arrestations avaient eu lieu, essentiellement des hauts responsables du gouvernement de Catalogne. Les forces de l'ordre ont mené des dizaines de perquisitions, dont certaines se poursuivaient dans la soirée. Selon une source judiciaire, le magistrat les a ordonnées dans le cadre d'une enquête sur un présumé vol de données par les séparatistes pour constituer une liste des contribuables catalans. Les gardes civils ont saisi hier près de 10 millions de bulletins de vote, à Bigues, à 45 km de Barcelone.