Psychose , pillages, couvre feu, désolation… : L’ouragan Irma est passé par là

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     
A Saint-Martin : «Par pitié, faites quelque chose!»


Interpellations - "Mais par pitié, faites quelque chose ! Les magasins rue de la Liberté sont en train de se faire piller !", s'époumone Estelle Kalton devant les gendarmes français à Marigot, chef-lieu de l'île caribéenne de Saint-Martin. "On sait", lui répond-on, agacés.


Cinq jours après le passage destructeur de l'ouragan monstre Irma, le désordre préside toujours et l'île franco-néerlandaise vit encore dans la psychose des pillages. A force de faire un esclandre sur les marches du centre de sécurité, installé d'urgence dans les locaux d'une grosse société immobilière, Mme Kalton finit par se voir répondre que les gendarmes arrivent.
Quelques instants plus tôt, la ministre française des Outre-mer Annick Girardin descendait les mêmes marches, après avoir assuré à la presse que "la sécurité est désormais assurée" sur l'île. Mais les déclarations rassurantes des autorités ne parviennent pas à apaiser les craintes et frustrations de certains habitants, qui avouent se sentir livrés à eux-mêmes. "Les gendarmes ont vu les tentatives de pillage sur notre magasin. Ils sont parfois à 50 mètres, mais ils ne font rien", rapporte Philippe Kalton, 57 ans, dont sept à Saint-Martin. "Ils m'ont dit que la sécurité civile prime, que le reste ce n'est que du matériel et ce n'est pas important."
Sauf que pour le couple Kalton, les deux magasins de prêt-à-porter qu'ils détiennent rue de la Liberté, "c'est tout ce qui nous reste". Avant Irma, ils jouissaient d'une vie ensoleillée dans une villa en bord de plage, à Baie Nettlé.
Depuis les marches du centre de sécurité où ils se tiennent, on aperçoit leur maison blanche à quelques mètres du sable, dévastée comme les autres par l'ouragan. Tendu, le couple surveille ses magasins dès qu'il peut. Il a aussi confié cette mission à un voisin. Lors de la dernière tentative d'effraction, il a sorti une machette pour disperser les pilleurs. "Ils lui ont dit: +si tu restes encore là, on va revenir, on va te flinguer et on prendra ce qu'on veut+", assure M. Kalton, l'œil noir. Un autre homme se lance dans une vive explication avec les pouvoirs publics. "Ils nous volent tout, il n'y a aucun respect! Qu'est-ce que vous attendez pour réagir?", lance ce Polonais en anglais.
"Dans mon pays, ça fait longtemps que l'armée aurait nettoyé tout ça!" "Désolé monsieur, mais ici on est en France et on ne tire pas sur les gens comme ça", rétorque poliment une officielle.

«Un spectacle»

En face, l'île de Miami Beach s'était préparée au pire. Sur la fameuse promenade donnant sur la plage et ses cabines colorées pour maîtres-nageurs, la plupart des commerces avaient fermé, leurs fenêtres et portes renforcées par des planches en bois. Irma a finalement fait peu de dégâts, au grand soulagement des habitants. "C'est un spectacle, mais pas une catastrophe", estime Roberto Cuneo, un habitant italien de 41 ans qui avait refusé de quitter son domicile. "On a eu quelques dégâts sur le toit et une petite fuite sur l'une de nos sept fenêtres", explique-t-il. Sur la Lincoln Road, artère touristique qui traverse la ville d'est en ouest, on a compté 30 cm d'eau, selon les résidents. Elmer Gomez, un serveur guatémaltèque de 30 ans, s'est calfeutré dans son appartement au 3e étage avec trois autres personnes. "Nous avons passé le temps en dormant et en jouant aux cartes", raconte-t-il. Hier après-midi, Irma a été rétrogradé en catégorie 2 sur une échelle qui en compte 5.
La dépression devrait rester un ouragan jusqu'à ce lundi matin. Elle affiche encore des vents de 175 km/h et devrait provoquer de graves inondations. Le président américain Donald Trump a déclaré l'état de catastrophe naturelle pour la Floride dimanche, permettant ainsi de débloquer des moyens supplémentaires pour venir en aide à la péninsule balayée Irma. Il a aussi annoncé qu'il se rendrait "très vite" en Floride.

Les Iles Vierges appellent à l’aide

Le Premier ministre des Iles Vierges britanniques a appelé hier le Royaume-Uni à fournir une aide à long terme à ces territoires dévastés par l'ouragan Irma, qui y a fait cinq morts. "Nous sommes des gens résistants, mais (l'ouragan) nous a profondément frappés", a déclaré le Premier ministre, Orlando Smith, décrivant comme "critique" la situation dans les îles après le passage du super-ouragan. Des militaires britanniques ont été envoyés vers l'archipel, et la Royal Navy a annoncé dimanche l'arrivée par hélicoptère de fournitures médicales, dont des vaccins. M. Smith a loué les efforts déjà accomplis par les militaires, mais il a appelé Londres à élaborer des plans plus substantiels pour le territoire, qui compte quelque 28.000 habitants et dépend largement du tourisme. "Un ensemble de mesures économiques pour la reconstruction soutenu par le gouvernement britannique sera nécessaire sur le long terme afin d'assurer le retour à la normale", a-t-il déclaré. Le milliardaire britannique Richard Branson, qui possède Necker Island, dans les Iles Vierges, a déclaré jeudi que l'archipel aurait besoin d'"une aide massive pour reconstruire les maisons, les bâtiments, les moyens de subsistance des habitants". Cinq personnes ont été tuées lorsque l'ouragan Irma a frappé l'archipel. Le bilan global des ravages d'Irma dans la région était dimanche d'au moins 30 morts.

Macron à Saint-Martin, l'Etat français de plus  en plus critiqué

Le président français Emmanuel Macron a décidé de partir ce lundi soir pour l'île caribéenne de Saint-Martin ravagée par Irma mais épargnée par José, au moment où les critiques concernant la gestion de la crise par l'Etat montent parmi les insulaires et les politiques. L'ouragan Irma a fait au moins dix morts et sept disparus dans la partie française de Saint-Martin et quatre dans la partie néerlandaise. Après le passage de l'ouragan José plus au large que prévu de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy, autre île française, l'heure était au soulagement et à la reprise du pont aérien et du pont maritime pour évacuer les plus vulnérables dans un sens et acheminer du fret dans l'autre. La préfecture de Guadeloupe a également annoncé hier soir la reprise des liaisons maritimes entre la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Martin. Les critiques de l'opposition au sujet du niveau de préparation des pouvoirs publics au passage d'Irma s'amplifient , certains réclamant une commission d'enquête parlementaire. La présidente du Front National (extrême droite) Marine Le Pen a dénoncé samedi un gouvernement n'ayant "rien anticipé" et des moyens "tout à fait insuffisants". Le député Les Républicains (droite) Eric Ciotti a fustigé dimanche les "défaillances de l'Etat". Le chef de file de la France Insoumise (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon a lui réclamé une commission d'enquête parlementaire sur la gestion en amont de la catastrophe. Face à ces critiques, le gouvernement s'est défendu. "L'Etat, depuis le début, a fait face à la situation. "Mais lorsque vous avez des vents qui par rafales peuvent souffler à 380 km/h, il est évident que vous avez le désastre que l'on a pu connaître", a déclaré le ministre de l'Intérieur. Un premier coût des dommages a été évalué samedi à 1,2 milliard d'euros par la Caisse centrale de réassurance (CCR).

Réunion d’urgence

n Le gouvernement britannique a tenu hier une réunion d'urgence pour discuter des conséquences de l'ouragan. Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a déclaré que trois avions étaient en partance pour la région pour contribuer à l'aide, et que 500 militaires étaient déjà déployés dans la zone frappée par Irma. Cinquante-trois policiers sont également sur place, a indiqué M. Johnson. Outre la distribution d'abris d'urgence en kit, de rations alimentaires et d'eau, les militaires britanniques oeuvrent à rétablir les communications sur les Iles Vierges et à dégager la piste de l'aéroport pour permettre que l'aide continue à arriver.


L'ouest de la Floride balayé


Dévastateur -  Renversant les palmiers, arrachant des poteaux électriques et déversant des pluies diluviennes, l'ouragan Irma remontait la côte ouest de la Floride dans la nuit d’hier s'acharnant sur une région ultra-touristique et vulnérable  à la montée des eaux.


Afin de débloquer d'urgence des moyens supplémentaires pour venir en aide à la Floride, le président américain Donald Trump a déclaré dimanche l'état de catastrophe naturelle et annoncé sa visite prochaine sur la péninsule, à la pointe sud-est des Etats-Unis. Accompagné de vents encore violents, jusqu'à 155 km/h, l'ouragan remontait la côte ouest de la Floride à 22 km/h en direction du nord à 03h00 GMT, menaçant notamment la grande ville de Tampa après avoir battu le sud-ouest de la péninsule.
"Irma devrait tourner vers le nord-nord-ouest dans la nuit", indique le Centre américain des ouragans (NHC). Soufflant de brutales rafales de vents, calculées à 215 km/h, Irma s'est d'abord abattu hier matin sur l'archipel des Keys. Alors classé en catégorie 4, sur une échelle de 5, l'ouragan a dévoré bateaux et maisons abandonnés par les habitants de ce chapelet d'îles au large de la Floride continentale. Repassé au-dessus de l'océan, il a frappé de nouveau la Floride dans l'après-midi (19h35 GMT), cette fois à Marco Island, sur la côte ouest, avec des vents de 185 km/h (catégorie 3), puis a été rétrogradé en catégorie 2.
"Irma apportera des vents et des marées de tempête potentiellement meurtrières sur les Keys ainsi qu'une vaste partie du centre et de l'ouest de la Floride ce soir et lundi", a mis en garde le NHC. Il devrait redevenir plus tard lundi une tempête tropicale. Après avoir dévasté plusieurs îles des Caraïbes et fait 27 morts dans cette région, le bilan d'Irma s'est encore alourdi en Floride avec trois victimes, tuées dans des accidents de la route samedi et dimanche matin. A peine rentré à la Maison Blanche après un week-end à Camp David, le président américain a déclaré l'état de catastrophe naturelle pour la Floride.
Donald Trump, qui s'est tenu régulièrement informé de l'évolution de la situation, a également annoncé qu'il se rendrait "très vite" sur la péninsule. "J'espère qu'il n'y aura pas trop de gens sur son chemin (...) Nous avons essayé de mettre tout le monde en garde et pour la plupart ils sont partis", a lancé le président. Après avoir longé la côte, Irma devrait pénétrer plus avant dans les terres en direction du nord de l'Etat puis du sud-ouest de la Géorgie lundi après-midi. C'est la montée des eaux, plus encore que les vents, que l'on redoute à Naples.
Dans cette région, près de Marco Island, où vivent plus d'un million de personnes, les météorologues attendent des inondations de 3,5 à 5 mètres. "Les gens n'écoutent pas, certains se disent +On a survécu à (l'ouragan) Wilma, on a survécu à Charley, cela se passera bien, on peut en traverser un autre+", s'insurge Virginia Defreeuw, une septuagénaire qui a abandonné son mobil-home pour un refuge. "Mais celui-ci est néfaste". A quelque 250 kilomètres au nord de Naples, la grande ville de Tampa appréhendait l'impact de l'ouragan. Son maire, Bob Buckhorn, a cité l'ancien boxeur Mike Tyson: "Tout le monde a un plan jusqu'à ce qu'ils prennent un direct au visage, eh bien on va bientôt en prendre un".

A Miami, rues inondées et grues cassées

Les vents de l'ouragan Irma ont soufflé fort hier sur Miami, où les quartiers du bord de mer ont été inondés et plusieurs grues se sont effondrées sous les rafales. Le quartier de Brickell est en partie inondé "par la marée qui passe au-dessus des digues", témoigne Steven Schlacknam, un artiste de 51 ans réfugié dans son appartement du 37e étage. "La jetée en bois a pratiquement disparu", ajoute-t-il. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent que la mer s'est avancée sur plusieurs centaines de mètres pendant la tempête. Un journaliste de la chaîne The Weather Channel a tweeté deux photos de la 12e rue, une petite voie entre la mer et l'avenue Brickell. L'une est une capture d'écran de Google View, prise sous le soleil. L'autre, prise hier, montre la rue submergée par 80 cm d'eau dans ce quartier du front de mer, régulièrement inondé. Miami se préparait à subir l'impact direct de l'ouragan avant qu'Irma change sa trajectoire vers l'ouest. Mais les rafales ont quand même atteint 145 km/h, assez pour plier les palmiers qui bordent le littoral et abattre les grues de chantiers. Dans un des nombreux chantiers du centre-ville, le bras d'une grue a rompu et terminé sa course sur le toit d'un immeuble en construction, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux. Steven Schlacknam a également vu une autre grue de son quartier s'effondrer sous la force du vent. Un ordre d'évacuation a été lancé et un couvre-feu a été instauré sur la ville. La municipalité a conseillé à ceux qui refusaient de partir de ne pas se réfugier dans les bâtiments entourés par des grues. "Nous avons dans la ville de Miami environ 25 grues, dont certaines sont à 240 mètres du sol", a dit à l'AFP Daniel Alfonso, un responsable de la municipalité. Ces grues sont faites pour résister à des vents de 233 km/h mais "le bras d'une grue et son contre -poids pèsent entre 3,6 et 4,5 tonnes, ça peut faire beaucoup de dégâts si ça tombe", a souligné M. Alfonso.

Couvre-feu

Le souffle de cet ouragan de la taille du Texas n'a pas épargné la côte est de la Floride. Miami a été assaillie par des vents et une pluie très intenses, inondant plusieurs rues. Au moins deux grues ont été partiellement emportées par la force de la tempête. Le quartier de Brickell sur le bord de mer est en partie inondé "par la marée qui passe au-dessus des digues", a témoigné à l'AFP Steven Schlacknam, un artiste de 51 ans. Les résidents doivent également craindre les tornades. Environ trois millions de foyers et entreprises en Floride étaient plongés dans le noir, selon la compagnie Florida Power and Light, qui a annoncé avoir "arrêté en toute sécurité" l'un des deux réacteurs nucléaires de sa centrale de Turkey Point, à la pointe sud-est de la péninsule. L'aéroport international de Miami a été fermé et ne devrait reprendre qu'un service limité à partir d’aujourd’hui. Les secours étaient compliqués par la force du vent, la pluie et la tombée de la nuit. Des couvre-feux ont été décrétés dans plusieurs municipalités, notamment pour éviter les pillages, comme dans les Keys. Cette langue de terre très basse avait déjà été aux trois-quarts détruite par l'ouragan Donna il y a 57 ans exactement, le 10 septembre 1960.