La Corée du Nord promet d’autres tirs de missiles : Pyongyang défie la communauté internationale

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L'ONU condamne


Unanimité -  Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné hier "fermement" et de manière unanime le tir par la Corée du Nord d'un missile balistique ayant survolé le Japon, dans une déclaration approuvée après trois heures de réunion.


A l'issue de cette session convoquée en urgence à la demande des Etats-Unis et du Japon, l'ambassadeur japonais auprès des Nations unies a laissé entendre qu'une nouvelle résolution prévoyant des sanctions pourrait suivre cette déclaration. "La prochaine étape commence maintenant. On ne peut en prédire l'issue mais j'espère bien sûr une résolution forte après cette déclaration", a affirmé Koro Bessho. Dans sa déclaration, écrite par les Etats-Unis, le Conseil de sécurité "demande à tous les Etats membres d'appliquer strictement et pleinement" les résolutions de l'ONU, dont celles imposant des sanctions économiques à la Corée du Nord. La dernière salve de sanctions décidées par l'ONU remonte au 5 août. Un mois de négociations entre notamment les Etats-Unis et la Chine, premier partenaire économique de la Corée du Nord, avait été nécessaire pour aboutir à une résolution votée à l'unanimité des 15 membres du Conseil. Les mesures visent à priver la Corée du Nord d'un milliard de dollars de recettes tirées de ses exportations de charbon, de fer, de minerai de fer et de sa pêche. Selon des sources diplomatiques, l'ONU garde en réserve d'autres possibilités de sanctions, comme le renvoi en Corée du Nord des travailleurs nord-coréens employés à l'étranger ou des mesures touchant au secteur du pétrole. Pour Washington, l'enjeu à l'ONU était d'afficher le maintien de l'unité internationale - avec Moscou et Pékin - face à Pyongyang. Il s'agissait aussi d'aboutir à une réponse très rapide après le tir de missile, souligne une source diplomatique. La simple adoption à ce stade par le Conseil de sécurité d'une déclaration traduit toutefois des difficultés à l'ONU pour amener la Corée du Nord à reprendre des négociations sur ses programmes d'armement. Ceux-ci sont jugés dangereux par les grandes puissances pour la stabilité régionale et mondiale. Le texte, lu solennellement en séance par la présidence égyptienne en exercice du Conseil, évoque des "actions scandaleuses et des menaces contre un autre Etat membre de l'ONU" et réclame "leur arrêt immédiat". Par ces actes, la Corée du Nord "sape délibérément la paix et la stabilité régionales", souligne la déclaration. Pour la Chine, "les pressions et les sanctions" contre Pyongyang "ne peuvent fondamentalement résoudre le problème". La Russie est un peu sur la même ligne, dénonçant régulièrement une "tendance" à "l'escalade" des tensions. Dans sa déclaration, le Conseil de sécurité réaffirme son engagement à une solution pacifique, diplomatique et politique à la crise avec la Corée du Nord. Mais toute discussion est gelée depuis plusieurs années et aucune perspective de la relancer n'apparaît aujourd'hui.
R.I./Agences

La Chine discute à l'ONU d'une «réaction»

La Chine discute avec d'autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU d'une "réaction" après le tir de missile par la Corée du Nord , a indiqué ce mercredi le ministre chinois des Affaires étrangères. Wang Yi s'exprimait depuis Pékin, quelques heures après que le Conseil de sécurité des Nations unies a "fermement" et de manière unanime condamné le lancement réalisé lundi par Pyongyang. La Chine, principal soutien diplomatique de la Corée du Nord, est "en train de discuter avec les autres membres du Conseil de sécurité des derniers développements de la situation", a déclaré le ministre, lors d'une conférence de presse initialement dédiée à un futur sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Le ministre des Affaires étrangères n'a cependant pas précisé si de nouvelles sanctions contre Pyongyang étaient à l'ordre du jour. La Chine est le principal soutien diplomatique et le premier partenaire commercial de la Corée du Nord. Mais Pékin "n'approuve pas, bien sûr" le tir nord-coréen, "qui a violé les résolutions du Conseil de sécurité et porté atteinte au traité de non-prolifération des armes nucléaires", a souligné Wang Yi.

Kim hilare

Le Rodong Sinmun, organe du parti unique au pouvoir en Corée du Nord, a publié ce mercredi une vingtaine de photos du tir, dont une montrant Kim Jong-Un hilare entouré de ses conseillers, une carte du Nord-Ouest du Pacifique posée sur son bureau. Un autre cliché le montre observant le missile qui a été tiré de Sunan, près de Pyongyang. L'engin a parcouru 2.700 kilomètres à une altitude maximum d'environ 550 km avant de s'abîmer dans le Pacifique. Dans une dépêche publiée aujourd’hui, l'agence officielle nord-coréenne KCNA cite M. Kim annonçant "davantage d'exercices de tirs de missiles balistiques à l'avenir avec le Pacifique pour cible".

«Un lever de rideau»

Le leader nord-coréen Kim Jong-Un a promis de nouveaux lancements de missiles au-dessus du Japon, assurant que le tir d’hier, condamné unanimement à l'ONU, ne constituait qu'un "lever de rideau". La tension a atteint des sommets ces dernières semaines, après deux tirs par Pyongyang de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) qui mettent apparemment une bonne partie du continent américain à sa portée.

Pourquoi cibler le Japon ?


Constat -  Le lancement de ce missile a révélé la vulnérabilité de l'archipel  dont les moyens d'action apparaissent limités.

De l'avis des experts, la Corée du Nord ne cible pas précisément le Japon. Le risque qu'un missile soit intentionnellement dirigé sur le territoire nippon est considéré comme faible, à moins d'un problème technique. Néanmoins, la présence de bases militaires américaines sur le sol japonais accroît les craintes que Pyongyang ne tente de viser les Etats-Unis via ces installations afin d'émettre un avertissement. En outre, compte tenu de la position géographique de l'archipel, la Corée du Nord peut difficilement lancer des missiles vers le Pacifique et les États-Unis sans voler au-dessus du Japon et de ses eaux. La Corée du Nord a récemment averti: "Le Japon devrait savoir que le territoire japonais sera brûlé avant les États-Unis en cas de situation d'urgence". De plus, les Nord-Coréens n'ignorent pas que les moyens militaires du Japon sont limités et que Tokyo n'agira pas seul: "ils sont pleinement conscients que le Japon ne saura pas contre-attaquer militairement même si un missile survole le pays", juge Akira Kato, professeur de politique internationale à l'Université J. F. Oberlin. Dernier élément: les rivalités historiques qui opposent la Corée du Nord au Japon. Pyongyang a expliqué avoir choisi la date du 29 août afin de marquer le 107e anniversaire du traité d'annexion de la Corée par Tokyo, signé en 1910. Cette période de colonisation s'était achevée le 15 août 1945 avec la capitulation du Japon à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En prenant cette décision, Kim Jong-Un "a exprimé la rancœur contenue depuis longtemps du peuple coréen" contre "les cruels habitants de l'archipel japonais insensibles au sanglant 29 août", selon l'agence nord-coréenne KCNA. Parallèlement aux sanctions unilatérales mises en œuvre contre Pyongyang, le Japon exige une recrudescence des pressions de la part du Conseil de sécurité de l'Onu. Sur le front militaire, le dernier lancement de missile offre à M. Abe un prétexte pour renforcer le système de défense antimissile. Le Japon envisage l'ajout d'un dispositif Aegis terrestre, en complément des navires de ce type. "Le dernier lancement va également nourrir un débat sur la possession de son propre système de détection par satellite", a déclaré à l'AFP Hideshi Takesada, expert de la Corée du Nord et professeur à l'Université Takushoku. Selon M. Kato, les menaces militaires répétées du Nord pourraient aussi déclencher une réflexion sur la dissuasion nucléaire du Japon, surtout "si la Corée du Nord réalisait un nouveau test nucléaire". Des voix s'élèvent cependant pour signifier qu'il sera difficile d'obtenir une réaction positive de Pyongyang par la seule pression, estimant qu'une réouverture du dialogue avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un doit aussi être envisagée.


Portée intermédiaire

l La dernière fois qu'un engin nord-coréen avait survolé le Japon remonte à 2009. Le missile a été tiré de Sunan, près de Pyongyang, hier à 05H57 (20H57 GMT lundi) et a survolé le Japon. L'engin a parcouru 2.700 kilomètres à une altitude maximum d'environ 550 km avant de s'abîmer dans le Pacifique. Selon le Pentagone, il s'agissait d'un missile à portée intermédiaire qui n'a pas menacé les Etats-Unis. Après les dernières sanctions prises début août, Pyongyang avait menacé de tirer quatre missiles aux abords de l'île américaine de Guam. Mais un tir vers Guam aurait été pour Washington "une ligne rouge", note Euan Graham, de l'Institut Lowy en Australie, qui juge que Pyongyang s'est montré "plutôt malin" en choississant "une demi-mesure".

L’aveu


l La Corée du Nord, qui a admis avoir tiré un missile de moyenne portée au-dessus du Japon, a invoqué le droit à l'autodéfense face aux "intentions hostiles" affichées par les Etats-Unis qui participent actuellement à des manœuvres militaires annuelles avec Séoul. C'est la première fois que Pyongyang admet avoir envoyé un missile au-dessus du territoire japonais.

Pourquoi ne pas avoir détruit le missile en vol ?

l Le ministre de la Défense japonais a expliqué que la décision de ne pas intercepter le missile nord-coréen avec son système de défense antimissile avait été prise sur la base des informations radars et autres recueillies indiquant que l'engin ne risquait pas de causer des dommages au Japon. "Nous lançons une commande pour détruire (les missiles) lorsqu'il est jugé probable qu'un engin lancé tombe sur notre territoire ou dans nos eaux territoriales", a justifié hier Itsunori Onodera. "Nous sommes capables de prendre les mesures nécessaires quand elles s'imposent", a-t-il assuré. Des analystes ont toutefois émis des doutes: le ministère ne divulgue pas la capacité exacte de son système de défense antimissile, mais certains experts estiment que les batteries SM-3 sur les navires Aegis ont une portée d'altitude égale à environ 500 kilomètres, alors que le missile a survolé l'archipel à 550 km. Par ailleurs, la décision de détruire en vol un missile est politiquement difficile à prendre par le Japon "qui souhaite éviter une conflagration dans la péninsule", explique Robert Dujarric de l'Université Temple à Tokyo. Selon lui, "le Japon est non seulement sous-armé mais aussi rétif à tout risque".