Son aménagement devrait se  terminer dans quelques mois : El-Harrach : un oued, des espoirs…

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6 000 familles relogées



Dynamique -  La réception de la totalité du projet d’assainissement et d’aménagement d’Oued El-Harrach aura lieu au deuxième trimestre 2018.


«Le taux d’avancement du projet d’assainissement et d’aménagement d’Oued El-Harrach s’étendant sur une longueur de 18,2 km dans la wilaya d’Alger a atteint actuellement 76% et le projet sera totalement réceptionné au deuxième trimestre 2018» a déclaré le directeur des ressources en eau de la wilaya d’Alger, Kamel Boukercha, en marge d’une visite de nombre de projets dans la capitale. De son côté, le Chef de projet Djamel Taib a rappelé l’aménagement et la réception de trois tronçons d’Oued El-Harrach, en l’occurrence les Sablettes (rive droite), les trois piscines se trouvant dans la rive gauche de l’oued et la Prise d’eau transformés en espace de loisirs. «Grâce à ces travaux d’assainissement et d’aménagement, des espaces ont été dégagés et aménagés de manière écologiques à l’image des embouchures de Bentalha et de la prise d’eau (7 hectares) pour permettre à la population d’avoir des espaces pour se promener et faire du sport au milieu de la verdure», a-t-il ajouté. «L’espace de loisirs de Bentalha s’étendant sur une longueur de 2 km a été totalement aménagée pour recevoir les visiteurs. Doté d’espaces verts et de détente en plus de trois stades de football en gazon naturel, cet espace a séduit par sa particularité les riverains qui l’ont déjà adopté», a-t-il relevé. Le responsable a relevé notamment que le souci majeur dans l’aménagement de cet oued était de «prémunir la population des risques des inondations» soulignant que cet objectif a été «pratiquement atteint». Il a rappelé que l’opération d’aménagement d’oued El-Harrach a entraîné des actions sociales à travers le relogement de plus de 6 000 familles des bidonvilles construits à oued El-Harrach à l’image de celui d’El-Ramli réputé pour être le plus grand bidonville de la wilaya d’Alger. Il a fait remarquer que «cette opération de grande envergure a permis la récupération de terrains qui ont été transformés en espaces écologiques». Un travail de fond a été entamé parallèlement, par la prise en charge de tous les rejets domestiques par une station d’épuration à Baraki pour améliorer sensiblement la qualité de l’eau dans l’oued, a-t-il indiqué en annonçant que la wilaya d’Alger a aussi «pris sur ses épaules» la problématique des rejets industriels tout en sensibilisant les entreprises afin qu’’elles se munissent de stations d’épuration et traiter leurs rejets industriels avant de les jeter dans l’oued. «Certains unités industrielles ont reçu des mises en demeure afin qu’elles se conforment à la réglementation en vigueur et prendre en charge les rejets liquide en les prétraitant avant leur envoi soit sur le réseau public ou au niveau de l’oued», a souligné M. Taib.

«Opération jasmin»  en attendant…

Le responsable du projet a rappelé, dans ce cadre, que plusieurs actions ont été menées pour l’assainissement d’oued El-Harrach qui était le «réceptacle» de toutes sortes de déchets y compris les déchets solides et les rejets industriels. Une première opération appelée «opération jasmin» a été menée avec l’introduction d’un gel désodorisant pour atténuer l’odeur nauséabonde au niveau de l’embouchure de l’oued, selon le responsable.

Larguez les amarres !

L’oued sera doté d’une partie navigable pour les petites embarcations sans moteur s’étendant sur une longueur de 6 km à partir de l’embouchure des Sablettes, affirme le responsable du projet. «Afin de réaliser cette prouesse, il faut en premier lieu procéder à une vaste opération de dragage (ultime opération de ce projet) permettant l’écoulement d’une eau de bonne qualité et l’entrée de l’eau de mer sur le tronçon navigable facilitant ainsi une circulation normale de l’eau de mer avec l’eau de l’oued et l’enlèvement de tous les sédiments», a souligné M. Taib. La dragage, ultime opération de ce grand projet sera effectué à la fin de tous les travaux d’aménagement hydraulique et va permettre le nettoyage de 2 600 000 mètres cubes de produits de dragage, a-t-il assuré relevant que ce sont bien ces produits qui provoquent les mauvaises odeurs de l’oued. «Après la fin de l’opération de dragage, l’odeur nauséabonde de l’oued sera totalement éliminée», a-t-il encore assuré.

L’économie de la partie

Avant même son achèvement total, Oued El-Harrach attire d’ores et déjà un intérêt particulier de plusieurs investisseurs qui ont manifesté leur désir d’investir dans ces espaces. «Cet oued deviendra certainement un pôle d’attraction et de loisirs et surtout un pôle économique d’exception», affirme le responsable du projet. Les différents aménagements qui ont été réalisés entraîneront forcement un grand intérêt de la part des différents investisseurs, a assuré le responsable soulignant que «tout investissement doit impérativement respecter la nature écologique de ces espaces». «Ces investissements seront pris en charge par la wilaya d’Alger en partenariat avec les investisseurs dont un nombre d’entre eux se sont déjà manifestés avant même la fin de ce projet», a-t-il assuré.


Terrains, piscines, marina…

En termes d’infrastructures, l’oued El-Harrach, nouvelle version, devrait abriter 6 terrains de basket-ball, 6 terrains de foot en gazon naturel, 4 de handball, une piscine, des aires de jeux, une marina en bois, des pistes cyclables et des pistes de jogging. Il y est prévu aussi 10 passerelles et des ponts pour piétons, aménagés pour des personnes à mobilité réduite.
En outre, une opération de verdissement est prévue. Plus de 300 000 arbres et 120 000 arbustes devraient être plantés tout au long des deux rives s’étalant sur une surface de près de 300 hectares. Différentes variétés de plantes et d’espèces d’oiseaux et de poissons devraient y être introduites. Un recalibrage et un reprofilage de l’espace devraient en outre permettre à de petites embarcations de loisir d’y naviguer.

Quand l’oued abritait des truites…


Histoire -  Il fut un temps, qui aujourd’hui fait partie de l’histoire dont seuls quelques patriarches se souviennent encore de cet énorme égout à ciel ouvert qui faisait le bonheur des habitants.


Qu’ils soient de «Sainte-Corine», des Trois-Caves ou d’autres vieux quartiers environnant El- Harrach, tous vous le diront : les berges de l’oued étaient en ce temps-là un lieu de villégiature. Il n’existe aucun document, aucune archive pour l’attester, mais avant que la pollution ne prenne le pas et ne vienne squatter ce véritable patrimoine pour en faire un long cours aux odeurs irrespirables, vieux et jeunes s’adonnaient à des séances de pêche à la mouche. On y trouvait surtout de la truite. Nombreuses sont les familles qui se plaisaient à pique-niquer sur l’épaisse verdure qui habillait ses berges, quand d’autres faisaient parfois quelques plongeons dans les eaux profondes qui pouvaient atteindre 8 mètres à certains endroits. On peut deviner au niveau de Mohammadia (ex-Lavigerie), en effet, que l’oued était fréquenté auparavant, et ce, de par la présence d’escaliers qui permettaient d’accéder aux rives du côté de l’embouchure. Certains vous diront que la fin de la belle époque intervient juste au milieu des années 1950 avec l’apparition des premiers bidonvilles, mais le coup de grâce a été donné avec la prolifération de zones industrielles, après l’indépendance, tout au long de l’oued déversant des milliers de tonnes de déchets industriels, ce qui a eu raison de ce qui aurait pu être, non seulement une valeur locale, mais aussi et surtout une fierté nationale. Les odeurs nauséabondes qui s’en dégagent, tout au long de l’embouchure, sont en effet causées essentiellement par les «déchets» des ateliers et usines y attenants. D’aucun penserait que l’oued est une propriété exclusive de la ville d’El-Harrach et de ses zones environnantes. En fait, à l’image de tout oued, ou grande rivière, l’oued El-Harrach a comme source principale une montagne rocheuse. Il prend sa source dans l’Atlas blidéen, près de Hammam Melouane et dans une trajectoire serpentant sur plus de 67 km, pour terminer sa course en pleine Méditerranée, au niveau de l’embouchure de Mohammadia. Depuis sa source principale jusqu’au niveau de la localité de Birtouta, les eaux paraissent plus ou moins limpides et ce n’est qu’à partir de cette zone que le taux de pollution commence à se manifester pour devenir un fleuve complètement noirci par toutes sortes de déchets qui s’y déversent depuis des décennies.

Une mission de santé publique


Alerte - Outre l’aspect économique et social, l’aménagement de Oued El-Harrach entre dans le cadre d’une mission de santé publique.


Depuis longtemps déjà la sonnette d’alarme avait été tirée. En effet, plusieurs études l’ont attesté et l’attestent : le taux de pollution, résultant d’une absence quasi totale d’un quelconque traitement des déchets industriels et domestiques, ne cesse de s’accentuer. Il y a quelques années une équipe scientifique algéro-japonaise en avait d’ailleurs fait un long et large constat. Le résultat de cette étude avait alors été qualifié d’«alarmant», du fait des éléments toxiques qui y ont été identifiés, tels que le plomb, le chlore, le zinc ou encore le chrome. Loin d’affecter les seuls habitants des bidonvilles qui ont poussé çà et là à une certaine époque le long de la berge, ces éléments, considérés comme de véritables poisons, s’invitent même dans certaines «grandes tables», à travers notamment la consommation de poissons. En effet, parmi les métaux lourds composant ces déchets industriels, la présence de mercure, qui dépasse de plus de 30 fois les normes établies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a, depuis très longtemps déjà, été constatée. Ce dernier, prenant le chemin vers la mer via l’oued, est ingurgité par les poissons qui finissent par atterrir dans nos assiettes. D’ailleurs du fait du prix du poisson ce n’est certainement pas sa consommation qui peut nuire aux habitants squattant les rives, mais plutôt la prolifération, en son long, de rats, moustiques et autres insectes. Ces derniers sont derrière bon nombre de maladies respiratoires, épidémiologiques et dermatologiques. Cela outre le risque de la création d’un climat propice à l’émergence d’une maladie, pour l’heure inconnue chez nous, telle que la maladie de Minamata. Cette dernière, longuement évoquée par l’un des scientifiques japonais ayant pris part à l’étude, s’était déclarée en 1956 au Japon et avait alors coûté la vie à plus de 2 000 personnes. Elle est devenue depuis, une maladie héréditaire qui se transmet de génération en génération, au même titre que le diabète. Il ne s’agit donc plus de cacher l’odeur par des subterfuges tels que certains désodorisants, mais d’envisager la question comme une réelle mission de santé publique.


Un tronçon étendu à Blida

Tout en rappelant qu’Oued El-Harrach s’étend sur une longueur totale de 67 km, dont une partie dans la wilaya d’Alger (18,2 km), il a indiqué que le reste de son parcours s’étend sur les wilayas de Blida et de Médéa». «Des études sont en cours de réalisation par le ministère des Ressources en eau pour l’aménagement d’un petit tronçon d’oued El-Harrach au niveau de la wilaya de Blida», a-t-il annoncé. Il a rappelé que les travaux d’assainissement et d’aménagement d’Oued El-Harrach avaient débuté le 3 juin 2012 et confiés au groupement d’entreprise Cosider-Daewoo pour un coût de 38 milliards de dinars affirmant que «le projet se déroule normalement selon le planning établi et selon les financements mis en place». « Tous les grands problèmes de bidonville, d’expropriation et de nettoiement de tous les déchets sont derrière nous», a-t-il assuré relevant que la «fameuse légende d’oued El-Harrach réputée jadis d’être un espace de répugnance est en train d’être inversée».