Attentats en Catalogne : Après le recueillement, les questions…

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Barcelone s'est recueillie dimanche dans la basilique de la Sagrada Familia pour une messe à la mémoire des victimes des attentats sanglants en Catalogne, tandis que l'enquête se focalisait sur un imam qui aurait radicalisé les jeunes qui les ont commis. Le roi d'Espagne Felipe VI , le chef du gouvernement Mariano Rajoy et le président indépendantiste de la Catalogne Carles Puigdemont sont venus assister à la cérémonie dans la basilique emblématique de Barcelone où l'assistance prenait des photos avec des téléphones portables. Bien que le ministre espagnol de l'Intérieur Juan Ignacio Zoido ait annoncé que la cellule était "démantelée", la police recherche toujours Younès Abouyaaqoub. Ce Marocain de 22 ans pourrait avoir conduit la camionnette qui a fauché des dizaines de passants jeudi à Barcelone, faisait 13 morts et plus de cent blessés. Les policiers ont effectué samedi des contrôles routiers dans toute la Catalogne prévenant les automobilistes qu'il pourrait y avoir des bouchons, mais n'ont pas communiqué sur les résultats de l'opération. Pour les enquêteurs, Abdelbaki As Satty, un imam de la petite ville de Ripoll, au pied des Pyrénées dans le nord de la Catalogne, apparait désormais comme celui qui aurait radicalisé la douzaine de jeunes tenus pour les auteurs des deux attentats. Toujours d'après les médias, Abdelbaki As Satty avait déjà fait de la prison pour des délits mineurs. Selon El Pais et El Mundo, citant des sources de la lutte antiterroriste, il aurait rencontré en prison, dont il est sorti en janvier 2012, des prisonniers liés aux attentats de mars 2004 qui avaient causé la mort de 191 personnes dans des trains de banlieue à Madrid. Le gouvernement a décidé samedi de maintenir le niveau d'alerte terroriste à 4, évitant son niveau maximum 5, synonyme de risque d'attentat imminent, mais renforçant encore les mesures de sécurité alors que la saison touristique bat son plein.


La cellule jihadiste "démantelée"


Enquête -  Une cellule "démantelée" selon les autorités, mais un homme encore en fuite: la traque d'un des derniers membres du groupe qui a commis les attentats en Espagne, revendiqués par le groupe Etat Islamique, se poursuivait samedi.


Après l'avoir fait pour l'attentat à la camionnette-bélier de jeudi à Barcelone dont le bilan est de 13 morts et de plus de 120 blessés, l'organisation jihadiste a revendiqué samedi la responsabilité de celui de Cambrils, qui a fait un mort et six blessés, vendredi juste après minuit.
En Espagne, "la cellule a été démantelée", s'est empressé d'affirmer le ministre espagnol de l'Intérieur Juan Ignacio Zoido.
Mais la police catalane a tenu à nuancer, rappelant qu'"une personne (faisait) toujours l'objet d'un avis de recherche". La cellule, avait indiqué un responsable de la police vendredi, compterait une douzaine de personnes.
Un dispositif était d'ailleurs en cours samedi soir en Catalogne, qui impliquait des barrages en relation avec l'enquête, a annoncé la police.
En effet, la police a déployé "un grand dispositif policier" dans la région de Catalogne, dans le nord-est de l'Espagne, où est toujours recherché un membre présumé de la cellule terroriste ayant perpétré les attentats de Barcelone et Cambrils.
"Grand dispositif policier sur tout le territoire", a annoncé sur son compte Twitter la police régionale de Catalogne, en demandant aux citoyens de ne pas diffuser d'informations sur ces contrôles policier en cours sur les routes, pour raisons de sécurité.
Une porte-parole de la police catalane a indiqué que le dispositif était lié aux attentats qui ont causé la mort de 14 personnes, sans vouloir divulguer davantage d'informations.
Au moins quatre suspects étaient toujours en garde à vue, qui en Espagne, en matière de terrorisme, peut durer jusqu'à cinq jours.
La "cellule" mise au jour serait composée des cinq auteurs de l'attaque de Cambrils, tous abattus ; d'une personne tuée dans l'explosion accidentelle de gaz dans une maison à Alcanar, à 200 km sud de Barcelone ; d'une deuxième, qui pourrait aussi avoir péri ; des quatre personnes interrogées et de l'homme encore recherché.
D'après le quotidien El Pais qui cite des sources policières, l'imam pourrait avoir été tué dans l'explosion d'Alcanar. Mais les restes de trois personnes pourraient se trouver dans les décombres.
"La dernière fois que je l'ai vu, c'était mardi (la veille de l'explosion) et il m'a dit qu'il allait voir sa femme au Maroc", a raconté Nourddem, son colocataire, à l'AFP.
La déflagration d'Alcanar aura peut-être évité un drame bien plus important: les policiers ont découvert plus de 30 bonbonnes de gaz, qui auraient pu servir à la fabrication d'engins explosifs.
Le gouvernement a décidé samedi de maintenir le niveau d'alerte terroriste à 4, évitant son niveau maximum, 5, synonyme de risque d'attentat imminent, mais renforçant encore les mesures de protection alors que la saison touristique bat son plein.
La décision a été prise lors d'une réunion de lutte antiterroriste convoquée à Madrid par le ministre espagnol de l'Intérieur, Juan Ignacio Zoido.
R. I. / Agence

Vuelta : la gare de Nîmes momentanément évacuée

Cette évacuation est intervenue alors que Nîmes a accueilli samedi le départ de la Vuelta, le tour cycliste d'Espagne. Un dispositif de sécurité massif était déployé dans la ville à cette occasion, après les attentats meurtriers survenus jeudi et vendredi en Catalogne.
La gare de Nîmes (sud de la France) a été évacuée en urgence vers 21H15 (19H15 GMT) samedi et bouclée par les forces de l'ordre, et un homme a été interpellé et placé en garde à vue, selon la préfecture locale.
Selon une source policière, l'homme portait sur lui un pistolet d'alarme.
"Nous avons eu un signalement inquiétant indiquant qu'un homme armé était entré en gare de Nîmes", a précisé la préfecture à l'AFP. "Les forces de l'ordre sont arrivées rapidement sur les lieux, ont évacué la gare en établissant un périmètre de sécurité et ont fait les vérifications d'usage dans la gare et dans un TGV qui se trouvait à quai". Elle a précisé qu'il n'y avait "pas eu de fusillade", et prévoyant vers 22H45 (20H45 GMT) un "retour rapide à la normale".
Un homme correspondant au signalement et vu également sur les vidéosurveillances a été interpellé et placé en garde à vue, a-t-elle ajouté. Après des tweets évoquant une fusillade, la préfecture avait indiqué sur son compte Twitter : "absence de fusillade en gare de Nîmes, opération de vérification par rapport à un signalement suspect".
Plus tôt dans la soirée, des médias espagnols évoquaient des tirs, et des usagers des chemins de fer français s'affolaient sur les réseaux sociaux, dans la crainte d'un nouvel attentat.
R. I. / Agence



Samedi, l'imam Abdelbaki Es Satty du village catalan de Ripoll, d'où sont originaires une partie des auteurs présumés des attaques - des enfants d'immigrés marocains -, était au centre de toutes les attentions. La presse espagnole s'interrogeait elle sur le rôle de l'imam dans l'éventuelle radicalisation très rapide de plusieurs auteurs des attentats.
Le domicile de l'homme, qui a disparu depuis mardi, a une nouvelle fois été perquisitionné samedi à l'aube, selon Nourddem, son colocataire qui a assisté à l'opération de police.
D'après le quotidien El Pais qui cite des sources policières, l'imam pourrait avoir été tué dans l'explosion d'Alcanar.
"La dernière fois que je l'ai vu, c'était mardi (la veille de l'explosion) et il m'a dit qu'il allait voir sa femme au Maroc", a raconté Nourddem, son colocataire, à l'AFP.
Et, pendant ce temps, les policiers recherchaient toujours Younès Abouyaaqoub, un Marocain de 22 ans dont la photo a été diffusée.
R. I. / Agence



La Catalogne, la plus exposée ?


Analyse -  En dépit de son expertise dans la lutte antiterroriste, l'Espagne n'a pas pu échapper à deux sanglants attentats commis dans une de ses régions les plus touristiques mais aussi les plus à risque selon les experts : la Catalogne.


Aguerrie par 50 ans de lutte contre l'organisation séparatiste basque ETA, qui a fait plus de 800 morts jusqu'à l'abandon de la lutte armée en 2011, l'Espagne avait réorganisé ses services de police après le pire attentat islamiste en Europe, en 2004.
Le 11 mars de cette année-là, plusieurs bombes avaient explosé dans des trains régionaux bondés à Madrid, faisant 191 morts.
Elle avait augmenté ses effectifs dans la police et les services de renseignement, recruté des traducteurs, accéléré l'informatisation et renforcé la coopération avec le Maroc et la France, explique l'expert Mikel Buesa, professeur à l'université Complutense dans la capitale espagnole.
Madrid applique une politique de détention "préventive" systématique des suspects, souligne-t-il. Et en 2015, la création d'un délit d'"auto-endoctrinement" sur internet en vue de commettre des attentats a permis de poursuivre des terroristes en herbe avant même qu'ils n'envisagent de passer à l'action.
Des mesures parfois peu respectueuses des droits de l'Homme, estiment les avocats.
Mais le pays aux quelque 5.000 km de côtes et aux taux d'ensoleillement record était épargné par les attentats et profitait d'un important report de touristes fuyant des destinations à risque comme la Tunisie et l'Egypte.
Pourtant la menace montait depuis qu'en 2016 les sites internet islamistes désignaient "Al Andalous", le nom des territoires espagnols sous domination musulmane jusqu'en 1492, comme étant une cible.
Et les experts s'inquiétaient de la concentration de jihadistes en Catalogne, où les musulmans sont aussi plus nombreux.
L'Espagne, 47 millions d'habitants, compte 1,9 million de musulmans, selon l'Union des communautés islamiques d'Espagne, soit 4% de la population. Il s'agit pour l'essentiel de maghrébins, Marocains en tête.
La Catalogne est la région qui compte le plus de musulmans pratiquants, près de 500.000 sur 7,5 millions d'habitants, souligne l'UCIDE (6,6%).
La Vanguardia affirmait en 2016 que c'était aussi une terre d'élection pour les salles de prière d'obédience salafiste, une cinquantaine selon le journal qui citait les services de renseignement.
Récemment arrivés, ils sont encore peu nombreux à appartenir aux deuxième et troisième générations qui rencontrent des difficultés d'adaptation ailleurs en Europe, le risque de radicalisation est donc moindre, souligne Javier Zaragoza, procureur jusqu'en 2017 à l'Audience nationale et spécialiste de la lutte antiterroriste.
Du coup, ils ont aussi été moins nombreux à partir pour les théâtres d'opération du groupe Etat islamique (EI), qui a revendiqué les attentats de Barcelone et de Cambrils.
Au dernier comptage, seules 214 personnes ont quitté le territoire espagnol pour se rendre en Irak ou en Syrie, souligne la chercheuse Carola Garcia-Calvo, du groupe de réflexion Real Instituto Elcano. A comparer aux plus de mille parties de France depuis 2012.
R. I. / Agence


l Mais, d'après le Real Instituto Elcano, "la région métropolitaine de Barcelone est le principal foyer du terrorisme jihadiste en Espagne". "Notre dernière analyse, publiée début août, montre que 25% des détenus dans des affaires de terrorisme islamiste proviennent de la province de Barcelone", note Carola Garcia : c'est géographiquement "le principal centre d'activité jihadiste". C'est en Catalogne qu'a été détecté pour la première fois un jihadiste en Espagne, un membre des GIA algériens, en 1995, relève-t-elle. C'est aussi par ici qu'est passé, Mohammed Atta, le chef des pilotes kamizakes du 11 septembre. Dès septembre 2001, le juge Baltazar Garzon avait démantelé une cellule d'Al-Qaïda où auraient été fixés les derniers détails des attentats. C'est à Barcelone encore qu'a été déjoué un plan très avancé d'attentat qui visait le métro de cette ville, en 2008.
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Bornes anti-intrusion : la polémique


Polémique -  L'absence de bornes anti-intrusion sur les Ramblas de Barcelone a généré un début de polémique en Espagne que la mairie juge hors de propos, trois jours après l'attentat meurtrier perpétré avec une camionnette sur cette avenue bondée.


"Il n'y a pas lieu de parler aujourd'hui de ce qui aurait pu être évité avec une borne posée sur les Ramblas", a dit la maire de la ville, Ada Colau, aux médias.
Depuis vendredi, réseaux sociaux et médias ont multiplié les articles sur cette absence, certains allant jusqu'à exiger la démission de la maire, qui aurait fait la sourde oreille aux recommandations de la police nationale. "Les auteurs de l'attentat voulaient tuer et s'ils n'avaient pas pu entrer par les Ramblas, ils l'auraient fait par un autre endroit, nous ne pouvons pas emplir une ville comme Barcelone de barrières", a insisté la maire de la deuxième ville d'Espagne et la plus fréquentée par les touristes. Surtout, la mairie a fait valoir que ce type de décisions étaient adoptées lors de réunions locales tripartites Etat-région-ville. Le premier adjoint au maire, Gerardo Pisarello, avait écrit sur Twitter, dès le lendemain de l'attentat: "Que les choses soient claires. La mairie de Barcelone n'a jamais refusé de poser des bornes". "Les mesures de sécurité antiterroriste sont déterminées par les responsables de l'Intérieur. La mairie collabore et applique ces instructions", a-t-il ajouté. Le ministère espagnol de l'Intérieur avait bien recommandé aux villes de poser des bornes anti-intrusion dans les endroits les plus fréquentés, selon la mairie. Mais le conseil local de sécurité - où sont représentés l'Etat, la région et la mairie - n'a pas souhaité ajouter des obstacles dans la zone des Ramblas, "parce qu'il y en avait déjà beaucoup - arbres, bancs, kiosques, lampadaires... - et en rajouter représentait un danger pour l'accès des véhicules d'urgence", a expliqué à l'AFP une porte-parole de la mairie. Pour sa part le ministre de l'Intérieur Juan Ignacio Zoido n'a pas voulu se laisser entraîner dans la polémique, soulignant que la police avait "recommandé" ce mobilier urbain et que la décision appartenait à "chaque mairie".
Dans un pays en niveau d'alerte antiterroriste 4 sur 5 depuis 2015, Barcelone avait cependant appliqué d'autres mesures telles que la pose de barrières ou le renforcement des contrôles pour des concerts ou des festivités.
Le gouvernement a demandé samedi l'adoption de mesures supplémentaires, notamment pour renforcer encore la sécurité dans les lieux de grande affluence. Madrid a notamment installé de nouvelles jardinières en béton dans plusieurs rues du centre.
R. I. / Agence



Un guide pour se protéger des attaques à la voiture bélier

posée sur les Ramblas", a dit la maire de la ville, Ada Colau, aux médias. Depuis vendredi, réseaux sociaux et médias ont multiplié les articles sur cette absence, certains allant jusqu'à exiger la démission de la maire, qui aurait fait la sourde oreille aux recommandations de la police nationale. "Les auteurs de l'attentat voulaient tuer et s'ils n'avaient pas pu entrer par les Ramblas, ils l'auraient fait par un autre endroit, nous ne pouvons pas emplir une ville comme Barcelone de barrières", a insisté la maire de la deuxième ville d'Espagne et la plus fréquentée par les touristes. Surtout, la mairie a fait valoir que ce type de décisions étaient adoptées lors de réunions locales tripartites Etat-région-ville. Le premier adjoint au maire, Gerardo Pisarello, avait écrit sur Twitter, dès le lendemain de l'attentat: "Que les choses soient claires. La mairie de Barcelone n'a jamais refusé de poser des bornes". "Les mesures de sécurité antiterroriste sont déterminées par les responsables de l'Intérieur. La mairie collabore et applique ces instructions", a-t-il ajouté. Le ministère espagnol de l'Intérieur avait bien recommandé aux villes de poser des bornes anti-intrusion dans les endroits les plus fréquentés, selon la mairie. Mais le conseil local de sécurité - où sont représentés l'Etat, la région et la mairie - n'a pas souhaité ajouter des obstacles dans la zone des Ramblas, "parce qu'il y en avait déjà beaucoup - arbres, bancs, kiosques, lampadaires... - et en rajouter représentait un danger pour l'accès des véhicules d'urgence", a expliqué à l'AFP une porte-parole de la mairie. Pour sa part le ministre de l'Intérieur Juan Ignacio Zoido n'a pas voulu se laisser entraîner dans la polémique, soulignant que la police avait "recommandé" ce mobilier urbain et que la décision appartenait à "chaque mairie". Dans un pays en niveau d'alerte antiterroriste 4 sur 5 depuis 2015, Barcelone avait cependant appliqué d'autres mesures telles que la pose de barrières ou le renforcement des contrôles pour des concerts ou des festivités. Le gouvernement a demandé samedi l'adoption de mesures supplémentaires, notamment pour renforcer encore la sécurité dans les lieux de grande affluence. Madrid a notamment installé de nouvelles jardinières en béton dans plusieurs rues du centre.
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Barcelone se raccroche au football


Passion -  Un match pour "faire face ensemble": trois jours après les attentats en Catalogne, Barcelone espère se raccrocher à sa passion pour le football dimanche lors d'une rencontre Barça-Betis Séville chargée d'émotions (18h15 GMT), entre hommage aux victimes et défi sécuritaire.


Au Camp Nou, les presque 100.000 spectateurs du plus grand stade d'Europe vont respecter une minute de recueillement en mémoire des 14 personnes tuées dans ces attaques, qui ont frappé Barcelone jeudi et la ville balnéaire de Cambrils dans la nuit de jeudi à vendredi.
Longtemps, sous la dictature franquiste (1939-1975), le stade du FC Barcelone a été un exutoire pour les Catalans, qui y retrouvaient une certaine liberté de ton dans une société muselée.
On y criait à l'époque "Liberté!". On y lancera peut-être dimanche le mot d'ordre "Nous n'avons pas peur!".
Dans ces "circonstances extraordinaires et lamentables", l'entraîneur barcelonais Ernesto Valverde a affiché samedi sa "solidarité" vis-à-vis des victimes et de leurs familles, fidèle à la devise du Barça, "més que un club" ("plus qu'un club"), symbole d'un fort engagement politique, culturel et social en Catalogne.
"Nous devons faire face ensemble à ces circonstances. La meilleure manière de faire, c'est d'aller de l'avant", a souligné l'austère technicien, conscient de la charge morale qui pèse sur son équipe: communier avec une ville et une région en souffrance.
Soudés derrière leur capitaine, l'attaquant-vedette Lionel Messi, les joueurs barcelonais doivent porter au Camp Nou un brassard noir en signe de deuil et un maillot commémoratif avec le mot "Barcelona" inscrit dans le dos.
Dans le sillage du club catalan, le monde du football en Espagne a multiplié les messages de soutien depuis jeudi, mettant de côté les habituels antagonismes et polémiques.
Y compris au Real Madrid, grand rival du Barça: Zinédine Zidane, l'entraîneur du club madrilène, a eu des mots de réconfort pour les victimes et toute la Catalogne. "On pense à eux avec beaucoup d'affection. Dans ces moments-là, c'est tellement dur, on veut juste leur dire haut et fort qu'on pense à eux", a dit samedi le Français.
Au pays du football-roi, le report des matches de la 1re journée du Championnat d'Espagne, ce week-end (européen), n'a même pas été envisagé. La Ligue espagnole de football a simplement annoncé la tenue d'une minute de silence avant chaque rencontre et dit souhaiter que les rencontres se tiennent "en toute normalité".
Un point de vue partagé par les principaux intéressés. "Dans le monde actuel, nous sommes tous des victimes potentielles à un moment donné, a souligné Valverde. On ne peut pas le contrôler, mais ce qu'on ne peut pas faire, c'est se cacher".
R. I. / Agence


- Alors que l'enquête policière est toujours en cours, la tenue de ce match suppose un défi pour des forces de l'ordre déjà très sollicitées ces dernières heures. La rencontre implique le rassemblement potentiel en un même lieu de 99.354 personnes, soit la capacité de l'enceinte barcelonaise.
La police catalane a annoncé la mise en place d'un dispositif renforcé et "adapté au nombre de spectateurs", tout en recommandant aux supporters d'arriver en avance au stade, où tous les sacs seront fouillés minutieusement.
"La présence policière sera davantage visible sur le périmètre extérieur du stade et il y aura la possibilité de contrôles ponctuels visant les personnes et les véhicules", a déclaré samedi un porte-parole des Mossos d'Esquadra, la police catalane. "La recommandation est d'y aller (au stade) avec tranquillité, pour profiter de ce qui reste un match de football". Sur le terrain, le Barça se présentera affaibli par le départ de son attaquant brésilien Neymar et par la blessure de l'avant-centre uruguayen Luis Suarez. Mais Messi, l'idole du peuple catalan, essaiera de rendre un peu le sourire à Barcelone l'endeuillée.
R. I. / Agence


Les Ramblas, 1 km de réconfort


Solidarité n Et de nouveau les Ramblas se sont emplies de fleurs, d'amour dans toutes les langues, de bravos: le kilomètre d'avenue barcelonaise endeuillé était bondé comme jamais samedi, avant même de recevoir la visite du roi, deux jours après l'attentat.


Par un concert de klaxons et des lâchers de ballons, les chauffeurs de taxis jaunes ont défilé sur l'avenue en fin d'après-midi, un crêpe noir accroché à leurs antennes et le slogan "nous n'avons pas peur" scotché sur leurs fenêtres.
Pakistanais, Hussein Naçam, 44 ans, déposait ainsi avec d'autres collègues une énorme gerbe des "taxis musulmans" à l'entrée de l'avenue.
Sur les 500 mètres parcourus par la fourgonnette qui a tué 13 personnes, de nouveaux autels improvisés ne cessent d'apparaître au fil des heures. Les trois mots "Ensemble, différents, paix" s'affichent un peu partout, parmi les innombrables bougies, peluches et textes griffonnés. "Les Ramblas pleurent mais sont vivantes", résume une pancarte.
"On ne s'attendait pas à une telle multitude. Les gens viennent comme pour chercher le regard les uns des autres", a confié Sergio Lopez, 36 ans, de la famille galicienne qui gère un kiosque de souvenirs voisin.
A l'entrée du marché de la Boqueria, Felix Ribas, 60 ans, se tient parmi les énormes jambons entiers et chorizos qu'il vend depuis ses 17 ans: "Nous travaillons bien, comme si de rien n'était, même si nous, nous sommes mal à l'aise, d'avoir vu ce qui s'est passé..."
Jeudi, "trois touristes s'étaient réfugiés dans mon stand, cachés. Un Italien de 28 ans pleurait parce qu'il ne savait pas où étaient sa femme et ses enfants", dit-il.
De nouveau, on y mange des gaufres, des glaces, de la paëlla à toute heure. De nouveau, on y ingurgite toutes sortes de breuvages et le célèbre bar Boada affiche au dessus du comptoir: "Cocktail du jour: Hope and Love" (Espoir et amour).
Presque tous les commerces ont rouvert et parfois même jamais vraiment fermé... Le Café de l'opéra - fondé en 1928 - n'est resté clos que trois heures le jour de l'attaque et seulement parce que la police l'y obligeait, assure Andreu Ros, 46 ans, le fils de la propriétaire.
"Nous espérons que la ville restera aussi accueillante" qu'elle l'a toujours été, dit-il, entre les murs qui virent passer de célèbres écrivains de la ville et du monde, tel le Barcelonais Manuel Vazquez Montalban (1939-2003), le prix Nobel colombien Gabriel Garcia Marquez (1927-2014) ou le Britannique George Orwell (1903-1950), engagé dans le camp républicain pendant la Guerre civile espagnole de 1936 à 1939 et qui logea sur l'avenue même.
Les Ramblas, lieu de promenade depuis 1440. Les Ramblas, lieu de toutes les protestations. Les Ramblas, théâtre de toutes les célébrations, aussi, telles les victoires des footballeurs du Barça, fêtées à la fontaine Canaletas, aujourd'hui transformées en autel à la mémoire des victimes de l'attentat.
Le défunt écrivain espagnol Juan Goytisolo, qui vivait à Marrakech, se déclarait "nationaliste des Ramblas, avec toutes leurs langues et toutes leurs cultures", a rappelé le quotidien catalan La Vanguardia.
Le journal a aussi cité le poète andalou Federico Garcia Lorca (assassiné en 1936) qui les décrivait comme "la rue la plus gaie du monde": "la seule rue de la Terre dont je voudrais qu'elle ne termine jamais".
R. C. / Agence