Agriculture bio : Et si le retard technologique était salvateur ?

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Dynamique - L’Algérie, terre de nos chères dattes bio, est aussi un pays  au potentiel agricole trés mal exploité.


Selon les spécialistes l’Algérie compte 8,5 millions d’hectares agricoles, soit 3,6 % de la superficie totale du pays. Sur ces 8,5 millions d’hectares, les surfaces agricoles bio représentent une infime partie. Pendant de longues années et jusqu’à un passé très proche, les fellahs algériens durent, bon gré mal gré, pratiquer une agriculture en se passant des « technologies » agricoles utilisées de l’autre côté de la Méditerranée. Cet accès limité aux produits chimiques et outils d’agriculture intensive, a permis, de manière somme toute relative, de préserver une certaine qualité nutritive et gustative des produits agricoles bien de chez nous. Face à un tel constat, l’agriculture biologique peut s’avérer comme une alternative intéressante pour valoriser les ressources locales, d’autant plus que le marché mondial ne cesse de croître, pour faire face aux crises alimentaires. La durabilité, la rentabilité de cette agriculture et la proximité des marchés en croissance (Europe) sont également des facteurs favorables à l’épanouissement de ce modèle agricole en Algérie. Le marché des produits issus de l’agriculture biologique s’est considérablement accru sur la dernière décennie. L’essentiel de la consommation (95 % des ventes) est réalisée au niveau de l’Union européenne et des Etats-Unis. La question de la place de l’agriculture biologique se pose avec acuité dans le contexte méditerranéen 1, d’abord en termes de « fragilités » alimentaires, mais aussi par rapport aux potentiels importants en termes d’intégration agricole régionale, basée sur les complémentarités commerciales, climatiques et agricoles, et sur un retour à une réelle « diète » méditerranéenne, en vue de satisfaire les objectifs quantitatifs et qualitatifs de sécurité alimentaire. Dans ce contexte mondial favorable au déploiement de l’agriculture biologique comme alternative à l’agriculture conventionnelle et face à une demande croissante et à une offre diversifiée, se pose la question de la place de l’agriculture biologique algérienne dans ce processus. D’autant que plusieurs études notent que l’Algérie dispose d’un potentiel intéressant puisqu’ une grande partie de son agriculture dite traditionnelle peut bénéficier d’une conversion rapide, et d’une certification bio. Un engagement en faveur de la valorisation de ce potentiel de produits biologiques est à même de pérenniser l’économie agricole des territoires locaux, d’autant plus que le marché européen, très proche géographiquement, offre un débouché en croissance. Le soutien institutionnel apparaît donc comme une condition sine qua non pour promouvoir le potentiel existant de l’agriculture biologique en Algérie.

Les raisons de la cherté

Les produits certifiés issus de l'agriculture biologique sont en général plus onéreux que les produits conventionnels équivalents (dont les prix ont baissé) pour plusieurs raisons. D’une part, l'offre de produits biologiques est faible par rapport à la demande. Ensuite, les coûts de production des aliments biologiques sont en général plus élevés car la somme de travail par unité de production est plus grande et la diversité des exploitations ne permet pas de réaliser des économies d'échelle. Les manipulations après-récolte de quantités relativement faibles de denrées biologiques, entraînent une augmentation des coûts, du fait de la séparation obligatoire des produits biologiques et non biologiques, en particulier au niveau du traitement et du transport. Le réseau de commercialisation et de distribution des produits biologiques est assez inefficace et les coûts sont plus élevés en raison de volumes relativement peu importants. L'accroissement de la demande des aliments et des produits biologiques devrait se traduire par des innovations technologiques et des économies d'échelle qui permettront de réduire les coûts de production, de transformation, de distribution et de commercialisation des produits biologiques.

En quoi  consiste-t-elle ?

Les explications et les définitions relatives à l'agriculture biologique sont multiples, mais elles montrent toutes qu'il s'agit d'un système privilégiant la gestion des écosystèmes plutôt que l'apport d'intrants agricoles extérieurs. Ce système est tout d'abord concerné par l'incidence potentielle de l'utilisation d'intrants de synthèse (engrais et pesticides de synthèse, médicaments vétérinaires, semences et races génétiquement modifiées, conservateurs, additifs et irradiation des aliments) qu'il remplace par des méthodes de gestion propres à chaque lieu dans le but d'entretenir et d'accroître la fertilité des sols sur le long terme ainsi que d'éviter l'infestation de ravageurs et la propagation des maladies. Dans de nombreux pays en développement, l'agriculture biologique est un moyen de renforcer la sécurité alimentaire des ménages et de réduire les coûts des intrants.

L’Afrique : futur carrefour?

Pour l’heure et par continent, les  «champions» du bio sont l’Union européenne avec 5,7% de ses superficies agricoles en bio et l’Océanie (4,1%). L’Afrique avec 0,1% de ses superficies, soit 1,3 million d’hectares,  finit en queue de peloton. Par comparaison, c’est 6,8 Mha en Amérique latine, 3,5 Mha en Asie et 17,3 Mha en Océanie. Toutefois, c’est en Asie et en Afrique que l’on observe les taux de croissance les plus élevés car elles se sont mises à l’agriculture biologique qu’à partir des années 2000. L’Ouganda est le pays africain disposant de la plus grande surface en bio (18% de sa superficie agricole) et le nombre le plus important de fermes biologiques (32% des fermes ougandaises). La Tunisie est aujourd'hui le deuxième exportateur de produits bio du continent.  Selon le PDG du Centre tunisien de Promotion des Exportations (Cepex), la Tunisie compte actuellement 2 987 exploitants agricoles biologiques dont 66% sont exportateurs, ce qui permet non seulement d'offrir à la population tunisienne des produits bons pour la santé et respectueux de l'environnement, mais aussi de créer des emplois.


En Europe,  c’est le boom


Constat -  Le bio a le vent en poupe dans l'agriculture européenne, surfant sur une demande accrue des consommateurs pour des aliments sains.


Selon les statistiques européennes les plus récentes, datant de 2015, la consommation de produits bio dans l'Europe des 28 est estimée à 28,3 milliards d'euros en 2015, 70% de ce total étant consommé dans quatre pays (Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni). Mais ce sont les Danois, les Autrichiens et les Suédois qui remplissent le plus leurs paniers de produits bio, avec une part de respectivement 8,4%, 8% et 7,7% dans leurs achats alimentaires en 2015. Le premier marché bio de toute l'Europe est l'Allemagne, qui a quadruplé en 15 ans, avec 8,62 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2015, soit 5% de toute l'alimentation consommée dans le pays. Mais en Allemagne, où la grosse majorité des produits bio est vendue en grande distribution, la consommation bio se développe plus vite que la production. Le pays, qui s'est fait doubler en 2015 par la France pour les surfaces cultivées en bio, importe de plus en plus: respectivement 80 et 90% de ses tomates et poivrons bio proviennent d'Espagne et d'Italie.
En cinq ans, la surface agricole cultivée en bio dans l'Europe des 28 a aussi fait un bond de 21%, à 11,1 millions d'hectares en 2015 contre 9 millions d'hectares en 2010, selon l'organisme européen des statistiques Eurostat. Chacun des 28 pays a progressé, à l'exception du Royaume-Uni (495 929 hectares bio, -29% par rapport à 2010) et des Pays-Bas (44.402 hectares bio, - 4%). En 2015, quatre pays représentaient à eux seuls plus de la moitié (53%) des surfaces européennes en bio : l'Espagne, premier des 28 avec 1,96 million d'hectares (+21,9% par rapport à 2010), l'Italie (1,5 M ha, +34%), la France (1,36 M ha, +61%) et l'Allemagne (1,06 M ha, +7%). La Pologne, au cinquième rang des 28, comptait un peu moins de 600.000 hectares en 2015 (+11%), mais elle est vue comme un pays au gros potentiel de croissance pour la nourriture bio, selon un rapport d'avril 2017 du ministère américain de l'Agriculture USDA. Dans toute l'Europe, il reste d'ailleurs de vastes marges de progression pour la bio. En 2015, les surfaces dédiées ne représentaient que 6,2% de l'ensemble des terres agricoles de l'Europe des 28. Selon Eurostat, les pays dits du nord, comme l'Autriche, la Suède et l'Estonie sont proportionnellement les plus verts, avec plus de 15% de leurs terres agricoles consacrées au bio en 2015, ou en "conversion vers le bio" (étape intermédiaire durant laquelle les agriculteurs changent leurs pratiques progressivement). Venaient ensuite la République tchèque, la Lettonie et l'Italie, avec plus de 10% de leurs terres agricoles en bio (5,7% pour la France en 2015 et 5,8% en 2016).


Les céréales européennes

Sur le plan des productions, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne disposent des plus grandes surfaces de céréales, avec chacun 200 000 hectares environ. Au total, plus de 1,7 million d'hectares de céréales étaient cultivés en bio dans l'UE en 2015, soit 3% de la surface totale cultivée.


La Suède, le pays vert

Le marché bio le plus dynamique en Europe est celui de la Suède, qui a progressé de 38% en 2014 et de 39% en 2015, à 2,3 milliards d'euros. Dans ce pays, différentes études réalisées par l'Institut suédois de recherche environnementale ont contribué à l'engouement en insistant sur les raisons de santé face aux scandales alimentaires de ces dernières années, en particulier une étude montrant la diminution des résidus de pesticides dans l'urine d'une famille grâce à une diète bio. En 2013, la restauration collective (écoles, hopitaux) utilisait en moyenne nationale 23% de produits bio en valeur.

L’Europe de l’Est… surtout

En Italie, le pays qui compte le plus de producteurs bio (45.246), le secteur prend parfois des airs industriels. Ainsi des usines à œufs fleurissent au Nord : un élevage biologique de
90 000 poules pondeuses a été ouvert en 2007 à Imola, et un autre de 250.000 poules pondeuses en 2010 à San Paolo. Néanmoins, avec le Royaume-Uni, c'est surtout dans l'ancienne Europe de l'Est que se trouvent les plus vastes exploitations bio. Ainsi en Slovaquie, la surface moyenne s'élevait à 474 hectares en 2013, 200 ha au Royaume Uni, 178 ha en République Tchèque et 92 ha en Estonie. Alors qu'en Belgique, Irlande, Grèce, France, Italie, Chypre, Malte, Pays-Bas, Autriche, et Finlande, les surfaces restaient inférieures à 50 hectares en moyenne.


Légumes, agrumes et olives

Pour les surfaces de légumineuses (légumes secs, lentilles, pois..), la France, l'Espagne et l'Italie sont dans le peloton de tête, avec respectivement 68 000, 39 000 et 37 000 hectares. Pour les légumes bio, c'est la Pologne qui détient la palme avec 41 819 hectares cultivés, devant l'Italie (29 487 ha), et la France (16 832 ha). La Pologne est notamment le premier producteur de fraises bio en Europe avec 2 900 hectares en 2015. Au rayon méditerranéen, pour les agrumes bio, oranges et citrons, l'Italie est en tête, avec 31 869 hectares en 2015 sur les 42 000 hectares que compte l'UE, suivie par l'Espagne avec 8 245 ha. La Grèce en crise, a, elle, vu ses surfaces baisser à 1 295 hectares en 2015 contre 1 909 ha en 2010. Même schéma, la Grèce a vu fondre ses surfaces de production d'olives bio à 47 605 hectares en 2015 contre 56.970 en 2010. En Espagne en revanche, à la première place, les surfaces ont augmenté à 197 000 hectares contre 126 000 en 2010, suivie par l'Italie, où les oliviers bio s'étendent sur près de 18 000 hectares contre 140 700 en 2010.