Ni sanctions ni condamnations  ne le font fléchir : Venezuela : Maduro toujours sourd aux pressions

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     
Seul contre tous


Détermination -  Les Etats-Unis ont infligé hier des sanctions financières au Venezuela, accroissant la pression alors que le gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro poursuit sa reprise en main des institutions, menaçant le Parlement contrôlé par l'opposition.


Huit responsables, dont un frère du défunt Hugo Chavez (président de 1999 à 2013), impliqués dans la récente mise en place de l'Assemblée constituante, rejetée par une grande partie de la communauté internationale, sont visés par ces mesures.
"Ce régime est inacceptable et les Etats-Unis se tiendront au côté de l'opposition (qui se bat) contre la tyrannie jusqu'à ce que le Venezuela restaure une démocratie prospère et pacifique", a assuré dans un communiqué le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin. "Tous les biens de ces individus sont gelés aux Etats-Unis et les citoyens américains ont pour interdiction de commercer avec eux", a précisé le Trésor.
Le 31 juillet, Washington avait déjà imposé des sanctions juridiques et financières sans précédent contre le président Maduro, alors qualifié de "dictateur". Dans la matinée, le Parlement vénézuélien, seule institution contrôlée par l'opposition, a siégé dans un climat de défiance vis-à-vis de l'Assemblée constituante, installée au sein même du bâtiment législatif. "Nous sommes à l'Assemblée, en train d'occuper et de défendre la position législative que nous ont octroyée 14 millions de Vénézuéliens", a tweeté le député d'opposition Miguel Pizarro.
La Constituante a approuvé mardi une "commission de la vérité" chargée de se pencher sur les cas de violences politiques depuis 1999 et appelée par M. Maduro à lever l'immunité des députés du camp adverse pour pouvoir les envoyer en prison.
Le même jour, 12 pays d'Amérique latine et le Canada ont condamné une "rupture de l'ordre démocratique". "Les pays les plus importants de la région, de manière claire, confirment le fait qu'au Venezuela il n'y a pas de démocratie", a souligné devant l'hémicycle le président du Parlement, Julio Borges, en faisant voter une motion de soutien à cette condamnation.
Ces dernières semaines, les Etats-Unis, le Vatican et l'Union européenne ont fustigé la radicalisation du gouvernement vénézuélien. Mais rien n'y fait : le président Maduro, élu en 2013, reste sourd à ces mises en garde, s'appuyant sur le soutien crucial de l'armée et de ses quelques alliés comme la Russie et la Chine, ses créanciers, ainsi que Cuba, la Bolivie ou encore l'Equateur.

«Guerre de positions»

Le pays, autrefois le plus riche d'Amérique du Sud en raison de ses immenses réserves pétrolières, a été ruiné par la chute des cours du brut, entraînant la colère des habitants, lassés de l'inflation vertigineuse et des rayons vides des supermarchés et pharmacies.
Cette exaspération populaire est ce qui avait permis fin 2015 la large victoire de l'opposition aux élections législatives. Mais le bastion conquis semble chaque jour plus fragile, et après avoir mobilisé les foules presque chaque jour depuis début avril, l'opposition peine désormais à organiser de grandes manifestations. Mardi, ils n'étaient qu'une petite centaine à participer à son blocage des rues, signe sans doute d'un certain découragement après avoir échoué à empêcher la Constituante.
Après avoir hésité, elle a décidé finalement mercredi d'inscrire des candidats aux élections régionales du 10 décembre. Fustigeant "la plus grande fraude de l'Histoire", la coalition de la Table pour l'unité démocratique (MUD, centre droit) avait refusé de participer à l'élection de la Constituante le 30 juillet, laissant le champ libre au chavisme, dont sont donc issus la totalité des 545 membres. "Les élections font partie d'une guerre de positions et il faut se battre pour ces positions", prévient l'analyste Luis Salamanca.

«Chasse aux sorcières» 

n L'opposition, qui voit dans cette assemblée une tactique du président pour prolonger son mandat au-delà de 2019, redoute une "chasse aux sorcières". La Cour suprême a déjà condamné à quinze mois de prison le maire d'un district de Caracas considéré comme un bastion de l'opposition, pour ne pas avoir empêché des manifestations. Et la Constituante a destitué la procureure générale Luisa Ortega, très critique envers le chef de l'Etat. Le Parlement lui-même pourrait être dissous, l'assemblée chargée de réécrire la Constitution de 1999 ayant également ce pouvoir. Les adversaires du chef de l'Etat, qui exigent son départ, ont reçu le soutien mardi de l'ONU, qui a dénoncé "un usage excessif de la force" lors des manifestations, qui ont fait 125 morts en quatre mois.

Des appuis, quand même


Soutien - Malgré la montée des condamnations internationales, le Venezuela du président Nicolas Maduro conserve assez d'appuis pour éviter ou freiner des sanctions de l'ONU, de l'Organisation des Etats Américains (OEA) ou de l'Union européenne, soulignent les analystes.


Par affinité idéologique, pour des raisons stratégiques ou économiques, de nombreux pays se refusent encore à rompre avec un gouvernement tenu pour responsable d'une crise qui a fait 125 morts en quatre mois.
Réunis mardi au Pérou, onze pays d'Amérique latine et le Canada ont condamné une "rupture de l'ordre démocratique" au Venezuela après l'élection le 30 juillet d'une assemblée constituante qui se substitue au parlement contrôlé par l'opposition.
Mais cette réunion ad hoc à Lima met en évidence la paralysie de l'OEA, organisation de 34 pays des Amériques qui, faute de consensus, n'a pas pu prendre d'initiative face à la crise vénézuélienne.
Cuba, la Bolivie et le Nicaragua restent des alliés inconditionnels du Venezuela, dont ils partagent l'idéologie et le discours anti-impérialiste contre les Etats-Unis. "Ce sont eux qui serrent les rangs" avec Caracas, a expliqué à l'AFP Anna Ayusa, experte de l'Amérique latine au think tank CIDOB basé à Barcelone.
D'autres "ont du mal à rompre avec l'héritage de Hugo Chavez (le prédécesseur de Maduro) qui les subventionne via Petrocaribe", une alliance du Venezuela avec une quinzaine de pays des Caraïbes auxquels il livre du pétrole à prix réduit, a ajouté Paul Hare, ancien ambassadeur britannique à Cuba et professeur à l'Université de Boston. Caracas bénéficie aussi de l'appui de la Chine et de la Russie, qui peuvent mettre leur veto à des sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU. Tous deux ont "des intérêts financiers ou stratégiques au Venezuela", développés surtout sous Hugo Chavez (1998-2013), rappelle Michael Shifter, président du Dialogue interaméricain, un groupe de réflexion à Washington.
"La Chine veut conserver un accès aux réserves pétrolières du Venezuela", explique-t-il. "Le soutien décisif est celui de la Chine", ajoute Anna Ayuso. "Elle a investi plus de 60 milliards de dollars et accordé des prêts à Caracas en échange de pétrole et de concessions minières. C'est Maduro qui garantit ses investissements".
La Russie n'a pas seulement investi plus de 20 milliards de dollars dans un pays que son président Vladimir Poutine qualifie de "partenaire stratégique clé".
Elle est devenue aussi un fournisseur d'équipement militaire depuis que Washington a décidé en 2006 un embargo sur les ventes d'armes à Caracas.
Le ministère russe des Affaires étrangères a sévèrement critiqué lundi l'opposition, qui "non seulement n'a pas répondu à l'appel à participer à l'élection (de l'assemblée constituante), mais a tenté de la perturber en provoquant des affrontements sporadiques qui ont mené à des pertes en vies humaines".


«Tu ne seras pas seul», assure Raul Castro à son allié

Le président cubain Raul Castro a assuré hier à son homologue et allié vénézuélien Nicolas Maduro qu'il ne "sera pas seul" dans son combat politique et face au "harcèlement international" dont il est victime, selon La Havane. Dans une lettre le félicitant avec "une immense joie révolutionnaire" pour l'élection et l'installation récente d'une Assemblée constituante controversée, Raul Castro a assuré à M. Maduro que "les Cubains seront à l'avant-garde de la solidarité militante" du bloc socialiste latino-américain et resteront "engagés en faveur de (sa) cause". "Des jours de lutte acharnée, de harcèlement international, de blocus et de privations sont à venir, mais tu ne seras pas seul", a-t-il insisté à l'adresse du président socialiste dans ce courrier lu sur l'antenne de la télévision d'Etat cubaine. Confronté à une vague de contestation ayant déjà fait 125 morts depuis quatre mois, Nicolas Maduro se trouve de plus en plus isolé par la communauté internationale.

8 responsables sanctionnés, dont un frère  de Chavez
 Les Etats-Unis ont adopté hier des sanctions à l'encontre de huit responsables vénézuéliens, dont un frère de l'ancien président Hugo Chavez, impliqués dans la mise en place d'une assemblée constituante jugée "illégitime". "Ce régime est inacceptable et les Etats-Unis se tiendront au côté de l'opposition (qui se bat) contre la tyrannie jusqu'à ce que le Venezuela restaure une démocratie prospère et pacifique", a déclaré le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, cité dans un communiqué. Parmi ces responsables figure Adan Coromoto Chavez Frias qui a été nommé secrétaire de la commission présidentielle de l'Assemblée constituante. "Il est ancien ministre de la Culture (...) et le frère de l'ancien président Hugo Chavez décédé", a-t-on ajouté de même source. Le 31 juillet, les Etats-Unis avaient déjà imposé des sanctions juridiques et financières sans précédent contre le président vénézuélien Nicolas Maduro qu'ils avaient alors qualifié de "dictateur" après l'élection dans le sang d'une Assemblée constituante. Les Etats-Unis ont pris depuis longtemps fait et cause pour l'opposition vénézuélienne.

L’UE divisée
 L'Union européenne a décidé de ne pas reconnaître l'assemblée constituante mais elle tarde à répondre aux appels de l'Espagne pour imposer des sanctions individuelles contre les responsables de la crise. "Ceux qui sont le plus opposés sont le Portugal et la Grèce", croit savoir Carlos Malamud, de l'institut de recherche ElCano à Madrid. Mais les deux pays le démentent. Quelque 500.000 Portugais vivent au Venezuela. Le ministre des Affaires étrangères Augusto Santos Silva a souligné que Lisbonne prendrait toujours en compte leurs intérêts avant d'arrêter une décision. "Il ne faut pas sauter les étapes", a-t-il déclaré le semaine dernière.

La Grèce

n A Athènes, où le parti Syriza au pouvoir avait des sympathies pour Hugo Chavez, un diplomate grec a souligné que "le sujet des sanctions n'a pas été officiellement proposé" à Bruxelles. La fermeté de ces appuis internationaux dépendra de l'évolution de la situation au Venezuela, estiment les analystes. "Il est parfaitement concevable que la constituante engendre plus de chaos et de répression, et le gouvernement de Maduro pourrait perdre encore plus d'amis", a déclaré M. Shifter.

L’Iran

 L'Iran aussi, allié de Caracas au sein de l'OPEP pour soutenir un prix élevé du pétrole, a apporté son soutien à l'élection de l'assemblée constituante la semaine dernière et dénoncé "les sanctions unilatérales imposées par les Etats-Unis contre le Venezuela". Mais les liens sont moins étroits aujourd'hui qu'entre Hugo Chavez et l'ex-président ultraconservateur populiste Mahmoud Ahmadinejad.