Venezuela : après l’attaque d’une base militaire : Maduro peut-il toujours compter sur son armée ?

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Tentative  de rassurer


Image -  Entouré de centaines de soldats et de blindés, le haut commandement militaire vénézuélien a fait étalage de son unité et de sa loyauté à l'égard du président Nicolas Maduro, après la mise en échec d'une attaque menée par un ancien officier et un complice au sein de l'armée.



"Ayez la certitude que nous pouvons compter sur une force armée nationale bolivarienne unie dont le moral est au plus haut", a martelé hier à la télévision le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, flanqué des principaux chefs militaires du pays. S'exprimant devant des centaines de soldats et trois blindés aux canons pointés vers le ciel, le général Padrino a réaffirmé que "l'attaque terroriste" dimanche d'une base militaire à Valencia, à 180 km de Caracas, était l'œuvre de "mercenaires payés depuis Miami par des groupes d'extrême droite". Il a confirmé qu'une opération était en cours pour capturer l'ex-capitaine de la Garde nationale Juan Carlos Caguaripano et le lieutenant Jefferson Gabriel Garcia, considérés comme les cerveaux de l'attaque perpétrée par une vingtaine d'hommes armés. Ces hommes sont des "ennemis de la nation", a-t-il affirmé. Le leader de l'opération, Juan Carlos Caguaripano, apparu avant l'attaque dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux où il se dit "en rébellion légitime" contre "la tyrannie assassine de Nicolas Maduro", a été radié de l'armée en 2014 pour désobéissance. Il avait alors refusé de reconnaître cette sanction qui était selon lui "d'ordre politique". Dénonçant ensuite la "répression" des forces de sécurité lors de manifestations anti-Maduro durement réprimées qui avaient fait à l'époque 43 morts, il avait fui au Panama. Jefferson Gabriel Garcia est lui un militaire complice des assaillants, chargé de garder le stock d'armes qui ont été dérobées, selon les autorités. Le capitaine Javier Nieto Quintero, un officier passé à la clandestinité, qui dit faire partie du mouvement du capitaine Caguaripano, a affirmé à l'AFP que ce dernier est "un patriote, un soldat avant tout, un homme de principes". "Nous ne sommes ni terroristes ni paramilitaires", a-t-il ajouté, assurant que le commando a réussi son objectif de subtiliser "entre 98 et 102 fusils, de calibres 156 et AK-47". Lors de son allocution télévisée, le ministre de la Défense a confirmé que deux des assaillants étaient morts et que trois militaires vénézuéliens avaient été blessés, dont un grièvement. Huit autres attaquants ont été arrêtés tandis qu'une dizaine d'autres, dont MM. Caguaripano et Garcia, ont réussi à prendre la fuite. Tentant d'étouffer tout mouvement de rébellion dans les rangs de l'armée, le général Padrino a nié qu'il s'agisse d'une "insurrection militaire".
R. I. /Agences


Cyberattaque

Hier, les sites internet du gouvernement, de la Cour suprême ou encore du Parlement, ont été la cible d'une cyberattaque. Un groupe de hackers a revendiqué l'opération, appelant à descendre dans la rue et à soutenir les militaires ayant attaqué la base. L'attaque a renforcé la tension au Venezuela, où la mise en place d'une toute puissante Assemblée constituante contestée par l'opposition suscite les critiques de la communauté internationale. Pouvant dissoudre le Parlement actuel, dominé par l'opposition, et réécrire la Constitution de 1999, la Constituante a commencé ses travaux samedi en destituant la procureure générale Luisa Ortega, devenue ces derniers mois l'une des principales adversaires de M. Maduro.

Un certain malaise

Pour les experts, l'incident de dimanche est pourtant bien le reflet d'un certain malaise au sein de la puissante armée vénézuélienne, appelée depuis des mois par l'opposition à la rejoindre. "Cela indique le mécontentement croissant dans les rangs moyens de la police et de l'armée, même si le haut commandement militaire reste allié au gouvernement", commente à l'AFP Diego Moya-Ocampos, analyste du cabinet britannique IHS. "On peut s'attendre à de nouveaux incidents à mesure qu'augmente ce malaise", prédit-il.

Un puissant acteur politique et économique


Poids -  La puissante armée vénézuélienne, principal pilier du pouvoir du président socialiste Nicolas Maduro, a un rôle clé dans la crise politique que traverse actuellement le pays.


La Force armée nationale bolivarienne (FANB) joue également un rôle essentiel dans les secteurs économiques stratégiques du pays, notamment pétrolier. Dotée d'un armement russe et chinois, elle se déclare "chaviste, nationaliste et anti-impérialiste", ses dirigeants ayant juré "loyauté absolue et inconditionnelle" à Nicolas Maduro. Elle compte un effectif d'environ 365.000 hommes (appartenant aux forces terrestres, navales, aériennes, à la garde nationale et à l'armée de réserve). Cela représente un millier de militaires en moins que son voisin le Brésil, selon le réseau latino-américain de Défense, un centre d'analyse composé d'experts de la région. A titre de comparaison, le Brésil compte 210 millions d'habitants et le Venezuela 30 millions. En 2006, les Etats-Unis avaient interdit la vente et le transfert d'armements et de technologie militaire nord-américains vers le Venezuela, ce qui a poussé le président de l'époque Hugo Chavez (1999-2013) à faire appel à de nouveaux "alliés stratégiques": la Russie et la Chine. La Russie a ainsi fourni au Venezuela des fusils, des lance-roquettes anti-chars, des blindés, des systèmes de défense anti-aériens et des avions de combat, des hélicoptères ainsi que des missiles, selon l'ONG Contrôle citoyen, qui suit l'activité militaire. La Chine a pour sa part livré des équipements de communication, des tenues militaires, des radars, des véhicules blindés, des avions et des hélicoptères. Impossible, en outre, d’occulter le fait que l’armée est également un pouvoir politique. En effet, sur un total de 32 ministres au sein du gouvernement Maduro, douze sont des militaires, parmi lesquels dix sont toujours en activité et deux à la retraite. C'est le général Vladimir Padrino Lopez, ministre de la Défense, qui se trouve à la tête de l'armée. Le général Remigio Ceballos est le commandant de la stratégie opérationnelle. M. Padrino Lopez est comme "un super ministre", auquel les autres membres du cabinet doivent rendre des comptes, avait déclaré M. Maduro l'an dernier. Parmi les postes cruciaux détenus par des militaires se trouvent les ministères les plus importants dont ceux de la Présidence, de l'Intérieur et de la Justice, de l'Alimentation, de l'Agriculture, de la Pêche, de l'Habitat, de l'Electricité ainsi que des Travaux publics. L'opposition rend responsable le colonel Rodolfo Marco Torres, ministre de l'Alimentation, de la pénurie de produits alimentaires qui affecte durement le pays. Le ministre de l'Habitat, le général Manuel Quevedo, pilote l'un des programmes clés du gouvernement Maduro: la livraison de 1,7 millions d'appartements subventionnés.

Un pouvoir économique

Une chaîne de télévision, une banque, une usine d'assemblage de voitures et un groupe de construction font partie des entreprises contrôlées par les militaires vénézuéliens. A cette liste s'ajoute la Compagnie anonyme militaire des industries minière, pétrolière et gazière (Camimpeg) créée en 2016. Cette compagnie a les mêmes fonctions que l'entreprise publique Pdvsa (Petroleos de Venezuela): réhabiliter et entretenir les puits, vendre et distribuer des produits dans les domaines des mines, du pétrole et de la pétrochimie et du gaz. Camimpeg est au cœur du "moteur industriel militaire", selon Maduro, qui a pour objectif d'affronter ce qu'il considère comme une "guerre économique" menée par l'opposition et des entrepreneurs afin de, estime-t-il, déstabiliser son gouvernement.


La traque

Les autorités vénézuéliennes traquaient ce mardi les auteurs présumés de l'"attaque terroriste" contre une base militaire à Valencia (nord) et tentaient de rassurer sur "l'unité" de l'armée afin d'éviter une contagion dans les rangs. L'opposition, de son côté, a maintenu la pression sur le président socialiste Nicolas Maduro. Elle a appelé à barrer des routes aujourd’hui à travers le pays pendant six heures. Le ministre de la Défense et chef des Forces armées, le général Vladimir Padrino Lopez, a indiqué qu'une opération de l'armée était en cours pour capturer l'ex-capitaine de la Garde nationale, Juan Carlos Caguaripano et le lieutenant Jefferson Gabriel Garcia, considérés comme les fomentateurs de l'attaque dimanche du fort Paramacay par une vingtaine d'hommes armés.

Forcing

Hier, le parlement s'est plaint que des membres de la Constituante, dont sa présidente Delcy Rodriguez, aient forcé la porte de l'hémicycle où il siège habituellement, avec l'aide de militaires. La Cour suprême a par ailleurs condamné ce mardi à quinze mois de prison le maire du district de Chacao, un bastion de l'opposition dans l'est de Caracas. Cet élu, Ramon Muchacho, était jugé pour avoir refusé d'empêcher les manifestants de bloquer les rues pendant de récentes protestations antigouvernementales.

Réunion

Aujourd’hui, les ministres des Affaires étrangères de quatorze pays latino-américains se réunissent à Lima afin de discuter de la crise. Le président colombien, Juan Manuel Santos, a averti qu'une rupture diplomatique avec le Venezuela "pourrait arriver".



«Qui va les y renvoyer ?»

L'opposition critique la large participation des militaires au sein du gouvernement et leur "politisation". "La pire erreur de (Hugo) Chavez a été de sortir les militaires de leurs casernes. Qui va les y renvoyer?", avait déclaré l'an dernier Henry Ramos Allup, vétéran de la politique et ex-président du Parlement.