Un sommet de crise a lieu aujourdhui  en Allemagne : Voitures diesel : quel avenir ?

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Eviter l’interdiction de circuler


Alerte - Un tribunal de Stuttgart, berceau de Mercedes-Benz et Porsche, vient d'estimer que l’interdiction de circulation des véhicules diesel anciens était la solution la plus efficace pour lutter contre la pollution de l'air.

Le gouvernement allemand a organise aujourd’hui un sommet de crise sur les voitures diesel, empêtrées dans un scandale interminable qui accroît le désamour des automobilistes et accentue la pression pour réduire les émissions polluantes.
Cette réunion à Berlin entre pouvoirs publics, constructeurs allemands, fédérations patronales et syndicats sur l'avenir de cette technologie se tiendra dans un contexte européen peu porteur pour le secteur.
La France et la Grande-Bretagne viennent d'annoncer vouloir mettre fin à la vente de voitures diesel ou essence à partir de 2040.
Tous les groupes fabricant des voitures en Allemagne, à savoir Volkswagen et ses marques Audi et Porsche, Daimler (fabricant des Mercedes-Benz), mais aussi Opel et l'américain Ford, participeront au "forum national", qui se tient deux ans après le début du scandale du diesel chez Volkswagen.
L'objectif affiché est de trouver des solutions concrètes et nationales afin de réduire les niveaux de gaz polluants.
Pour les constructeurs, il s'agit surtout d'éviter les interdictions de circulation pour les véhicules diesel, qui menacent dans plusieurs villes allemandes et effraient les clients. Cette perspective est cauchemardesque pour les constructeurs, alors qu'un tiers du parc automobile allemand est constitué de véhicules roulant au gazole. En outre, les fabricants allemands, longtemps à la traîne sur l'électrique, comptent sur les ventes de voitures équipées de moteurs diesel modernes, dit "dépollués", pour parvenir à respecter la réglementation européenne en matière d'émissions de CO2. Un tribunal de Stuttgart, berceau de Mercedes-Benz et Porsche, saisi par l'organisation environnementale DUH, vient d'estimer que les interdictions de circulation des véhicules diesel anciens était la solution la plus efficace pour lutter contre la pollution de l'air.
"Une gifle pour les fabricants automobiles juste avant le sommet sur le diesel", s'est réjoui Tobias Austrup, spécialiste des transports chez Greenpeace. Outre cette épée de Damoclès, le "forum national sur le diesel" se tiendra dans un contexte alourdi par la révélation de soupçons de cartel entre les plus grands constructeurs allemands. Cette entente illicite aurait selon la presse jeté les bases de la manipulation des émissions polluantes. R.I/Agences

Dimension politique

A l'approche des élections législatives du 24 septembre, les affaires autour du diesel ont effet pris une tournure politique, devenant un sujet de rivalité entre sociaux-démocrates et conservateurs de la chancelière Angela Merkel.
Le gouvernement a commencé cette semaine à prendre ses distances avec une industrie automobile dont il a longtemps défendu coûte que coûte les intérêts, notamment au plan européen. La ministre de l'Environnement Barbara Hendricks a ainsi jugé que la traditionnelle proximité des politiques avec ce secteur phare -l'un des plus gros exportateurs et employeur (800 000 postes) du pays-, avait conduit à un excès "de confiance" dans cette branche.
Ce changement de ton est lié aussi à l'incompréhension de l'opinion publique devant ces scandales à répétition. Dernier en date: le rappel européen de 22.000 véhicules diesel de Porsche dotés de systèmes d'émission illicites.
Les dirigeants politiques ne vont plus pouvoir se contenter de signes de bonne volonté des constructeurs. Ces derniers ont individuellement proposé ou déjà annoncé l'amélioration à leurs frais de certains de leurs véhicules diesel en circulation, via la mise à jour du logiciel gérant la filtration des émissions d'oxydes d'azote (NOx). Mme Hendricks a prévenu qu'une simple mise à jour de logiciels ne suffirait pas à elle seule. "L'industrie est à la croisée des chemins", a-t-elle affirmé.

«Ne pas diaboliser»
 Les fabricants allemands ont lourdement investi ces dernières années dans les moteurs diesel, car ils émettent moins de dioxydes de carbone nocifs pour l'environnement que les versions essence. La chancelière avait d'ailleurs appelé pour cette raison à ne pas "diaboliser le diesel". Mais le revers de cette technologie est qu'elle émet davantage d'oxydes d'azote (NOx), qui contribuent à la formation de smog dans les villes, une brume épaisse responsable de maladies respiratoires et cardiaques.

Déjà des restrictions !
Dans plusieurs grandes agglomérations françaises existent déjà des interdictions temporaires de circuler pour les voitures les plus polluantes. L'Allemagne, pays pourtant lui aussi visé par une mise en garde de la Commission européenne pour sa qualité de l'air, s'y refuse pour le moment. Mais pour combien de temps encore?


Scandale de moteurs truqués  de Volkswagen : possible abus de fonds européens


Suspicion - La Banque européenne d'investissement (BEI) soupçonne qu'un prêt de 400 millions d'euros accordé au constructeur automobile allemand Volkswagen ait pu servir à développer la technologie au cœur du scandale des moteurs truqués, selon le président de l'institution.


«Nous ne pouvons toujours pas exclure qu'un de nos prêts, le crédit de 400 millions d'euros intitulé ‘’Volkswagen Antrieb RDI’’, ait été lié à la technologie de contrôle des émissions (de gaz polluants, ndlr) développée au moment où le logiciel d'invalidation a été conçu et utilisé", a déclaré le président de la BEI Werner Hoyer, cité dans un communiqué publié hier.
La banque, basée au Luxembourg, a confirmé avoir reçu les conclusions d'une enquête menée par l'Olaf, le gendarme anti-fraude de l'UE, déclenchée dans le sillage de l'éclatement du "Dieselgate" en septembre 2015.
Volkswagen avait à l'époque reconnu que 11 millions de véhicules diesel dans le monde étaient équipés d'un logiciel permettant de les faire passer, lors de tests d'homologation, pour moins polluants qu'ils ne l'étaient réellement.
L'Olaf a conclu son investigation au mois de juillet et a transmis les résultats à la fois au parquet de Brunswick (centre de l'Allemagne) et à la BEI, a précisé à l'AFP une porte-parole de l'office.
L'office européen n'ayant pas lui-même de pouvoir de sanction, il a envoyé une "recommandation administrative" à la BEI, dans l'objectif de "prendre des mesures actives dans l'application de leur politique anti-fraude". L'enquête de l'Olaf portait sur "le possible abus dans l'utilisation de fonds de l'UE et de la Banque européenne d'investissement par le groupe Volkswagen, qui pouvait être lié à la production de moteurs ou de dispositifs impliqués dans la manipulation des niveaux réels d'émissions de gaz de véhicules".
La BEI a ajouté de son côté qu'elle était "en discussion avec l'Olaf pour comprendre complètement les conclusions de l'enquête et les preuves recueillies". "Nous allons maintenant examiner les conclusions de l'Olaf et étudier toute action disponible et appropriée", a indiqué M. Hoyer.
Le banquier a ajouté que Volkswagen était "une excellente compagnie, mais (qui) n'a pas été bien servie par sa hiérarchie depuis le début de l'affaire". Le parquet de Brunswick a quant à lui confirmé avoir reçu les documents de l'Olaf, qui doivent encore être traduits en allemand.
"Nous serions amenés à ouvrir une enquête si nous confirmons l'existence de premiers éléments de suspicion sur des faits délictueux chez Volkswagen et que nous sommes l'autorité compétente sur le plan géographique et sur le fond pour mener cette enquête", a déclaré un porte-parole du parquet à l'AFP. La BEI, banque de l'UE, a régulièrement prêté de l'argent au groupe Volkswagen depuis les années 1990, pour un montant d'environ 4,5 milliards d'euros en Europe. Environ un tiers a été dédié au développement de technologies vertes pour les véhicules légers. R.I./ Agences

Dilemme

l Tous les fabricants de voitures en Allemagne, Volkswagen et ses marques Audi et Porsche, Daimler (Mercedes-Benz), mais aussi Opel et l'Américain Ford, participeront à Berlin à ce "forum national" sous l'égide du gouvernement, qui se tient deux ans après le début du scandale du diesel chez Volkswagen. Le numéro un mondial de l'automobile avait reconnu avoir équipé 11 millions de véhicules d'un logiciel truqueur qui enclenchait un mécanisme interne de limitation des gaz polluants pendant les contrôles. Les soupçons se sont étendus depuis sur l'ensemble des grands noms de l'industrie, soumis à différentes enquêtes judiciaires. Le contexte est encore alourdi par la révélation de soupçons de cartel entre constructeurs allemands, qui aurait selon l'hebdomadaire Spiegel jeté les bases de la manipulation des émissions polluantes. Si le gouvernement veut faire preuve de fermeté face aux constructeurs, il fait aussi face à un dilemme. Berlin est partagé entre sa volonté de mettre enfin un terme aux scandales interminables et de soutenir dans le même temps un secteur qui assure environ un cinquième des exportations du pays et fournit le plus gros contingent d'emplois, avec quelque 800 000 postes.

L’origine du scandale

l Le 18 septembre 2015, l'agence environnementale américaine (EPA) accuse le constructeur d'avoir enfreint des réglementations anti-pollution à l'aide d'un logiciel truqueur installé sur des centaines de milliers de véhicules diesel fabriqués à partir de 2009. Très vite, le "dieselgate" prend de l'ampleur: Volkswagen reconnaît avoir équipé de ce logiciel 11 millions de véhicules dans le monde, dont 8,5 millions en Europe. Le logiciel incriminé enclenchait un mécanisme interne de limitation des gaz polluants pendant les contrôles anti-pollution. Le patron de l'époque Martin Winterkorn a alors dû démissionner. Il est remplacé par Matthias Müller, alors patron de Porsche. M. Müller a fait acte de contrition et engagé un vaste rappel, toujours en cours, des véhicules. Il a présenté une nouvelle stratégie axée sur le développement de l'électrique. Le groupe plaide coupable de fraude aux Etats-Unis et accepte de payer plus de 22 milliards de dollars au total pour contenter autorités, clients et concessionnaires dans le pays.

Quelles conséquences pour Volkswagen ?…

l En 2015, le groupe essuie une perte historique de 1,6 milliard d'euros en raison de l'argent mis de côté pour affronter les poursuites judiciaires dans le monde. Dès 2016, il réussit toutefois à revenir dans le vert. Volkswagen a déjà soldé le gros des litiges aux Etats-Unis, mais n'en a pas fini avec les ennuis judiciaires. Des investisseurs lui réclament par exemple des milliards d'euros, accusant le groupe d'avoir communiqué trop tardivement sur la tricherie. Du côté des ventes, Volkswagen a souffert en 2015, mais s'est rapidement remis en selle, aidé par la demande chinoise et européenne alors que la désaffection des clients américains perdure. La marque a annoncé en novembre la suppression de 30.000 postes. En parallèle, la justice de plusieurs pays poursuit ses enquêtes contre cadres et dirigeants du groupe.

…Et pour les clients ?

n Aux Etats-Unis, où les normes anti-pollution sont plus strictes, le groupe a accepté de débourser plus de 16 milliards de dollars pour réparer ou racheter près de 600.000 voitures incriminées, et de verser à leurs propriétaires des indemnités. En Europe, Volkswagen n'entend pour l'heure pas dédommager ses clients car la situation et la législation sont selon lui différentes. Le gros des rappels concerne l'Europe, avec plus de 2 millions en Allemagne et environ 900 000 en France.