C’est bientôt la fin de son deuxième et dernier mandat / Cuba : qu’est-ce qui a changé sous Raul Castro ?

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Le dernier homme fort


Suspense -  Pour ce qui est de savoir qui va lui succéder en février prochain, seuls lui et ses proches le savent, même si son premier vice-président et numéro deux du gouvernement, Miguel Diaz-Canel, 57 ans, semble tenir la corde.


A Cuba, personne n'a autant de pouvoir, d'autorité ni de secrets que Raul Castro. En tant que président, l'ancien général a pris le monde de court en tendant la main aux Etats-Unis et en réformant un des derniers systèmes communistes de la planète.
A 86 ans, son deuxième mandat touche à sa fin. Il a annoncé qu'il se retirait à partir du 24 février prochain pour laisser la main à la nouvelle génération. Mercredi, le cadet des Castro préside pour la dernière fois la cérémonie du 26 juillet, journée nationale qui commémore l'acte de naissance de la révolution castriste: l'assaut raté contre la caserne militaire de la Moncada en 1953.
Aussi réservé et patient que Fidel était exubérant et bouillonnant, Raul a hérité le pouvoir de son frère malade en 2006. Tout en restant fidèle à l'héritage de son aîné, ce pragmatique réservé et patient a mis en marche une série de changements importants sur l'île, sans céder sur l'essentiel.
En novembre dernier, c'est Raul qui a annoncé au monde la mort de Fidel Castro, mais il n'a jamais fourni de détails sur ce décès. "C'est un homme de pouvoir parce que c'est un homme de secrets", affirme l'homme d'affaires mexicain Mario Vasquez Raña, qui s'était entretenu avec lui en 1993.
Quant à savoir qui va lui succéder en février prochain, seul lui et ses proches le savent, même si son premier vice-président et numéro deux du gouvernement, Miguel Diaz-Canel, 57 ans, semble tenir la corde.
Le futur ex-président devrait toutefois garder la main sur le Parti communiste cubain et maintenir l'armée sous son autorité. Sur le volet personnel, l'ancien agent de Moscou et ami de Raul Castro, Nicolas Leonov, a évoqué dans un livre l'amour de Raul Castro pour les arbres, son goût pour la natation et les promenades et ses qualités de blagueur. Raul Castro a été marié pendant 48 ans à Vilma Espin, sa compagne d'armes décédée en 2007. Il a trois filles et un fils, ainsi que neuf petits enfants et une arrière-petite-fille.
Son fils Alejandro est un éminent colonel qui a représenté son pays de 2013 à 2014 dans les négociations secrètes ayant conduit au dégel historique avec les Etats-Unis.

Général redoutable
«Devant l'ennemi, nous ne devons pas donner l'impression d'avoir l'âme charitable", avait-il affirmé dans un rare entretien accordé au Sol de Mexico en 1993, pour justifier sa réputation d'homme implacable. Une intransigeance maintes fois démontrée. A la tête des forces armées révolutionnaires (FAR) pendant 50 ans, il a su transformer des troupes de rebelles idéalistes en un appareil militaire efficace de 300.000 soldats qui contrôle des pans entiers de l'économie (tourisme, agriculture). Dans un geste qui avait marqué les esprits en 1989, Raul Castro n'avait pas hésité à soutenir la décision de justice de lever le pardon octroyé au général Arnaldo Ochoa: ce dernier sera fusillé avec trois autres officiers pour trafic de drogue. Des dizaines d'opposants ont été libérés de prison par Raul Castro grâce à la médiation de l'Eglise Catholique, mais les dissidents affirment que les arrestations arbitraires se sont multipliées sous son mandat, même si elles sont généralement brèves.


Pragmatisme
«Changer ce qui doit être changé": sous ses lourdes paupières cachées par des lunettes, Raul Castro défend la nécessité de réformes, tant qu'elles ne remettent pas en cause les acquis du parti unique. Sous sa férule, le pays s'est ouvert à l'initiative privée, son gouvernement a levé les restrictions empêchant les Cubains de voyager à l'étranger et autorisé l'achat et la vente des voitures et logements par les particuliers.
Dans le cadre d'une "actualisation", il a également ouvert son pays à l'investissement extérieur. Après avoir longtemps préparé son peuple à une invasion américaine, Raul Castro annonce à la surprise générale en 2014 un rapprochement avec Washington, tournant la page de plus d'un demi-siècle de défiance et de tensions. En 2016, il recevait Barack Obama à La Havane. Raul s'est "ouvert à des changements de politique, mais pas à celui du système politique lui-même. Il n'a jamais été question d'autre chose que du maintien du parti unique et d'introduction de doses d'économie de marché de façon partielle et limitée", résume l'universitaire cubain Arturo Lopez-Levy, auteur du livre "Raul Castro and the New Cuba, a Close-up view of change."

Limitation des mandats
Après plus de six décennies de pouvoir des frères Castro, le président cubain parie sur le renouvellement générationnel. Il a fixé une limite de deux mandats de cinq ans pour tous les postes dirigeants du pays. Officiellement président depuis 2008, Raul Castro doit quitter son poste l'année prochaine.

Un «nouveau» Cuba

Changements -  Aujourd'hui, les Cubains peuvent voyager à l'étranger, créer leur propre entreprise et même voir flotter le drapeau des États-Unis dans les rues de La Havane.

Depuis qu'il a succédé à son frère Fidel il y a onze ans, Raul Castro a silencieusement réformé Cuba.
La plus grande île des Caraïbes n'est plus la même depuis que ce discret général de l'armée a succédé à son aîné, qui a quitté le pouvoir en 2006 à cause de graves problèmes de santé avant de décéder en novembre dernier.
Mercredi, le cadet des Castro préside pour la dernière fois à 86 ans la cérémonie du 26 juillet, "jour de la rébellion nationale" qui commémore l'acte de naissance de la révolution castriste. Il doit quitter la présidence en février 2018. Sur le plan financier, l'économie cubaine a opéré sous Raul Castro avec une ouverture à l'initiative privée.
Aujourd'hui, Cuba compte environ un demi-million de travailleurs privés, ou "cuentapropistas", soit 10% de la population active. Concernant les investissements étrangers, à partir de 2014, Raul Castro a fait évoluer la loi pour les encourager , et a inauguré le mégaport de Mariel, à 45 kilomètres à l'est de La Havane, une zone destinée à devenir le plus grand pôle industriel de Cuba.
Mais pour l'heure, du fait de l'embargo américain et des contraintes imposées par le gouvernement cubain, la moyenne des investissements étrangers dans l'ensemble du pays est limitée à 418 millions de dollars annuels, bien en deçà des objectifs du gouvernement.
Par ailleurs, fin 2015, Cuba a réussi à renégocier sa dette - gelée depuis les années 1980 - auprès de 14 pays membres du Club de Paris, obtenant l'annulation de 8,5 milliards de dollars d'intérêts. Ses obligations envers la Russie, la Chine et le Mexique ont aussi été renégociées.
Le rétablissement de sa crédibilité sur les marchés doit lui permettre de capter de nouveaux financements. Enfin, Raul Castro a autorisé les particuliers à acheter et vendre leurs voitures et logements.
Depuis 2014, 80.000 véhicules et 40.000 logements ont ainsi été échangés, selon les autorités.

Dégel des relations avec les Etats-Unis

n L'événement le plus marquant de l'ère Raul a eu lieu le 17 décembre 2014 lorsqu'il annonce à la télévision un rapprochement inattendu avec l'ancien ennemi de la guerre froide. Le 20 juin 2015, les deux pays renouent leurs relations diplomatiques et en mars 2016, le président cubain reçoit Barack Obama à La Havane.
Le processus de normalisation est freiné depuis l'arrivée à la Maison blanche du républicain Donald Trump, défenseur d'une ligne plus dure envers Cuba.
La Havane a également consolidé la normalisation de ses relations avec l'Union européenne en signant un accord de dialogue politique en 2016 avec les 28.

Voyages et migration

 En 2013, Raul Castro a mis fin aux restrictions draconiennes qui empêchaient les Cubains de voyager à l'étranger. Ils sont désormais autorisés à sortir du territoire pour une période allant jusqu'à deux ans. Ils ne perdent plus leurs biens ni leurs logements tant qu'ils sont partis en toute légalité. Cette réforme a facilité les visites et le rapatriement des Cubains émigrés. De janvier 2013 à décembre 2016, plus de 670.000 Cubains ont réalisé plus d'un million de voyages vers d'autres pays, et pour la seule année 2016, 14.000 Cubains vivant à l'étranger se sont réinstallés dans le pays.

Internet
Depuis 2013, le gouvernement a ouvert, sous restriction, l'accès à internet. Il existe aujourd'hui 370 zones de wifi public à travers le pays ainsi que 630 cybercafés. A titre expérimental, 38.000 lignes internet haut débit ont également été installées chez des particuliers, mais le pays fait toujours partie des mauvais élèves en la matière dans le monde.