Il s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise : Venezuela : un pays qui s’enlise

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     
Maduro crie à la tentative de coup d'Etat


Menaces -  Le président vénézuélien Nicolas Maduro a promis hier de riposter face à une tentative de coup d'Etat, après une attaque mise en doute par l'opposition et des analystes.


Les autorités vénézuéliennes ont également annoncé que la procureure générale du pays, Luisa Ortega, une chaviste entrée en dissidence, comparaîtrait la semaine prochaine devant la Cour suprême.
Le chef de l'Etat a mis les forces armées en état d'alerte dans ce pays secoué par les violences et les manifestations contre le pouvoir, qui ont fait deux nouveaux morts hier, portant le bilan à 79 tués depuis le 1er avril.
Le président Maduro, qui dénonce régulièrement l'existence d'un complot pour le renverser, a affirmé qu'un hélicoptère avait lancé mardi quatre grenades contre le bâtiment de la Cour suprême et tiré quinze coups de feu contre le ministère de l'Intérieur. Les vidéos et photos diffusées sur les réseaux sociaux montrent un hélicoptère de la police scientifique en train de survoler Caracas. On entend au loin des détonations, sans voir clairement s'il lance effectivement des grenades sur la Cour suprême.
Confronté à des manifestations quasi-quotidiennes, dans un contexte de violente crise économique, Nicolas Maduro avait averti mardi que si le Venezuela "plongeait dans le chaos et la violence, nous irions au combat". "Ce qui n'aura pas pu se faire par les votes, nous le ferons avec les armes", avait-il déclaré.
Le président peut compter jusqu'à présent sur le soutien du haut commandement militaire, un facteur décisif selon les analystes s'il veut se maintenir au pouvoir. Le Venezuela a connu trois tentatives de coup d'Etat militaire depuis 1992. Hier, la coalition d'opposition de la Table pour l'Unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement, se voulait prudente. "Des gens disent que c'est un piège, d'autres disent que (cette attaque) est vraie", a déclaré à la presse Julio Borges, président du Parlement. "Quoi que ce soit, c'est très grave. Tout cela indique la même chose: la situation est insoutenable au Venezuela", a-t-il ajouté.
L'analyste Diego Moya-Ocampos, du cabinet britannique IHS, était lui aussi sceptique.
"Il est possible que l'histoire de l'hélicoptère ait été organisée par le gouvernement, pour faire diversion (...) ou provoquer une réaction afin de continuer à purger les forces de l'ordre", a-t-il expliqué à l'AFP, alors que le président Maduro a déjà congédié, la semaine dernière, quatre hauts responsables de l'armée.
Dénonçant le "silence" de la communauté internationale sur cette attaque présumée, le chef de la diplomatie, Samuel Moncada, a ordonné aux ambassadeurs du Venezuela d'informer "tous les ministères des Affaires étrangères du monde" de cette "attaque terroriste".
"Ils protègent les auteurs de ce fait avec leur complicité et leur ignorance feinte", a-t-il déclaré dans une conférence de presse, questionnant le rôle des Etats-Unis, du Mexique et de l'Union européenne, tout en remerciant la Bolivie, Cuba, l'Equateur et la Turquie pour avoir exprimé leur solidarité.

Ortega interdite de sortie du territoire

l Le Tribunal suprême de la justice (TSJ, Cour suprême), accusé de servir le gouvernement Maduro, a fixé au 4 juillet l'audience qui devra statuer si la procureure générale peut être traduite en justice. Il a assorti sa décision d'une interdiction de sortie du territoire ainsi que du gel de ses comptes et avoirs, selon un communiqué du tribunal. Le TSJ a également ordonné la comparution du député Pedro Carreno --un partisan du président Maduro-- qui a présenté l'action en justice contre la procureure, et du défenseur du peuple, Tarek William Sabb, également partisan du président. M. Carreno, qui a demandé au TSJ d'évaluer "la santé mentale" de Luisa Ortega, affirme que la procureure a "menti" en disant qu'elle n'avait pas approuvé la nomination de 33 magistrats, désignés selon elle irrégulièrement par le précédent Parlement à majorité chaviste, en décembre 2015.


«Scénario rocambolesque»

-  Ce scénario rocambolesque fait tiquer les adversaires du président Maduro. "Des gens disent que c'est un piège, d'autres disent que (cette attaque) est vraie", a souligné mercredi Julio Borges, président du Parlement, où l'opposition est majoritaire. Et le passé d'acteur de cet homme accusé de préparer un coup d'Etat rend justement sceptique. "Nous voulons qu'une fois le film terminé, vous ayez un moment de réflexion", disait Oscar Pérez à des jeunes en faisant la promotion de "Mort suspendue". "Que vous vous rendiez compte qu'il y a un avenir, que vous pouvez être productifs et de bons citoyens, que le message envoyé par la télévision, que les chefs de gangs sont ceux qui réussissent, n'est pas vrai".

Policier et acteur : l'homme à l'hélicoptère


Action -  Son histoire est digne d'un film : Oscar Pérez, policier et acteur de 36 ans, vient d'appeler le président Nicolas Maduro à la démission après avoir survolé Caracas en hélicoptère, lançant, selon le gouvernement, des grenades sur la Cour suprême.


Escorté par quatre hommes masqués et armés, M. Pérez est le seul à apparaître le visage découvert, dans une série de cinq vidéos diffusées mardi soir sur Instagram. Il y affirme faire partie d'"une coalition entre fonctionnaires militaires, policiers et civils (...) contre ce gouvernement transitoire et criminel".
Et demande aux Vénézuéliens "de nous accompagner dans ce combat et de sortir dans la rue", dans ce pays secoué depuis bientôt trois mois par des manifestations hostiles au chef de l'Etat et ayant fait 76 morts. Identifié par le président Maduro comme le pilote de l'hélicoptère ayant jeté selon lui quatre grenades contre le bâtiment de la Cour suprême et tiré 15 coups de feu contre le ministère de l'Intérieur, Oscar Pérez, accusé de vouloir fomenter un coup d'Etat, était activement recherché mercredi.
"Un individu a pris les armes contre la République", a dénoncé le ministre de l'Information, Ernesto Villegas.
En 2015, c'est sous un tout autre visage qu'Oscar Pérez s'était fait connaître au Venezuela : cet homme aux traits fins et aux yeux clairs était alors le héros du film d'action "Mort suspendue". Oscar Pérez était aussi coproducteur de ce long-métrage, inspiré d'une histoire vraie, l'enlèvement en 2012 d'un commerçant portugais, relâché 11 mois plus tard. Il y joue le même rôle que dans la vraie vie, celui d'un enquêteur de la police scientifique. Dans plusieurs interviews qu'il avait alors accordées à la presse locale, c'est le fait d'entendre un enfant des rues dire qu'il voulait devenir "un +pran+ - chef de gang de délinquants emprisonnés - pour avoir de l'argent, des femmes et le respect du quartier" qui l'avait motivé à faire ce film. Chef des opérations aériennes de la brigade d'actions spéciales de la police scientifique, Oscar Pérez a passé 16 ans dans cette institution.
Selon M. Maduro, il avait été le pilote de son ex-ministre de l'Intérieur et de la Justice, Miguel Rodriguez Torres, un général à la retraite qui a pris ses distances avec le gouvernement. "Je suis pilote d'hélicoptère, plongeur de combat et parachutiste libre. Je suis aussi père, camarade et acteur (...). Je suis un homme qui sort dans la rue sans savoir s'il va rentrer à la maison car la mort fait partie de l'évolution", confiait-il au journal Panorama avant la sortie de "Mort suspendue". Oscar Pérez a aussi été instructeur canin, entraînant des chiots à détecter de la drogue et des explosifs.

'Terrorisme d'Etat'

l Hier, Luisa Ortega a accusé Nicolas Maduro, successeur de Hugo Chavez (1999-2013), d'avoir imposé un "terrorisme d'Etat", en raison des violences exercées par les forces de l'ordre contre la vague de manifestations secouant le pays depuis bientôt trois mois. "Ici on dirait que tout le pays est terroriste", a-t-elle dit. "Moi, ce que je pense, c'est que nous avons un terrorisme d'Etat, où l'on a perdu le droit à manifester, où les manifestations sont cruellement réprimées, où l'on juge des civils devant la justice militaire", a-t-elle lancé.

Dans Maracay, en proie aux pillages

«Les policiers l'ont tué!" crie Yofran. A ses côtés, un jeune homme vient de s'écrouler. Nous sommes mardi dans la ville vénézuélienne de Maracay, transformée en zone de non-droit par des hordes de pillards qui cassent tout sur leur passage.
Le jeune homme a reçu une balle en plein visage pendant des affrontements avec la police, laquelle tentait vainement d'empêcher la foule de continuer à piller les magasins à Santa Rita, un des quartiers les plus dangereux de cette ville industrielle située à 120 km à l'ouest de Caracas. Après la fusillade, la police finit par battre en retraite. La foule, parmi laquelle des hommes armés de couteaux, s'en prend alors à un magasin de spiritueux.
Au total, une trentaine de boutiques seront dévalisées pendant la nuit, et un militaire sera tué par balles en tentant de s'opposer aux émeutiers, selon les services du procureur. Pendant que Yofran pleure à genoux devant le corps inerte de son ami, des dizaines de personnes courent autour de lui en transportant des caisses de rhum et de bière. Yofran, 23 ans, ne connaissait pas le nom de la jeune victime, mais il l'appelle son "frère".
"Les policiers l'ont tué! Nous n'avons pas d'armes, nous voulons que ce pays de merde change enfin, que Maduro s'en aille. Cela fait plus d'une heure qu'on nous tire dessus", pleure-t-il, en dissimulant son visage derrière un T-shirt. Il jette un drap sur le cadavre, puis se joint aux pilleurs. Quelques instants plus tard, le corps est ramassé par des agents de la police scientifique armés de mitraillettes et emporté à bord d'une camionnette.