Malgré une mercuriale clémente, le bilan reste mitigé : Ramadhan 2017 : entre satisfactions et désagréments

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Abondance  et accessibilité


Production -  Second élément expliquant la baraka de cette année, l’apport décisif des deux wilayas du sud, Biskra et El-Oued, qui, à elles seules, réussissent à satisfaire la demande de 25 wilayas, comme l’avait révélé le SG de l’Union générale des commerçants et artisans algériens.


Tous les Algériens s’accordent à dire que ce Ramadhan 2017 qui tire à sa fin constitue le mois de jeûne le plus clément depuis des dizaines d’années. Les prix de la mercuriale n’ont pas connu la traditionnelle flambée et même le climat, malgré la période pré-estivale, a été globalement très supportable.
En fait, hormis la cascade d’accidents mortels qui continue malheureusement d’endeuiller les familles algériennes, le Ramadhan de cette année se distingue par une profusion sans précédent de produits alimentaires de toutes sortes, y compris les viandes plus que jamais abordables.
Il faut dire, en premier lieu, que le Ramadhan de cette année est intervenu au cours d’une période idéale de la saison, celle des grandes récoltes maraîchères, avec la disponibilité exceptionnelle de fruits et légumes frais, au point où l’on a vu les deux produits phares consommés en abondance durant ce mois, la courgette et la tomate, afficher des prix inédits : moins de 50 dinars pour la première et jusqu’à 25 dinars pour la seconde.
Second élément expliquant la baraka de cette année, l’apport décisif des deux wilayas du sud, Biskra et El-Oued, qui, à elles seules, réussissent à satisfaire la demande de 25 wilayas, comme l’avait révélé le SG de l’Union générale des commerçants et artisans algériens, Salah Souilah, au début du Ramadhan.
Un apport qui est venu contrebalancer le poids des spéculateurs des grandes villes du pays, Alger notamment, permettant à la population d’avoir à sa disposition tous les produits nécessaires et à des prix plus qu’abordables. De plus, les marchés de proximité initiés par l’Ugta ont à leur tour contribué à fidéliser un grand nombre de citoyens à ces espaces où ils peuvent s’approvisionner sans se ruiner. Sur ce plan, la satisfaction des ménagères est totale, comme nous le confirme Mme Malika, une habituée des marchés de la capitale : «Ce Ramadhan, hamdou’Allah, je ne me suis pas ruinée pour m’approvisionner en fruits et légumes et même si la viande locale reste chère, le poulet et la dinde sont abordables et j’ai pu varier mes repas du f’tour à ma guise.» Un constat unanimement partagé par la population et confirmé par la réalité de la mercuriale qui est restée très en-deçà des projections pessimistes de tous ceux qui prédisaient la traditionnelle flambée généralisée des prix. Nos concitoyens ont ainsi pu faire des économies substantielles.
Hocine Hamid

Jeûneurs énervés = Accidents
 cascades
Autre phénomène qui prend de l’ampleur ces jours de Ramadhan, c’est la multiplication des accidents de la circulation au centre-ville. Il ne se passe pas, en effet, une journée sans que l’on signale des accrochages entre véhicules aux quatre points de la ville. Ces accidents qui mettent à rude épreuve les tôleries des voitures, sont généralement dus à l’excès de nervosité des conducteurs, rendus moins tolérants par les affres d’un jeûne mal supporté. Ainsi, et alors que dans des situations où avant le ramadhan les conducteurs incriminés se seraient quittés sans anicroche, c’est à une toute autre issue que les badauds assistent ces jours-ci : « j’ai vu l’autre jour, raconte Mustapha, un automobiliste freiner brutalement au milieu de la chaussée, sortir de sa voiture en claquant la portière et se ruer sur un passant, pour lui asséner des coups de poings ultra violents ! On aurait dit une scène de film… ». Ce genre de scènes est devenue monnaie tellement courante que certains en ont même fait un passe-temps pervers : ils sortent de chez eux résolus à en découdre à la première occasion et, comme jeûne aidant, ce ne sont pas les occasions de se battre qui manquent, ils se retrouvent souvent à l’origine de rixes violentes. Comme drogués à la violence, verbale ou physique, ces individus deviennent le temps du Ramadhan des espèces d’outlaws désaxés pour lesquels seule une bagarre violente est susceptible de calmer les nerfs. Mais contrairement aux motards fous, il n’y a malheureusement rien à faire pour y remédier, car ce sont des comportements spontanés et imprévisibles dont les auteurs semblent le plus souvent bien loin de l’idée que l’on se fait généralement des gens violents. Ce qui signifie que les citoyens n’ont d’autre recours que d’ouvrir l’œil et le bon durant ce mois sacré, histoire d’éviter de vivre des situations explosives.,
H.H.

Rahma par-ci, guet-apens par-là !


Revers -  Toutefois, et là les choses changent du tout au tout, la situation n’est pas aussi idoine en ce qui concerne le second volet incontournable du Ramadhan, à savoir les vêtements de l’Aïd.


En effet, aucun programme ni dispositif particulier n’ont été mis en place pour contrecarrer les marchands de tissus qui ont tout loisir de faire flamber les prix des vêtements.
Dans ce registre, les citoyens n’ont aucun recours, si ce n’est se rabattre sur les vêtements de pacotille, soit tous ces produits made in China et autres, pleins de brillant mais de mauvaise qualité. «J’ai quatre enfants, de 5 à 14 ans, à vêtir pour l’Aïd et je passe mes journées à faire le tour des magasins spécialisés : je suis sidéré par les prix appliqués car je ne trouve rien d’intéressant, voire de potable, à moins de 2 500 dinars l’unité. Faites le calcul car je dois acheter quatre tenues complètes à raison de 7 500 dinars par gosse, soit un total de 30 000 dinars, ce qui représente 80% de mon salaire !... », témoigne Ahmed.
Une somme réellement hallucinante mais qui est tout à fait conforme à la réalité du marché des vêtements de l’Aïd dont les prix ont toujours été très élevés sous nos latitudes.
Bien sûr, il y a possibilité d’acheter des pantacourts, des tee-shirts et des baskets à des prix raisonnables, mais les heureux acquéreurs ne doivent pas espérer que ces vêtements leur tiennent au-delà de quelques semaines : ils sont d’une qualité si médiocre qu’au premier lavage, ils se décomposent littéralement et ne sont plus mettables.
Malheureusement, et bien qu’étant conscients de l’arnaque, beaucoup de parents n’ont guère d’autre choix que de les acheter quand même à leurs enfants, histoire de les vêtir de neuf le jour de l’Aïd uniquement et advienne que pourra. «La situation est claire : ou bien je me ruine et je leur achète de vrais vêtements qu’ils pourront porter longtemps après l’Aïd, ou alors je reste raisonnable et je me contente d’acheter du neuf provisoire quitte à les jeter à la poubelle une semaine après l’Aïd. Dans le premier cas, je risque de me retrouver sans argent pour assurer la subsistance du foyer jusqu’à la prochaine paye, dans le second cas, je sacrifie certes une somme raisonnable mais, au moins, je peux tenir le coup par la suite… », nous assure Omar, un fonctionnaire très regardant sur l’équilibre précaire de l’argent du ménage.
Ainsi, avec la clémence de la mercuriale et malgré la cherté des vêtements de l’Aïd, le citoyen lambda peut s’estimer heureux de s’en sortir plutôt bien durant ce Ramadhan 2017, en espérant que les prix ne vont pas repartir à la hausse cette saison estivale, notamment avec la menace que fait peser la sécheresse persistance qui caractérise une grande partie du pays et qui risque de réduire drastiquement l’approvisionnement des marchés en produits frais de saison.
H.H.


Les inévitables embouteillages


Constat -  De mémoire d’Algérois, jamais la capitale n’a connu une telle profusion de véhicules à toutes heures de la journée, notamment au centre-ville.


A Alger, la cote d’alerte a été atteinte depuis le début du mois de jeûne, avec une cité toute entière transformée en voie de circulation. Désormais, il n’y a plus d’heures de pointe, car à moins de circuler aux aurores ou après minuit, vous êtes assurés de vous retrouver plus souvent à l’arrêt que filant sur l’asphalte dégagé. La saturation étant un phénomène aussi naturel que prévisible, Alger a eu beau se dilater au maximum, offrir d’ingénieux itinéraires de «désembouteillage» aux plus malins, parvenir à caser les voitures dans des endroits à première vue inaccessibles ; mais trop, c’est trop et la situation est tout simplement devenue inextricable.
Les voitures elles-mêmes semblent avoir muté pour s’adapter à l’extrême rareté de l’espace et à l’indéniable difficulté de déplacement que cela génère.
On s'attendrait presque à les voir emprunter les escaliers et grimper sur les toits des immeubles, tant on les trouve et retrouve partout. Les conducteurs ressemblent chaque jour un peu plus à des espèces de dresseurs de chevaux (fiscaux) sauvages, à l’intérieur de  leurs véhicules harassés, vrombissant et zigzagant à pleine vitesse. Les rares automobilistes qui choisissent de rouler prudemment sont littéralement ballotés tout le long du trajet, essuyant invectives, coups de phares, klaxons enragés, voire agressions physiques.
Il est interdit d’aller doucement à Alger durant le Ramadhan. Quiconque déroge à la furia généralisée se retrouve confronté à mille et un ennuis au quotidien, ce qui les incite généralement à rentrer vite dans les rangs et à se mettre, à leur tour, à jouer les Schumacher des ruelles, grimpant allègrement sur les trottoirs, frôlant dangereusement les grands-mères qui traversent et ignorant systématiquement les panneaux et les interdictions. La pagaille est partout de mise et gare aux velléitaires de l’ordre et du respect des codes de la route et de bonne conduite. Ceux-ci sont superbement ignorés et leurs «prétentions » taxées de ridicules et de naïves.
Dans ces conditions de circulation ininterrompue, désordonnée et démentielle, et sans préjuger de l'exorbitant  coût humain induit par l'accroissement du nombre des accidents de la route, l’apparition d’une foultitude de maladies liées à la pollution au CO2 coule de source.
Les maladies respiratoires et autres allergies de tous poils constituent les conséquences prévisibles, compte tenu du laisser-aller généralisé. Ainsi, le Ramadhan 2017 ne déroge pas aux précédents en matière de circulation automobile et les citoyens en pâtissent plus qu’ils peuvent le supporter, à leur corps défendant...
H.H

Les motards  de la mort, encore  et toujours
 Ils choisissent les dernières minutes avant l’adan, pour donner libre cours à leurs folles équipées à travers les rues et ruelles de la capitale. Eux, ce sont ces motocyclistes détraqués, souvent très jeunes, qui ont pris l’habitude depuis le début du mois du jeûne de faire des avenues et boulevards de la capitale leur circuit moto privé. Ils se rassemblent en bandes de plusieurs motos et s’élancent à toute allure sur le macadam, sans casques ni protection aucune. Leur but, c’est d’accumuler de l’adrénaline, en zigzaguant au milieu de la circulation et en narguant les foules de jeûneurs, les frôlant au plus près, histoire de provoquer des réactions violentes de leur part. Aussi inconscients qu’insensibles à toute remontrance, ces cavaliers de feu n’ont cure des désagréments qu’ils causent, du bruit infernal de leurs machines qui mettent les nerfs à vif, encore moins du risque qu’ils encourent à rouler comme des dingues sur leurs deux-roues sans protection. «Il y a des moments, raconte Faycal, un jeune père de famille habitant la place du 1er-Mai à Alger, où j’ai des envies de meurtre contre eux ! Vous vous rendez compte, ils ne prêtent attention à personne, homme, femme ou enfant… Ce sont des malades, tout simplement… » Le comble, c’est que ces forcenés à moto passent et repassent devant des policiers ou des barrages, sans qu’ils soient interpellés, ne serait-ce que pour le motif de non-respect du port du casque. A croire qu’en cette période de Ramadhan, personne ne prête attention à personne et chacun est libre de se comporter comme bon lui semble, même si c’est au détriment de la sécurité publique.
H.H

«Coma national annuel»


Frénésie - Pendant un mois, les Algériens ont beaucoup couru, se sont énormément énervés et ont quasiment tous perdu quelques kilos…


Cependant, toute cette énergie dépensée ne l’a évidemment pas été à bon escient, puisque, de nouveau, la productivité nationale a vécu une période d’hibernation avancée, au point où pratiquement rien n’a été réalisé durant le Ramadhan.
Tous les grands rendez-vous économiques et tous les chantiers importants ont été soigneusement décalés pour après le Ramadhan et la productivité a frisé le zéro absolu dans tous les secteurs sauf l’activité commerciale qui, bien entendu, a battu des records de chiffres d’affaires, surtout dans la vente des produits alimentaires et le prêt-à-porter.
utrement dit, durant tout un mois, nous avons cessé de travailler tout en augmentant notre consommation, chacun ayant dû puiser dans ses économies pour tenir la distance et satisfaire ses nombreuses lubies alimentaires du mois sacré. Ce mode d’existence s’étant sécularisé, il est clair que personne ne songerait vraiment à changer cet état de fait puisque rien ne l’y oblige, surtout pas les responsables à tous les niveaux qui, comme le dit si bien la vox populi, sont les premiers à s’inscrire aux abonnés absents professionnellement dès l’entame du Ramadhan. En effet, s’il existait une réelle volonté d’en finir avec le «coma national annuel», il suffirait, par exemple, que dès le premier jour du jeûne, tous les responsables, directeurs et managers se pointent à l’heure au boulot et fassent la tournée pour se rendre compte de visu de la situation et noter soigneusement les noms de tous ceux qui ne sont pas à leurs postes et qu’ensuite, ils les convoquent personnellement pour leur signifier un ultimatum ferme avec menace de retrait sur salaire de chaque minute non travaillée.
De la sorte, cette soi-disant «tradition» disparaîtrait d’elle-même et les Algériens réapprennent à travailler, au moins, autant qu’ils le font le reste de l’année. Dans ce domaine, comme dans tous les autres, c’est uniquement parce que les responsables sont les premiers à donner l’exemple en se mettant en veilleuse pendant le Ramadhan, que leurs personnels en font autant, voire davantage.
Conclusion, et si on veut que nos concitoyens ne tirent plus le frein à main à chaque Ramadhan, il faudrait que ceux qui sont censés les diriger et les encadrer se décident à assumer leurs responsabilités pleines et entières. A un ou deux jours de l’Aïd El-Fitr, on peut dire que le Ramadhan de cette année a été globalement bien négocié par la majorité de nos concitoyens et pour peu que tous les enseignements soient tirés de tous les désagréments qui persistent et reviennent chaque année en pareille période, pour que beaucoup de choses soient amélioréews et rectifiées l’année prochaine et qu’on arrive enfin à passer le Ramadhan dans les meilleures conditions et sans risques majeurs. Saha Aïdkoum à tous.
H. H