Ils sont de plus en plus nombreux à se réfugier chez nous : Quel avenir pour les réfugiés subsahariens ?

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Combien sont-ils ? Si les autorités avancent le chiffre de 20 000 clandestins, les associations parlent, elles, de plus de 100 000 ressortissants subsahariens sur le sol algérien. A l’instar des autres villes prisées par ce mouvement migratoire, ce dernier est particulièrement présent à Alger depuis quelques mois. Comment ne pas être affecté à la vue de ces frêles silhouettes d’enfants, de bébés, de jeunes adolescents et femmes qui ont pris la route mettant leur vie en péril pour chercher des cieux plus cléments ? Et bien que l'emploi et le logement soient garantis pour certains jeunes Subsahariens tant que le besoin s’exprime , il n’en demeure pas moins que de nombreux autres réfugiés, voire des familles entières, sont livrés à eux- même et vivent de la charité publique.
Jusqu’à quand ?

Un voyage, une aventure vers  l’inconnu !


Constat -  Des femmes, des jeunes adolescents, des hommes, des couples maliens, ivoiriens, guinéens, nigériens … sont arrivés ces dernies temps dans la capitale, et ils sont particulièrement visibles en ce mois de Ramadhan.


«Comment je peux être heureuse, ou même sereine, alors que je dors dans la rue ? », nous dit, les larmes aux yeux, Salamatou, une Malienne endossée à un mur d’un magasin à la rue Khelifa Boukhalfa pour quémander. Cette jeune femme nous raconte qu’elle se trouve en Algérie depuis quatre jours seulement.
Elle a volontairement quitté le Mali (Gao) avec l’idée de trouver de l’argent pour prendre en charge son mari et ses douze enfants qu’elle a laissés chez sa mère là-bas. «Première étape , Niamey la capitale du Niger où j’ai demandé à ma sœur de me procurer un petit pécule pour aller en Algérie, mais en vain.
J’ai été obligée de m’aventurer avec une femme nigérienne qui connaît la route pour venir ici. Il a fallu parcourir des kilomètres et des kilomètres et attendre plusieurs jours pour être embarquée par un camion à partir du Niger puis le reste du voyage est effectué en 4x4 jusqu’à Tamanrasset, dans le Sud algérien.»
Un peu plus loin au coin de la même rue, une autre femme est en train de nourrir ses deux bébés assis par terre sous un arbre. Cette femme chétive d’origine nigérienne ne parle pas français. Approchée, elle prononce deux mots : Niger, sadaka.
Ce genre de scène est devenu très familier et on a l’impression à force de voir la même image reproduite d’un phénomène qui devient «normal». «Il faut les placer dans un centre de réfugiés, nous ne pouvons pas donner à tous ces pauvres êtres de l’argent …!», clame une femme de passage. Tout le monde a dû constater le nombre impressionnant de jeunes particulièrement d’origine malienne qui mettent leur vie en danger au bord de la route sur la Côte (Bir Mourad Rais) dès l’aube en quête d’un travail clandestin, pourvu qu’une paie soit perçue, même si elle est insignifiante.
Les gens de passage, et qui en ont besoin, recrutent sur place les plus costaux et valables pour les embaucher clandestinement dans des travaux de bâtiment. Même scène observée aux Sources.
A Djenane Sfari (Birkahdem), beaucoup de jeunes immigrés clandestins travaillent la journée et passent la nuit dans les chantiers.
Un jeune Guinéen rencontré récemment sur la passerelle de Birkhadem témoigne : «Je suis arrivé en Algérie en 2015, actuellement j’habite dans un chantier à Tixeraïne avec dix autres Guinéens, c’est là que je travaille et en contrepartie je perçois 2 000 DA par jour sans compter la nourriture que nous offre le propriétaire de la résidence.»
L’argent gagné je l’envoie à ma famille. Ibrahim travaille depuis une année dans la même localité tout comme d’autres jeunes Subsahariens qui se débrouillent bien en se familiarisant avec de jeunes commerçants algériens pour acheter et revendre des vêtements à la place des Martyrs.
Un investisseur dans le domaine agricole se dit très satisfait du rendement enregistré cette année grâce au travail accompli par un couple subsaharien recruté depuis des mois pour s’occuper de sa ferme à Alger.
Si ces derniers ont eu la chance de se procurer un petit abri, beaucoup de familles, de jeunes filles et d’hommes passent la nuit à la belle étoile dans des endroits prisés tels que Draria , Douéra , Dar El- Beïda , Baba Ali, etc.
Samia Lounès

Un mariage en plein air  à Oued El-Kerma

n Ce jour-là, beaucoup d’automobilistes curieux stationnent leurs véhicules à l’entrée de la route menant vers Baraki pour observer un nouveau et étrange phénomène encore jamais vu chez nous. Les familles subsahariennes semblent s’être parfaitement acclimatées avec la nature et en cherchant la fraîcheur, elles ont installé des tentes à l’aide de chiffons au bord de l’Oued El-Kerma. Selon un témoin, les nouveaux occupants du coin ont célébré, en plein air, il y a quelques semaines une grande cérémonie de mariage d’un jeune couple. Les heureux mariés n’ont pas été interrompus par les éléments de la Gendarmerie nationale venus sur place superviser l’endroit sans pour autant agir pour stopper le mariage qui a eu lieu en fin de compte en attirant un nombre impressionnant d’automobilistes qui ont bloqué toute la circulation sur l’autoroute.


« Nouvelle ville africaine» à Alger

n Un autre phénomène a été constaté par de nombreux Algériens surpris par la « nouvelle ville africaine » construite par les Subsahariens sous le pont de Baba Ali dans la commune de Birtouta (Alger). Les réfugiés composés d’hommes, de femmes, des familles dont la plupart sont des musulmans passent le Ramadhan en toute quiétude en servant des repas collectifs sous des tentes et des abris fabriqués à l’aide de cartons.


Prise de conscience


Réalité -  Faut-il fermer les yeux sur un problème, de plus en plus visible, des jeunes Subsahariens mineurs qui travaillent et qui sont exposés au danger eu égard aux activités pénibles qu’ils exercent ?


On ne sait pas si ce phénomène est conjoncturel ou s’installe dans la durée. Dans le deuxième cas, il faut songer dès maintenant à mettre en place les mécanismes d’aide adéquats pour prendre en charge cette population vulnérable.
Depuis quelque temps, de nombreux quartiers d’Alger et desalentours accueillent les jeunes travailleurs maliens et nigériens qui sont en général venus en Algérie pour un seul objectif : travailler et gagner leur vie. Mais sont-ils tous en âge et en condition de le faire ? Il y a trois jours, nous avons rencontré un jeune travailleur malien, qui n’a pas atteint l’âge légal de travail, au service des urgences de l’hôpital Mustapha Pacha pour soigner ses blessures survenues à la suite d’un accident de travail .
«J’ai été blessé au poignet et au genou quand des briques sont tombées sur moi du haut d’un étage de villa en construction à Hammadi», nous dit-il affirmant que son employeur lui a administré les premiers soins d’urgence sur place. «J’ai un salaire à la tâche d’environ 5000 DA» , nous confie-t-il. Sous un soleil tapant de midi, un Nigérien sur des béquilles demande l’aumône aux passants dans une rue à Alger-centre. «La police me chasse et m’interdit de mendier, mais je n’ai pas une autre solution, je suis orphelin et j’ai été victime d’un accident de travail au Sud, plus précisément à Aïn Guezzam où un automobiliste m’a renversé devant le lieu de mon travail alors que j’étais en train de charger un camion de gravier», nous renseigne-t-il, poursuivant : «J’étais venu du Niger pour travailler afin de payer les études de mon frère mais vu mon état de santé je ne peux pas reprendre mon travail dans les chantiers.»
Notre interlocuteur ne semble pas être le seul dans son cas, ce qui pose sérieusement sur la table ce problème épineux de ces jeunes dépourvus de tous les moyens de sécurité et d’assurance sociale, alors qu’ils avaient fui justement la guerre, la misère et les conflits pour envisager de s'installer durablement dans notre pays.
La sécheresse au début des années 1970 et durant les années 1984-1986, ainsi que les révoltes targuies des années 1990 au Mali et au Niger ont accentué considérablement les flux migratoires qui se diffusent notablement vers le nord du Sahara. A cette situation est venus s'ajouter l'éclatement de multiples conflits sur le continent, en particulier le chaos libyen et les violences contre les migrants africains en Côte-d'Ivoire. Ces deux pays accueillaient une proportion importante de travailleurs et réfugies maliens et nigériens.
Ce phénomène inclut aussi d'autres causes comme le transit vers l'Europe.
Aujourd'hui, ce dossier des migrants devient de plus en plus difficile à gérer dans une Algérie qui vit une crise économique et ayant déjà engagé des opérations de rapatriement critiquées à tort et à travers, souvent par les pays occidentaux qui sont à l’origine de ce drame humanitaire et qui se frottent les mains de voir l’Algérie devenir une terre d’immigrés , les débarrassant d’un fardeau et d’un problème épineux.
Il va pourtant falloir aux pouvoirs publics de trouver un moyen de traiter ce dossier avec le moins de dégâts possibles.


Mme Saïda Benhabylès* à Info Soir  : «Ce sont nos invités»

Infosoir : Quelles sont les principales causes de l’afflux massif actuel des Subsahariens vers la capitale ?
Mme Benhabylès : la raison est simple, il faut savoir d’abord que le plus grand nombre de réfugiés africains se trouve actuellement à Tamanrasset, où la température est extrêmement élevée durant cette période. In Salah est la région la plus chaude dans le sud, où la température par exemple peut atteindre 50°, voire plus en été. Les grandes chaleurs ont dû donc pousser cette population vulnérable à fuir ces régions du Sud en quête de fraîcheur dans le Nord. Outre la chaleur, les Subsahariens aiment par nature se déplacer sans cesse en quête de meilleures conditions de vie. Ils ont l’habitude de se déplacer et s’ils sont aujourd’hui au nombre de deux mille personnes dans le fameux centre de Tamanrasset, demain, on y trouvera seulement cent migrants ! Ce phénomène migratoire chez les Subsahariens est très coutumier. En revanche, le Croissant-Rouge ne les considère pas comme des réfugiés, ce sont nos «invités», et ceux de toute l’Algérie. Ils ont été bien accueillis et depuis longtemps par les autorités algériennes qui leur offrent la possibilité de circuler librement. Ils ont le droit à la liberté de circulation et sur tout le territoire national.

Les moyens d’accueil sont-il suffisants et adéquats pour prévenir les risques sanitaires ?

Mme Benhabylès : Le CRA leur assure avant tout un abri, une entière sécurité et leur apporte un soutien et une couverture sanitaire comme, cela a été déjà garanti par la même instance auparavant. Avant de leur assurer la nourriture, ou autre moyen vital, le Croissant-Rouge algérien offre à cette frange de population de la chaleur humaine, sans discrimination, c'est-à-dire sans s’enquérir de leur origine ou leur religion. Selon un rapport annuel établi en matière d’habitation à Tamanrasset, 37 % des prestations en la matière sont assurées à cette population subsaharienne. Le CRA assure aux immigrés africains des soins et des médicaments gratuits. Les femmes enceintes, quant à elles, peuvent bénéficier d’une bonne prise en charge sanitaire pour accoucher dans de meilleures conditions ainsi qu’une excellente assistance après l’accouchement jusqu'à la sortie de l’hôpital avec des trousseaux pour le bébé. Les personnes qui souffrent d’une certaine pathologie et dont les soins manquent à l’hôpital de Tamanrasset sont envoyées par le CRA pour se soigner à l’étranger. A l’occasion de ce mois sacré, et en guise de solidarité, ces derniers peuvent aussi bénéficier en même temps que les réfugiés syriens ainsi que d’autres couches défavorisées de la société les SDF et les démunis et les usagers de la route, d’un iftar collectif organisé à Alger et dans toutes les autres wilayas du pays .

Un statut pour les réfugiés africains est nécessaire pour leur garantir un cadre de vie digne d’un être humain. Quel est votre commentaire ?

Mme  Benhabylès : C’est le bombardement de la Libye par l’Otan qui est à l’origine du drame des réfugiés africains … Aujourd’hui, l’Algérie est le seul pays stable de la région et il a bien accueilli ces Subsahariens et se montre d’une très grande générosité envers eux. Pour ce qui est du statut, ce n’est pas du ressort du Croissant-Rouge algérien. Pour l’heure, le CRA a pour mission prioritaire d’appliquer des programmes de solidarité, prendre des dispositions sécuritaires, d’investir dans l’aspect humanitaire, de garantir les soins nécessaires et apporter des aides sociales.
S.L

*Présidente du Croissant-Rouge algérien (CRA)