Relations sociales délétères, rapports agressifs et méfiance généralisée : Les Algériens et le vivre ensemble

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02Réalité n Chacun essaye de capitaliser à son profit ses rapports aux autres, dans une logique purement mercantiliste et dénuée de toute morale admise.

Un constat simple et facile à faire : en marchant dans la rue, amusez-vous à compter le nombre de visages souriants ou avenants que vous croisez, des deux sexes et de tous âges. Vous seriez surpris, ou pas, du résultat : les Algériens d’aujourd’hui font plutôt grise mine et les visages éclairés par un sourire ou un air jovial ne courent pas les rues.
Pourquoi donc cela en est-il ainsi alors que nos compatriotes peuvent quand même se targuer de posséder un habitat ultra lumineux sur lequel le soleil ne se couche quasiment jamais ? Beaucoup de raisons sûrement à ce paradoxe, et pas des moindres… Les Algériens sourient rarement de nos jours, au propre comme au figuré : le discours commun est franchement sombre, avec un cortège de lamentations interminables ou sont évoquées, pêle-mêle, toutes les turpitudes et toutes les angoisses que leurs existences leur inspirent.
Le pessimisme noir règne dans les esprits et la rue grouillante l’illustre au quotidien. Les rapports sont tendus, viciés, équivoques et, le plus souvent, agressifs.
Chacun essaye de capitaliser à son profit ses rapports aux autres, dans une logique purement mercantiliste et dénuée de toute morale admise. Ce constat se vérifie dans les relations interpersonnelles, voire interfamiliales, où le nombre de gens qui en veulent à d’autres et leur vouent une haine viscérale est nettement supérieur au nombre des gens qui leur veulent du bien.
Cette réalité est largement admise, voire justifiée par nombre de nos concitoyens qui ne trouvent que des raisons supplémentaires de s’en vouloir les uns les autres, pour ne pas dire plus…Pour tenter de démêler cet écheveau serré de mauvais sentiments qui étreint le moral nationale, nous nous sommes approchés de citoyennes et de citoyens représentatifs et leur avons posé la question suivante : «Qu’est-ce qui peut-vous pousser à changer d’avis sur vos compatriotes ?». Les réponses sont quasi identiques et le scepticisme général, personne ne semble croire à une quelconque résurrection de l’optimisme sous nos cieux avant longtemps, voire jamais… Echappées belles.
Hocine Hamid

Un nihilisme à fleur de peau

 Répercussion n En fait, ce qui mine le plus aujourd'hui le ci-devant citoyen algérien, C'est son nihilisme avéré.

Un incommensurable nihilisme qu’il exprime ouvertement et qui l'habite en permanence, hante ses nuits et ses jours et lui fait faire maintes bêtises plus souvent qu'à son tour. A force de désespérer de tout et du reste, l'Algérien est sans nul doute devenu l'un des citoyens les plus réprobateurs du monde, les plus ergoteurs et les plus pessimistes.
Sous des dehors souvent rigoristes et soigneusement entretenus, il cache une personnalité tourmentée et tourmenteuse, passant son temps à spéculer sur n'importe quoi, projetant ses peurs et ses incertitudes sur son entourage et cherchant subrepticement à se gaver de tous les plaisirs qui passent à portée de bouche, tel ce pêcheur acharné qui ramène même du menu fretin pour dire qu'il ne rentre pas bredouille.
La langue de bois est devenue la règle sociale par excellence, parfois poussée au raffinement, notamment par ces matrones oisives et bourrées de fric et de temps libre. Plus personne ne croit aux salamalecs, au point où l'on entend dorénavant des formules surréalistes échangées à toute vitesse, du style "comment vas- tu? Ça va? Hamdoullah !" : la question, la réponse et le commentaire sont assénés d'affilée, tant il est devenu évident que la politesse n'est qu'une corvée qu'on expédie rapidos. La sincérité des sentiments est une denrée rare dans l'Algérie d'aujourd'hui. Persuadés tacitement de l'impossibilité de nouer des relations authentiques entre eux, les citoyens s'adonnent quotidiennement au rituel désincarné des salutations indifférentes, participant ainsi à creuser davantage le fossé entre eux. A l'arrivée, les gens sont complètement "revenus" les uns des autres et c'est la porte ouverte aux crocs-en-jambe de tous acabits, transformant la cité en une arène impitoyable où les coups-bas sont la règle et l'argent le roi.
Dans ces conditions, comment espérer que nos concitoyens puissent se passionner vraiment pour quoi que ce soit et comment est-il possible à quiconque de changer, alors qu'il mène une vie de solitaire ne faisant confiance à personne et ne vivant que pour lui ? Autant de questionnements que nous nous sommes amusés à essaimer autour de nous.
H. H.
«À part ta mère, personne ne t’aime….»
n Tout se passe comme si les Algériens, du moins l’écrasante majorité, sont persuadés que personne ne les aime, ni n’est susceptible de les aimer, quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils disent. Bachir est quadragénaire universitaire de son état et très cultivé, il ne nous sort pas moins un discours pour le moins déstabilisant : «Regardez-les vivre au quotidien, nos compatriotes, vous avez envie de les aimer voire de les estimer ? J’ai beau essayer de faire preuve de mansuétude envers eux, ils s’arrangent toujours pour me faire regretter mes bons sentiments, par leurs réactions agressives, par leurs comportements sauvages et, surtout, par leur incroyable ingratitude...», nous assène-t-il tout de go. Pressé de nous préciser les raisons de son courroux évident envers ses compatriotes, Bachir nous avoue : «Par exemple, et cela vous est sûrement arrivé, amusez-vous à prendre quelqu’un, un ami, en confidence et racontez-lui des choses que vous avez gardées pour vous jusque-là. Vous seriez surpris des conséquences : il est quasiment certain que ce soi-disant ami va transformer vos confidences en un instrument de chantage sur vous. Il va dès lors se donner beaucoup plus d’importance en votre compagnie, se permettre des familiarités inusitées, voire il va même en profiter pour vous demander des services variés et multiples, de l’argent notamment…». Autrement dit, pour Bachir, il ne faut jamais mettre ses amis dans la confidence et appliquer à la lettre le fameux adage : «pour vivre heureux, vivons cachés». Pour lui, on regrette toujours de s’être confié à quelqu’un, fusse-t-il l’un de ses meilleurs amis. Il est persuadé qu’il ne sert à rien de faire confiance à autrui, car ce dernier ne peut pas nous vouloir du bien, au contraire. Mais pourquoi donc cette méfiance excessive, pour ne pas dire radicale ? Bachir se justifie : «Les autres, y compris ses propres frères et sœurs, ne se soucient que de leurs propres vies et donc, ils ne peuvent pas penser à toi vraiment, sauf s’ils ont quelque chose à gagner au change. Pour moi, à part ma maman, même pas mon papa, personne ne m’aime, ni peut m’aimer réellement dans cette vie…»
H. H.