Le trafic de drogue gangrène la jeunesse algérienne : Plongée dans l’enfer banalisé du kif

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02Danger n Aucune classe sociale, de tous âges et des deux sexes, ne semble épargnée par cette gangrène qui attaque la société là où ça fait le plus de dégâts : la tête.  

Un simple regard appuyé et la transaction est enclenchée. Le dealer s'approche du "client" et lui serre la main. Dans la paume de la main tendue du client, un ou plusieurs billets. Le dealer prend l'argent et se dirige vers une porte cochère, un arbre, un recoin et bien d'autres endroits discrets pouvant servir de cachette à des stupéfiants de toutes natures. Le "client" n'a pas à attendre longtemps. Quelques minutes après, le vendeur revient et lui resserre la main, avec cette fois-ci la quantité de drogue, cannabis ou cachet psychotrope, correspondant à la somme payée.
A la prochaine…Ceci n’est évidemment pas le script de début d’un film de gangsters, mais une fidèle description d’une scène devenue amèrement banale et qui se répète chaque jour et partout en Algérie : l’achat de drogue dans la rue, dealer vs consommateur, le duo infernal devenu si visible, si commun et si répandu que presque plus personne ne s’offusque de cette réalité.
La drogue se répand comme une trainée de poudre (blanche) au sein de la société algérienne, toutes les drogues, du cachet bleu à la ligne de cocaïne, du joint de kif à la piquouse d’héroïne, en passant par toutes les autres «saveurs» offertes par la grande pieuvre de «l’internationale des drogues», un marché qui brasse des centaines de milliards de dollars et qui n’épargne aucun pays.
L’Algérie a connu la transition de marché de transit avant 1990, à marché de consommation à partir de 2010. Une transformation qui a touché le rapport à la consommation de la drogue, qui était autrefois confinée à quelques marginaux, artistes et autres cercles privés.
Les seuls qui tiraient grand profit du trafic de drogue sont les bandes mafieuses spécialisées dans le transit par l’Algérie de grandes quantités de kif marocain à destination de l’Europe et des Amériques. L’opinion publique n’évoquait tout simplement pas le sujet, tant l’usage de la drogue était discret et sans aucun effet néfaste pour la société.
Aujourd’hui, cette image d’Epinal n’a plus cours et la scène nationale renvoie de toutes autres images de la situation.
Tous les clignotants sont à l’orange, car la drogue touche désormais les tous jeunes Algériens et, pire, les toutes jeunes filles algériennes. Aucune classe sociale, de tous âges et des deux sexes, ne semble épargnée par cette gangrène qui attaque la société là où ça fait le plus de dégâts : à la tête !  C’est dire s’il y a urgence à durcir sérieusement la lutte contre les circuits de distribution qui semblent avoir atteint des tailles gigantesques, au vu des quantités inépuisables de kif qui inondent les villes et villages du pays. Tant que tous les petits voyous du pays pourront acheter quotidiennement leur kif, cela signifiera que rien de déterminant n’aura été fait pour juguler le fléau, et que donc le statu quo perdure au grand bonheur des trafiquants, bien sûr.
Hocine Hamid

Jeunes scolarisés :
Une augmentation de 40, 90% en 2016

l Le nombre des jeunes scolarisés toxicomanes placés dans des centres de désintoxication a augmenté à 62 en 2016, soit une hausse de 40,90% contre 44 jeunes en 2015, a indiqué à l’Aps, le commissaire principal Rabah Zouaoui, chargé de la communication à la direction de la Sécurité publique relevant de la DGSN. Les 13 cellules d'écoute et d'action préventive relevant de la Sûreté d'Alger ont procédé en 2016 au transfert de 62 jeunes scolarisés (CEM, Lycée et université) vers les centres de désintoxication, contre 44 jeunes en 2015. Ces cellules activant au niveau de 13 circonscriptions administratives ont reçu en 2016, 83 jeunes toxicomanes, âgés entre 13 et 23 ans.
H. H.

Le mal à la racine
Devant cet état de fait, quels sont les recours possibles pour inverser la tendance et réduire quelque peu les effets dévastateurs d'un trafic aussi pervers que celui de la drogue ? Sans doute beaucoup de choses, à commencer par la mise au ban de la société des dealers et des consommateurs de drogue.
En effet, si les citoyens fuyaient tous les gens qu'ils savent "mouillés" dans le milieu de la drogue, nul doute que les concernés en prendraient un coup sur le moral dans un premier temps, avant que la pression sociale ainsi subie, n'en persuade beaucoup de s'assagir ou de  s'en aller ailleurs, dans un second temps. Cette solution, radicale par essence, est bien évidemment difficile à envisager, dans la mesure où il n'existe toujours pas dans notre pays une société civile inter connectée et capable de réagir en masse en cas de besoin. Cette carence se traduisant par une apathie sociale totale, il ne reste comme solution de rechange que la criminalisation accrue du trafic de drogue, de sorte que tous ceux qui se risquent à jouer aux dealers soient exemplairement jugés et condamnés à des peines réellement dissuasives. Avec une répression durcie, ce sont tous ces petits réseaux de quartiers, ces "détaillants" de la drogue qui verraient leurs rangs se rétrécir, ce qui rendrait l'acquisition à bon marché de la drogue quasi impossible.
Ceci aurait l'avantage de rendre moins aisé pour les toxicomanes l'acte d'achat de leur drogue, et ainsi, ils seront plus exposés à être attrapés en flagrant délit, du fait de la raréfaction des sources d'approvisionnement et de la prise de risques plus grands que cela induirait pour eux.
Pour le reste, il reste un énorme travail d’explication et de sensibilisation à conduire d’urgence en direction de la société algérienne,  non pas à coups de chiffres, slogans et autres statistiques, mais avec  des campagnes médiatiques ciblées, multimédias et rigoureuses, qui feront passer le message primordial, le plus urgent : la drogue, ce n’est pas banal et ça fait très très mal.
H. H.
Femmes : le taux de prévalence a atteint 0,68%
n L’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie a organisé un séminaire  portant sur le thème «les femmes usagères de drogues en Algérie». Cet office  spécialisé a conduit une enquête globale nationale pour l’année 2016 qui a montré que le taux de prévalence de l’usage de stupéfiants parmi les femmes et les jeunes filles âgées entre 12 et 65 ans a atteint 0,68%.  La prévalence de l’usage de cannabis et des psychotropes chez les filles scolarisées dans les CEM et lycées, d’après l’enquête scolaire de 2016, a atteint respectivement 0,54% et 0,42%,  est-il encore indiqué. Le séminaire, organisé à l’occasion du 8 mars, la Journée internationale de la femme,  s’inscrit selon ses organisateurs dans le cadre de la mise en œuvre pour l’année 2017 du programme d’action du réseau MedNet de coopération sur les drogues et les addictions en région méditerranéenne, dont l’Algérie est membre fondateur, depuis sa création en 2006 et qui regroupe 12 Etats.
H. H.