Le règne des grands voyous

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Facilité n A Alger, et ce n'est un secret pour personne, la vente et la consommation de drogue se sont si banalisées qu'il suffit que quelqu’un «désire ouvertement» un quelconque stupéfiant, pour être rapidement orienté vers le lieu d’achat, l'adresse du dealer le plus proche autrement dit.

Chaque quartier ou presque, possède ses dealers attitrés, des gens qui ont visiblement beaucoup d’amis qui viennent les voir chaque jour, des types ayant pignon sur rue, tout simplement.
Ces dealers agissent au vu et au su de tous et ne prennent, dans certains quartiers du Centre-ville, même plus la peine de s'entourer de la discrétion de rigueur en pareils trafics : " Au 1er-Mai comme à Meissonier, à Laâqiba comme à Bab El Oued, à El Madania comme à Hydra et presque partout ailleurs à Alger, vous pouvez vous approvisionner en kif sans problème, pour peu que vous soyez introduit par quelqu'un du quartier.
Les dealers sont tranquillement positionnés à leurs endroits de prédilection, attendant les "clients" à toutes heures de la journée et jusqu'à tard dans la nuit.
Le kif se vend facilement à Alger et même si quelques dealers se font arrêter, il y a toujours des doublures prêtes à reprendre le trafic illico presto...", témoigne Mustapha, un citoyen outré par l'ampleur du phénomène dans son quartier, les Groupes HLM du 1er-Mai. Comme lui, ce sont de nombreux honnêtes citoyens qui ne savent plus quel comportement adopter devant ces dealers si sûrs de leur impunité et qui ont transformé tant de quartiers tranquilles d’Alger en lieux de vente de kif et de cachets psychotropes : "Moi, ce qui m'inquiète, c'est l'influence que ces voyous exercent sur les tous jeunes. Avec leurs poches toujours bourrées de liasses d'argent qu'ils dépensent sans compter, ils donnent le mauvais exemple aux enfants de leurs quartiers, pour lesquels ils constituent des espèces de modèles de réussite. Cette mauvaise influence est la pire chose qui menace nos jeunes enfants encore insouciants, mais jusqu’à quand ?", s’indigne Mustapha.
La banalisation du trafic de kif et le diktat de la voyoucratie qui y prospère ont complètement anéanti les rapports sociaux, détruit le bon voisinage et le calme qui régnait jadis dans la capitale. Les quartiers, dont l’éclairage public est souvent volontairement cassé par les dealers, sont devenus lugubres et inquiétants, même en plein jour.
Les honnêtes gens rasent les murs, accablés par le coût de la vie et les soucis familiaux, laissant l’usufruit de la rue aux seuls nervis allumés, les maîtres des lieux. Des dealers connus de tous, affichent ostensiblement leur aisance matérielle, au point de constituer dans certains quartiers défavorisés, de véritables "notables" auxquels doivent de l'argent en permanence des voisins pauvres bougres, simples ouvriers pères de familles nombreuses et incapables de subvenir à leurs besoins.
Devenus par la grâce d'une paupérisation galopante, des personnalités respectées, ces dealers mènent une vie tranquille et sans histoires, parfaitement intégrés au reste de la société.
H. H.

L’Algérie compte 600 000 toxicomanes

n Ce chiffre effrayant a été révélé par Mustapha Khiati,  président de l'Instance nationale de promotion de la santé et de développement de la recherche, lors d'une rencontre sur le phénomène de la drogue organisé à Ain Témouchent le 9 mars dernier. Le recensement de ces 600 000 toxicomanes en 2016 a été effectué par l'Office national de lutte contre la toxicomanie et la drogue.
H. H.

Une société affreusement résignée

Inconscience n Confrontée à cette horrible réalité, la société ne semble pas avoir pris la mesure de l’étendue du fléau qui la menace dans sa substance même.

Les citoyens interpellés avouent leur impuissance, voire leur résignation. " En ce qui me concerne, je suis persuadé que les dealers se sentent protégés par la lâcheté des gens et leur indifférence feinte envers leur sale activité. Tant que leurs voisins et connaissances du quartier continuent à leur dire bonjour, voire à les solliciter pour de petits services, ils se sentiront naturellement acceptés par la société.
Pourquoi voulez-vous dès lors qu'ils ressentent de la gène ou de la culpabilité en se livrant à leur trafic quotidien ? Tout est bien pour eux et rien ne vient les perturber", souligne Rabah, un commerçant de Bélouizdad révolté par la complaisance générale envers les dealers connus de son quartier.
Effectivement, rien ne différencie en apparence les dealers du reste des jeunes du quartier.
Ils se côtoient, blaguent et jouent au foot ou aux dominos ensemble, de sorte que les vendeurs de poison se sentent comme des poissons dans l'eau dans leurs quartiers. Une réalité qui contribue indubitablement à exacerber les effets de ce mal social terrible et qui participe grandement à l'accroissement de la consommation à grande échelle de drogues dans la capitale. Concrètement, la vente de kif bat son plein et cette activité ne semble pas devoir connaître la crise de sitôt. Les consommateurs se recrutant au sein de tous les milieux sociaux, y compris les classes aisées, l'argent est disponible à foison et les dealers peuvent même s'offrir le luxe de choisir leur clientèle en fonction du pouvoir d'achat de chacune d'elles :" un fumeur régulier de kif, c'est-à-dire quelqu'un auquel il faut du cannabis en permanence sur lui,  devra débourser une moyenne de 5000 dinars par semaine pour assouvir son vice.
Or, qui aujourd'hui peut se permettre une moyenne de 20 000  dinars de dépenses par mois pour ça ? Un bon salarié ou un affairiste prospère sûrement, mais pour les autres, tous ces jeunes hommes et femmes, d'où ramènent-ils l'argent ? Il faut le savoir pour contrer ce fléau", remarque Nacer, un agent d'assurances écœuré par l'inconscience de ses concitoyens.
H. H.

Chiffre d’affaires du trafic mondial : 7 700 euros par seconde !

n L’organisme spécialisé «Conso Globe », qui publie des statistiques mondiales en temps réel, indique que le trafic mondial de drogue génère 7 700 euros de chiffre d’affaires par seconde, soit 243 milliards d'euros par an : si les trafiquants de drogues se regroupaient pour former  un pays, leur PIB les classerait au 21e rang mondial, juste derrière la Suède. Malgré la répression, l'ONU estime que seuls 42% de la production mondiale de cocaïne sont saisis (23% de celle d'héroïne).
H. H.