«Je veux protéger ma fille contre la société»

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Peur n L’un des arguments les plus opposés à la mixité, est celui de la sécurité des filles à l’école qui ne peut être garantie que si elles ne sont pas confrontées aux garçons.

Habiba, 57 ans, retraitée de la santé, témoigne : «Ma fille Kamilia est au lycée et je vous avoue que si j’avais eu le choix, je l’aurais inscrite dans un lycée pour filles uniquement.
Lorsque je vais l’attendre devant son lycée, je vois bien comment se comportent les garçons, leur vulgarité, leur violence et leur très mauvaise éducation et cela ne me rassure pas : j’ai peur que ma fille ne subisse les conséquences tout ça et c’est pour cela que je l’emmène et la ramène moi-même chaque jour : je n’ai pas du tout confiance… ».
Pour Habiba, le fait que sa fille étudie avec des garçons dans le même établissement est source d’angoisse, car elle n’a aucune confiance dans les lycéens garçons dont les mœurs barbares choquent sa conscience et ses convictions et suscitent en elle les pires appréhensions.
Sa fille doit être protégée dehors et elle ne la quitte pas d’une semelle, sauf lorsqu’elle entre dans l’enceinte du lycée. Habiba nous en dit plus : «Je sais que certains diront que j’exagère et que nos rues ne sont pas si dangereuses que ça ; mais moi, je pense que si, surtout aux environs du lycée : la présence de jeunes filles, souvent très belles, attire toutes sortes de prédateurs, surtout ceux qui possèdent de très belles voitures… ».
 Il est vrai que des hommes, parfois d’un certain âge, au volant de grosses cylindrées rutilantes, rôdent autour des lycées, en quête d’une jouvencelle trop délurée à emmener en balade privée. Ce sont de grands prédateurs qui n’hésitent pas à détourner d’innocentes adolescentes pour assouvir leurs bas instincts et beaucoup de parents prudents, ceux qui ont de belles jeunes filles surtout, font comme Habiba et s’arrangent pour accompagner leurs filles à l’école.
Toutefois, nous faisons remarquer à Habiba que ces risques sont certes réels mais que cela n’avait rien à voir avec le fait que le lycée de sa fille soit mixte : «Si, il y a un rapport : ma fille est obligée de fréquenter les garçons, ne serait-ce que ceux qui sont en classe avec elle et cela pose déjà problème, car elle ne va apprendre auprès d’eux que de mauvaises choses, c’est ça le problème», nous assène-t-elle avec conviction.
Un argument somme toute recevable, si l’on considère que la majorité des garçons lycéens se comportent effectivement en véritables rustres, par leur parler souvent vulgaire et misogyne, par leurs gestuelles brutales et agressives, et par leur inconscience et leur insouciance débridées.
Par opposition les lycéennes sont majoritairement calmes et douces, bien éduquées et respectueuses, soit l’exact  contraire de leurs camarades garçons.
H. H.

Ce coupable tout désigné

Opinions n Comme on peut le constater autour de soi, la mixité semble diviser les Algériens en deux camps bien distincts.

Il y’a d’un côté les opposants, souvent farouches, et d’un autre  les partisans, moins nombreux statistiquement mais plus convaincus sur la justesse de leur cause.
Ces derniers sont souvent des gens d’un certain niveau qui essayent de donner à leurs filles la meilleure éducation possible, sans sombrer dans la paranoïa mais en veillant à immuniser intellectuellement leurs jeunes filles en les armant d’une bonne culture générale.
Malheureusement, l’Algérie devra sans doute attendre encore avant de voir la majorité de ses citoyens se rendre à l’évidence et comprendre que le monde d’aujourd’hui a complètement dépassé la question des genres, surtout depuis que la femme a pénétré tous les domaines d’activités imaginables, y compris la conquête de l’espace : depuis le 16 juin 1963, jour où la première femme astronaute est allée dans l’espace, la Russe Valentina Terechkova, plus de 57 femmes ont à ce jour participé à une mission spatiale. Un chiffre qui est appelé à augmenter rapidement, comme partout ailleurs et dans toutes les spécialités connues. La femme a donc largement fait la preuve de ses capacités, au moins égales à celles de l’homme, sinon davantage dans certains domaines qui font appel au feeling et à l’instinct.
Dans les pays développés, la femme n’éprouve plus aucun complexe envers son alter ego homme et ce dernier a depuis longtemps intégré cette réalité.
Chez nous, les choses vont beaucoup plus lentement et n’était-ce la volonté manifeste de l’Etat, et ce depuis l’indépendance, de consacrer dans la Loi, les textes réglementaires et la pratique de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes, il est certain que la majorité de nos écoles ne seraient pas mixtes. Un volontarisme politique qui finira par porter ses fruits, car nos enfants, garçons et filles, élevés ensemble depuis la maternelle, se parleront plus et apprendront ainsi à mieux communiquer et à mieux se tolérer : vivre ensemble, quoi…
H. H.