Syrie / Elle a fait un carnage et suscité un tollé d’indignation : Qui est responsable de l’attaque chimique contre Khan Cheikhoun ?

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02Bilan n Le nombre de victimes n'a cessé de s'aggraver au fil des heures : il  s'établissait ce mercredi à 72 morts, dont 20 enfants, selon l'Observatoire syrien  des droits de l'homme (OSDH).  L'OSDH a également fait état de plus de 160 blessés et de "personnes  disparues".

Un raid aérien a frappé hier vers 07H00  (04H00 GMT) Khan Cheikhoun, une petite ville contrôlée par des rebelles et des  jihadistes dans la province d'Idleb dans le nord-ouest de la Syrie.  
Des images du correspondant de l'AFP montrent des corps sans vie sur la  chaussée, d'autres pris de spasmes et de crises de suffocation. Selon des médecins sur place, les symptômes relevés sur les patients sont  similaires à ceux constatés sur des victimes d'une attaque chimique, notamment  avec des pupilles dilatées, des convulsions et de la mousse sortant de la  bouche.
La nature du gaz toxique n'a pas encore été déterminée. Pour de nombreux dirigeants, notamment  occidentaux, c’est le régime de Bachar al-Assad qui est pointé du doigt dans cette attaque  "Toutes les preuves que j'ai vues suggèrent que c'était le régime d'Assad  (...) utilisant des armes illégales en toute connaissance de cause contre son propre peuple", a affirmé le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson.  Le président français François Hollande a évoqué "la responsabilité"  d'Assad dans ce "massacre", tandis que la Maison Blanche a dénoncé un "acte  odieux du régime" de Damas. La coalition nationale, importante composante de l'opposition, a mis en  cause le "régime du criminel Bachar".
Plus prudent, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déploré  ce mercredi que "des crimes de guerres continuent" d'être commis en Syrie. Et  l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a assuré que l'ONU  chercherait à faire "rendre des comptes" aux auteurs de cette attaque.  Une résolution présentée par Washington, Paris et Londres condamnant  l'attaque et appelant à une enquête rapide doit être soumise au vote du Conseil  de sécurité, ce mercredi. L'armée syrienne a démenti "catégoriquement avoir utilisé toute substance  chimique ou toxique à Khan Cheikhoun".   
Ce matin, la Russie, alliée du régime, a affirmé que l'aviation syrienne  avait bombardé la veille près de Khan Cheikhoun un "entrepôt" des rebelles où étaient entreposés des "substances toxiques" destinés à des combattants en Irak.    

«Embraser les fronts»  

l L'ex-branche d'Al-Qaïda et des groupes rebelles ont promis de venger les  dizaines de victimes de l'attaque, demandant à leurs combattants d'"embraser  les fronts".  Cette attaque risque de fragiliser encore plus la trêve en place en Syrie  depuis le 30 décembre 2016 par les parrains des belligérants, la Russie et la  Turquie. Ce cessez-le-feu est violé quotidiennement par les bombardements du  régime sur plusieurs fiefs rebelles et les combats contre les insurgés. L'opposition syrienne a également prévenu que l'attaque remettait en cause  les négociations de paix parrainées par l'ONU à Genève et qui pour le moment  n'ont abouti à rien.    "Si l'ONU est incapable d'empêcher le régime de commettre de tels crimes,  comment faire réussir un processus politique en vue d'une transition (en  Syrie)?", a affirmé à l'AFP Mohammad Sabra, négociateur en chef de l'opposition.  Dans ce contexte, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a  réclamé un "puissant effort" en faveur des pourparlers de paix. "Il faut unir  la communauté internationale derrière ces négociations", a-t-elle plaidé à  l'ouverture d'une conférence internationale sur l'avenir de la Syrie à  Bruxelles.

Armes chimiques
en Syrie

l En août 2013, le régime a été accusé d'avoir utilisé du gaz sarin dans une attaque contre deux secteurs rebelles en périphérie de Damas qui avait fait  plus 1.400 morts, selon Washington.  Le gouvernement a rejeté ces accusations et ratifié en 2013 la Convention  sur l'interdiction des armes chimiques.  La Syrie est censée avoir détruit son arsenal chimique aux termes d'un  accord américano-russe, mais le régime a été suspecté à plusieurs reprises  d'avoir à nouveau utilisé des armes chimiques et mené des attaques au chlore.  En octobre 2016, le Conseil de sécurité avait reçu un rapport concluant que  l'armée syrienne avait mené une attaque à l'arme chimique, sans doute du  chlore, à Qmenas, dans la province d'Idleb, le 16 mars 2015.   Début mars, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a  indiqué enquêter sur huit attaques présumées au gaz toxique commises en Syrie  depuis le début de 2017. Le régime et la Russie ont à maintes reprises accusé des groupes armés  rebelles ou jihadistes d'avoir utilisé des armes chimiques.

Un «crime majeur», selon la Ligue arabe
Le chef de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit a qualifié ce mercredi de "crime majeur" l'attaque chimique présumée.   "Viser et tuer des civils avec ces méthodes interdites est considéré comme un crime majeur et un acte barbare", a affirmé M. Aboul Gheit dans un  communiqué.   Les auteurs de l'attaque "n'échapperont pas à la justice, et doivent être  punis par la communauté internationale selon le droit humanitaire international", a-t-il poursuivi, sans désigner de responsable. L'attaque a provoqué l'indignation de la communauté internationale.   
Réunion du Conseil de sécurité
Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira en urgence ce mercredi pour  examiner les circonstances de cette attaque, qui pourrait être la deuxième "attaque chimique" la plus meurtrière depuis le début du conflit syrien.  
La réunion s'annonce tendue car plusieurs capitales, dont Paris et Londres, mettent directement en cause le régime de Bachar al-Assad.  "Toutes les preuves que j'ai vues suggèrent que c'était le régime d'Assad  (...) utilisant des armes illégales en toute connaissance de cause sur son  propre peuple", a ainsi déclaré le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson. Washington, Paris et Londres ont présenté un projet de résolution devant le Conseil de sécurité condamnant l'attaque et appelant à une enquête complète et rapide de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Le texte demande également au régime, qui a démenti "catégoriquement" les  accusations, de fournir les plans de vol et toute information sur des opérations militaires au moment de l'attaque. Enfin, il menace d'imposer des  sanctions en vertu du chapitre 7 de la charte des Nations unies.