Washington durcit le ton contre Assad

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     

Revirement n La Maison Blanche a dénoncé hier avec fermeté l'attaque chimique meurtrière menée dans le nord-ouest de la Syrie, durcissant soudainement le ton à l'encontre du président Bachar al-Assad qu'elle tient pour responsable de cet "acte odieux".

Cette condamnation s'est cependant accompagnée une nouvelle fois d'un appel  à reconnaître la "réalité politique" en Syrie, illustrant le désarroi du  nouveau locataire de la Maison Blanche face à une guerre qui a déjà fait plus de 320.000 morts.
 "L'attaque chimique perpétrée aujourd'hui en Syrie contre des innocents, y  compris des femmes et des enfants, est répréhensible et ne peut être ignorée  par le monde civilisé", a déclaré le président Donald Trump dans un communiqué  --tardif par rapport aux réactions outrées d'autres capitales.  Son secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a prévenu de son côté que  Bachar al-Assad devait "rendre des comptes" pour les attaques chimiques de son  régime et a exhorté la Russie et l'Iran à mettre au pas leur allié.  "Nous appelons la Russie et l'Iran, une fois encore, à exercer leur  influence sur le régime syrien pour garantir que ce genre d'attaque atroce  n'ait plus jamais lieu", a déclaré le chef de la diplomatie américain.  "Quiconque utilise des armes chimiques pour attaquer son propre peuple  montre un mépris fondamental pour la décence humaine et doit rendre des  comptes", a-t-il ajouté.  
Il y a quelques jours, M. Tillerson avait pourtant affirmé que le sort du président Assad devait être décidé par "le peuple syrien", une approche mise en  avant de longue date par Moscou, qui soutient le régime en place à Damas. M.  Tillerson doit se rendre en Russie la semaine prochaine.
"Il faut choisir ses batailles", avait de son côté déclaré l'ambassadrice  américaine à l'ONU Nikki Haley, jugeant que la priorité de Washington n'était  plus de se concentrer sur le départ d'Assad. Cette attaque aérienne sur Khan Cheikhoun, petite ville de la province  d'Idleb, a fait au moins 58 morts et quelque 170 blessés et a provoqué une  vague d'indignation internationale.
L'armée syrienne a démenti catégoriquement  toute implication. S'il a reconnu qu'il n'existait à ce stade "pas de véritable option pour un  changement de régime", Sean Spicer, porte-parole de M. Trump, a jugé qu'il  serait "dans l'intérêt" des Syriens que Bachar al-Assad ne soit pas au pouvoir.   
"Tout dirigeant qui traite son peuple comme cela, mort et destruction... Je  ne pense pas que qui que ce soit souhaite cela pour un peuple", a-t-il déclaré.

 «Mardi noir»  
 
l Le bilan de l'attaque, qualifiée d'"inhumaine", d'une "cruauté sans  équivalent", voire de "crimes de guerre" par le patron de l'ONU Antonio Guterres, s'élevait mercredi à 72 civils tués, dont 20 enfants, et plus de 160  blessés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).  "Il y a également 17 femmes parmi les victimes et le bilan pourrait encore  augmenter car il y a des personnes disparues", a précisé l'OSDH, qui avait auparavant rapporté un bilan de 58 morts pour ce "mardi noir".  Ces victimes ont été prises de convulsions alors qu'elles se trouvaient  chez elles ou dans la rue lorsque le raid aérien a visé, mardi vers 07H00  (04H00 GMT), Khan Cheikhoun, petite ville de la province rebelle d'Idleb dans  le nord-ouest. Selon des médecins sur place, les symptômes relevés sur les patients sont  similaires à ceux constatés sur des victimes d'une attaque chimique, notamment  avec des pupilles dilatées, des convulsions et de la mousse sortant de la  bouche.  Des vidéos de militants antirégime ont montré des corps pris de spasmes et de crises de suffocation.  L'OSDH a rapporté que des avions de combat avaient "mené au moins cinq  nouvelles frappes sur la ville ce mercredi matin". A la suite de l'attaque, l'hôpital dans lequel les victimes étaient soignées  a été bombardé hier à deux reprises, provoquant d'importantes destructions et  la fuite précipitée de médecins, au milieu des cris et des pleurs.

Damas dément
n Malgré de multiples accusations, le gouvernement syrien a toujours démenti  utiliser des armes chimiques depuis le début en 2011 de la guerre, qui a déjà  fait plus de 320.000 morts. Il a ratifié la Convention sur l'interdiction des armes chimiques en 2013  mais l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a récemment  indiqué enquêter sur plusieurs attaques présumées au gaz toxique commises  depuis le début de l'année.   Principal soutien du régime, l'armée russe a affirmé n'avoir mené aucun  raid aérien dans la zone de Khan Cheikhoun.  Mais pour l'opposition syrienne, il ne fait pas de doute que le régime de  Damas a utilisé des "obus contenant du gaz chimique". Ce "crime horrible"  rappelle l'attaque de l'été 2013 que la communauté internationale avait "laissé  impunie", a-t-elle dénoncé.

Moscou défend Damas
La Russie a volé ce mercredi au secours du régime de Damas. L'armée russe a en effet affirmé ce mercredi que l'aviation syrienne avait bombardé la veille près de Khan Cheikhoun "entrepôt" des rebelles où étaient entreposées des "substances toxiques", au lendemain d'une attaque "chimique" ayant coûté la vie à au moins 72 civils. "Selon les données objectives du contrôle russe de l'espace aérien, l'aviation syrienne a frappé près de Khan Cheikhoun un grand entrepôt  terroriste", a déclaré le ministère russe de la Défense dans un communiqué.  
Il abritait "un atelier de fabrication de mines artisanales, avec des  substances toxiques", a affirmé le ministère, sans préciser si l'aviation  syrienne avait connaissance du contenu de cet entrepôt. "L'arsenal d'armes chimiques" était destiné à des combattants en Irak a  ajouté le ministère, qualifiant ses informations d'"entièrement fiables et objectives". L'utilisation de cet arsenal "par des terroristes a été à plusieurs  reprises prouvé par des organisations internationales ainsi qu'aux autorités  officielles" de l'Irak.  L'armée russe ne précise donc pas si le régime syrien avait connaissance de  la présence d'armes chimiques et surtout pointe de fait la responsabilité des  "terroristes" en les accusant de détenir des armes chimiques.
Au moins 72 civils ont été tués, dont 20 enfants, le corps saisi de convulsions et peinant à respirer sous leurs masques à oxygène, dans un raid  aérien mené sur Khan Cheikhoun, un fief rebelle et jihadiste du nord-ouest  syrien.  L'opposition syrienne a la première accusé le "régime du criminel Bachar"  d'avoir perpétrée cette attaque, avec des "obus" contenant du "gaz toxique", et a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à ouvrir immédiatement une enquête.  Washington, Londres et Paris ont également accusé Damas qui nie et  incrimine les rebelles.