Une vengeance du groupe EI, pour la presse russe

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     

Analyse n La presse russe voyait ce mardi dans l'attentat  de Saint-Pétersbourg un acte de représailles du groupe Etat islamique (EI) à l'intervention de l'armée russe en Syrie, mais s'interrogeait aussi sur un possible durcissement de la politique intérieure du Kremlin.

L’explosion dans l'ancienne capitale impériale "est la réponse de de l'EI  aux succès des armes russes en Syrie (...) visant à minimiser les activités de  la Russie à l'étranger", estime l'analyste Alexeï Moukhine cité par le quotidien Nezavissimaïa Gazeta.  Les terroristes "essayent de changer l'opinion publique sur la campagne  syrienne", ajoute l'expert.
Le groupe jihadiste n'avait pas revendiqué ce mardi l'attentat. Selon des sources du quotidien Izvestia, "les commanditaires et les  exécutants de l'attaque terroriste appartiennent à une cellule de terroristes  (du groupe EI) dormante, connue depuis longtemps en Europe".
Pour ce journal, "les réactions à cet acte terroriste dans le monde font  espérer que la coalition antiterroriste souhaitée par Vladimir Poutine sera  enfin formée". Mais la presse indépendante se montre plus critique sur l'intervention russe en Syrie où Moscou soutient le régime de Bachar el-Assad.  Même si le pouvoir déclare sans cesse que sa politique en Syrie "est bonne  (...), cela ne nous empêche pas de nous interroger pour savoir si celle-ci est  réfléchie et si ses conséquences sont calculées", écrit ainsi le quotidien  libéral Vedomosti.  Pour plusieurs journaux, cet acte terroriste change aussi le contexte  politique intérieur en Russie, où des centaines de partisans de l'opposant Alexeï Navalny ont été interpellés fin mars lors de manifestations  anticorruption.  
La période est d'autant plus sensible qu'une présidentielle doit se tenir  en mars 2018 et que la Russie accueille le Mondial de football l'été suivant.   "Se servir d'un acte terroriste pour procéder à un tour de vis constitue  une tradition nationale", estime l'analyste du quotidien des affaires RBK Abbas  Galiamov. "Sous prétexte de la lutte contre l'extrémisme, du renforcement des  services secrets et du contrôle des réseaux sociaux, le pouvoir peut augmenter sa pression" sur les opposants, juge le journal Vedomosti.

«J'ai suivi les instructions», dit le conducteur
Le conducteur du métro de  Saint-Pétersbourg visé par l’ attentat d’hier,  a affirmé avoir simplement "suivi  les instructions" en sortant le train du tunnel, un geste "héroïque" qui a  sauvé "de nombreuses vies" selon sa hiérarchie.   
"L'explosion venait d'avoir lieu (...) Il y a eu un boom et de la fumée", a  raconté ce mardi Alexandre Kaverine, 50 ans, lors de sa première conférence de  presse.   "J'ai commencé à recevoir des messages incompréhensibles par (l'interphone)  passager-conducteur.
Ils parlaient tous en même temps, dans tous les wagons", a  déclaré le conducteur en uniforme.  "J'ai suivi les instructions", a précisé M. Kaverine, à son poste depuis 15  ans. "J'ai pris la décision de continuer à avancer sans plus tarder (...) j'ai  sorti le train" du tunnel.  C'était "une journée difficile", a-t-il ajouté, en baissant les yeux. Le  conducteur a précisé n'avoir pas pu passer la nuit chez lui avec sa femme et  ses deux enfants en raison du nombre de journalistes qui l'attendaient sur le  pas de sa porte.   En amenant le train jusqu'au quai de la station Tekhnologuitcheski  Institout, le conducteur a permis de sauver "de nombreuses vies", a ensuite  déclaré le directeur du métro de Saint-Pétersbourg, Vladimir Kariouguine.  
"S'il avait fallu sortir les gens du wagon" alors que le train était encore  dans le tunnel, "cela aurait été compliqué", a-t-il assuré, expliquant que,  comme le train était à quai, les secours ont pu porter assistance aux blessés plus rapidement et les évacuer au plus vite.  "Dans des situations d'urgence, les gens deviennent des héros", a affirmé  M. Kariouguine, précisant que le conducteur recevra une médaille pour sa bravoure.

Un kamikaze kirghiz auteur de l'attentat
n Un "kamikaze" originaire du  Kirghizstan est l'auteur de l'attentat qui a fait 14 morts et 45 blessés hier dans le métro de Saint-Pétersbourg, ont affirmé  ce mardi les services de sécurité  de cette ex-république soviétique d'Asie centrale.  "Le kamikaze dans le métro de Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie)  était un ressortissant kirghiz, Akbarjon Djalilov (...), né en 1995", a déclaré  à l'AFP le porte-parole des services de sécurité kirghizes, Rakhat Saoulaïmanov. "Il est probable qu'il a acquis la nationalité russe", a-t-il ajouté.  .  Le Comité d'enquête russe a annoncé peu après avoir ouvert une enquête pour  "acte terroriste", tout en précisant que "toutes les autres pistes" seraient  examinées.