L’industrie automobile et le défi du taux d’intégration : Transfert de technologies ou marché de dupes ?

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02Mue n Pour tous les observateurs de la scène économique nationale, il ne fait aucun doute que le secteur national de l’automobile a connu beaucoup de soubresauts ces dernières années.

Durant quatre ans, entre 2010 et 2014, ce secteur était totalement livré à l’informel, avec une demande qui avait explosé et des concessionnaires qui battaient tous les records d’importation et de vente.
L’année  2012 notamment s’était achevée sur un record historique de 605 000 véhicules importés et une facture d’importation de plus de 8 milliards de dollars. L’Algérie était devenue  le premier marché automobile d’Afrique,  devant l’Afrique du Sud.
Les Algériens achetaient des voitures à la pelle, à telle enseigne qu’une nouvelle race de commerçants, les fameux «revendeurs», a rapidement prospéré en achetant des centaines de voitures avec rabais chez les concessionnaires pour les revendre au prix fort aux clients trop impatients pour attendre leur commande.
A titre de souvenir anecdotique de cette époque pas si éloignée du far West automobile algérien, cette publicité généreusement affichée, en 2013, qui proposait l’achat de deux  «mini trucks» chinois pour le prix d’un ! Des offres imbattables qui renseignent on ne peut mieux sur l’absence totale de respect des normes de tous ces véhicules invraisemblables qui se vendaient pourtant comme des petits pains en Algérie, comme des articles de foire foraine, plus exactement.
Cette réalité a poussé le gouvernement à intervenir énergiquement à partir de 2014, pour imposer de nouvelles règles du jeu.
Et c’est ainsi que le gouvernement impose désormais dans la loi de finances 2014, aux concessionnaires algériens d’investir dans une activité semi-industrielle, industrielle ou en lien direct avec l'industrie automobile, parallèlement à leurs activités de vente de véhicules.
Une mesure qui eut pour effet immédiat la disparition d’une multitude de sous-marques asiatiques, soit toutes celles qui ne faisaient que de la vente dumping : ce fut comme un grand coup de balai qui a nettoyé quelque peu les arcanes d’un secteur transformé en cour des miracles par les affairistes sans scrupules.
Cette opération de salubrité économique et publique a porté ses premiers fruits, puisque le marché national se mettait enfin aux normes, surtout que le tour de vis opéré aux importations sauvages par la loi de finances, allait pousser les responsables des marques étrangères à investir dans le secteur automobile pour ceux qui voulaient continuer à vendre beaucoup de voitures en Algérie.
Ainsi, Volkswagen, via ses sous-marques Skoda et SEAT, annonce fin 2016 le démarrage d’une usine de montage de ses véhicules qui vise la production de pas moins de 500 000 véhicules par an à partir de 2019. Pour sa part, Renault produit déjà depuis 2015 les Symbol et Dacia made in blad.
Il en est à 40 000 véhicules par an avec ses deux modèles phares. Hyundai  a récemment produit la première Santa Fe locale à Tiaret et ses responsables assurent que la marque coréenne compte atteindre les 100 000 véhicules par an à partir de 2018. Peugeot, pourtant l’une des marques traditionnellement leaders en Algérie et depuis toujours, tergiverse encore, rechignant à lancer effectivement la production de ses modèles en Algérie, ce qui risque de lui coûter sa part de marché dominante à l’avenir.
Hocine Hamid

L’opinion publique sceptique

Attente n «Je croyais que toutes ces marques qui se bousculent au portillon Algérie allaient tout ramener ici, y compris leur réseau de sous-traitants qui viendraient produire également chez nous».

Halim, un buraliste de 56 ans, exprime sa méfiance envers cet engouement généralisé : « A ma connaissance, les marques qui sont produites chez nous sont en réalité seulement montées, comme un jeu de lego : le moteur, par exemple, est ramené tel quel, scellé et prêt à rugir.
Ici, on se contente de monter l’habitacle avec des composants également importés, puis on installe le moteur et le tour est joué. Je veux bien que la voiture sort fonctionnelle de l’usine, mais peut-on dire qu’elle a été produite en Algérie ?».
Autrement dit, les Algériens estiment que la façon dont les investisseurs ont entamé leur production en Algérie n’est pas très nette et soulève bien des interrogations au sein de l’opinion publique. On craint que ce soit un énième marché de dupes dont serait victime le pays : à quoi servirait de monter des véhicules en Algérie alors que presque tous leur composants sont importés ? Telle est la question. «Moi, je croyais que toutes ces marques qui se bousculent au portillon Algérie allaient tout ramener ici, y compris leur réseau de sous-traitants qui viendraient produire également chez nous : ainsi, notre pays gagnerait sur toute la ligne et les dizaines de milliers d’emplois que cela créerait suffiraient à notre bonheur. Hélas, ce n’est pas encore ça et je crains que ça ne sera pas pour demain…», assure Halim qui ne croit pas à la bonne foi des constructeurs en la matière.
Sur le terrain, si les marques annoncées sont effectivement en train de s’activer pour produire incessamment leurs premiers modèles algériens, le réseau de sous-traitants n’est toujours pas en place et il risque de se passer beaucoup de temps avant que ça se concrétise. Entre temps, les marques vont commercialiser un grand nombre de véhicules, ce qui est leur objectif premier, bien entendu…  
H. H.