Ils ont beaucoup donné de leur talent, avant de s’éteindre : Ce n’est qu’un au revoir les artistes

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02Départ n Il y a quelques semaines, cheikh Amar Ezzahi nous faisait ses adieux, accompagné à sa dernière demeure par une foule très nombreuse.

Quelques jours avant, les journaux nationaux annonçaient dans les deux langues l'évacuation du cheikh vers un hôpital à l'étranger où il devait avoir toutes les chances d'être remis en forme et peut être même de prendre du service comme on dit. Bien que les choses ne se soient pas déroulées comme tout le monde l’espérait, l'initiative du  ministre de la Culture, M. Mihoubi est à saluer et à féliciter à la fois dans la mesure où elle rendait à un grand artiste ce qu'il a toujours donné, la joie et le bonheur.
En fait le cas de Ezzahi pose un double problème, celui du statut de l'artiste et de l'écrivain d'une manière générale et leur prise en charge sociale.
Jusqu'à l'indépendance, l'artiste était considéré comme un saltimbanque payé  au cachet et ses droits d'auteur ne lui étaient jamais virés.
La plupart de ces hommes et de ces femmes étaient quasiment marginalisés dans la sphère des travailleurs actifs.
Du reste les pouvoirs publics les tenaient pour des travailleurs saisonniers ou si vous préférez pour des travailleurs intermittents.
La filière la plus en vue en matière d'art dans notre pays à l'époque coloniale, et même bien après, était la musique et le chant, la comédie venait  ensuite ainsi que la littérature aussi  bien  d'expression française qu'en langue arabe.
Le théâtre, il faut bien le dire, était la dernière roue de la charrette pour ne pas dire du carrosse. Vivre et faire vivre sa petite famille par le biais de l'art n'était pas une mince affaire, même aujourd'hui. Il fallait avoir un immense talent pour sortir la tête de l'eau et se faire adopter par le public.
Dans les années 50 les disques de Hamada ou plutôt cheikh Hamada (genre sahraoui), Hadj El Anka, de Adda Tiareti et de cheikh Hasnaoui  se sont vendus comme des petits pains. Mohamed Touri aura le même succès plus tard avec des chansonnettes faciles à  composer et faciles à apprendre. La radio d'Alger prendra d'ailleurs le relais en faisant connaître nommément chaque artiste.
Malgré les succès des uns et des autres , aucun filet social ne pouvait leur assurer une retraite paisible et loin des feux de la rampe.
Une fois vidés  comme des citrons, ces hommes et ces familles qui ont passionné leur public et mis du baume au cœur  à des milliers d'algériens qui étaient tout simplement  abandonnés au milieu du chemin et livrés  à leur triste sort.
Imaad Zoheir

Hasnaoui, Meriem Abed et les autres

Eveil n C'est à partir des années 95/96 que les plus hautes autorités du pays prendront à bras-le-corps ce problème et comprendront que les artistes ne sont au fond que des citoyens engagés.
Il y a des artistes qui abandonnent carrément leur carrière et s'installent en France           pour un certain nombre de raisons personnelles comme  cheikh Hasnaoui.
L'inoubliable  interprète de  "B'net sohba"  épousera  à Paris  une pied noir de  la Réunion et sera même enterré dans cette île du bout de l'océan indien.
Meriem Abed disparaîtra des radars de la radio dès 1959  et depuis personne n'en a entendu parler.
Nageant dans le flou et dans le vague  dans leur pays beaucoup de talents ont préféré rejoindre  l'autre rive de la Méditerranée pour laisser éclater leur savoir faire. Hélas les places  sont très chères sous ces climats.
Djemaï Abdelkader, un ancien journaliste d'El Moudjahid a publié à Paris 12 romans, a été nominé pour le prix Goncourt mais il est toujours au même point . Kateb, l'un des nombreux Kateb de la fratrie  des Mustapha Kateb a quitté le théâtre d'Oran e n 1967   pour tenter sa chance à Paris.
Après plus de 25 ans de galère il n 'a réussi  à  avoir  à l'écran que  deux ou         trois petits rôles "l'Arabe" et un rôle insignifiant dans "l'aile ou la cuisse" aux                                    cotés de Louis de Funès.
Filet social insignifiant, retraite hasardeuse, les artistes dans notre pays ont commencé réellement à être réhabilité dès l'instant ou on a créé et donc  institué l'ONDA (l'Office national des droits d'auteur).       
C'est une espèce de tirelire où sont enregistrées toutes les royalties de leurs  œuvres. C'est à partir des années 95/96 que les plus hautes autorités  du pays prendront  à bras le corps ce problème et comprendront que les artistes ne sont au fond que des citoyens engagés.
La mort brutale et dans les conditions que nous connaissons du grand Alloula, assassiné par la horde terroriste, conforteront le Premier ministre de l'époque, Reda Malek dans sa conviction que la peur doit changer de camp.
Malgré son transfert de toute urgence dans un hôpital parisien, Alloula succombera à ses nombreuses blessures.
L'assassinat tout aussi lâche de cheb Hasni feront réagir le sommet de l'état, les partis politiques et le peuple dans une incroyable unisson.
C'est la preuve, s'il en fallait une, que nos artistes peuvent donner au pays plus que leur talent, leur vie.
Et leur vie n'a pas de prix et n'a pas besoin d'un filet social.
I. Z.