Corée du Nord / Le demi-frère du dirigeant assassiné dans des circonstances mystérieuses - Kim Jong-Nam : un «petit» général critique du régime

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02Annonce n  Le fils aîné du  dirigeant défunt Kim Jong-Il et  demi-frère du dirigeant actuel Kim  Jong-Un, en disgrâce, a été assassiné en Malaisie, ont rapporté hier des médias sud-coréens, une chaîne de télévision précisant qu'il a été attaqué avec  des aiguilles empoisonnées à l'aéroport de Kuala Lumpur.

Les autorités de l'aéroport l'ont immédiatement transporté à l'hôpital et  il est mort en route.   Kim Jong-Nam était pressenti comme héritier de la Corée du Nord avant de  tomber en disgrâce et de s'exiler.  Soumis à une pression internationale croissante à propos des programmes  nucléaire et balistique nord-coréen, Kim Jong-Un cherche à renforcer son  emprise sur le pouvoir. Lundi, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné à l'unanimité --y compris  la Chine, principale alliée de Pyongyang--  le tir de missile effectué dimanche  par la Corée du Nord.  
Citant une source gouvernementale à Séoul, l'agence de presse nationale  sud-coréenne Yonhap a rapporté que Kim Jong-Nam avait été tué lundi.   Une autre source citée par Yonhap a assuré que des agents du renseignement  nord-coréen avaient assassiné le transfuge en profitant d'une brèche dans la  sécurité de ce dernier entre ses gardes du corps et la police malaisienne à  l'aéroport.  Selon la télévision sud-coréenne Chosun, Kim Jong-Nam a été empoisonné avec  des aiguilles par deux femmes non identifiées à l'aéroport.
D'après cette  chaîne, qui cite plusieurs sources gouvernementales, les deux femmes ont  ensuite hélé un taxi et se sont enfuies.
Kim Jong-Nam, qui a dirigé le service de contre-espionnage de la police  secrète du régime, entre autres postes stratégiques, a été un temps considéré  comme l'héritier potentiel de son père avant de tomber en disgrâce suite à une  tentative manquée en 2001 d'entrer au Japon avec un passeport falsifié pour  visiter Disneyland.  Depuis, il a quasiment vécu en exil, principalement dans le territoire  chinois de Macao. Son demi-frère cadet Kim Jong-Un est devenu le dirigeant de la Corée du  Nord à la mort de leur père en décembre 2011.  Kim Jong-Nam, connu comme un partisan des réformes en Corée du Nord, avait  déclaré à un journal japonais s'opposer au mode de succession dynastique du  pouvoir.
Il était réputé proche de son oncle Jang Song-Thaek, qui fut le numéro deux  officieux du régime nord-coréen et le mentor politique du dirigeant actuel.  
Kim Jong-Nam avait déjà été visé dans le passé. En octobre 2012, le parquet  sud-coréen avait indiqué qu'un Nord-coréen appréhendé comme espion avait  reconnu son implication dans une mise en scène d'accident de la route en Chine  en 2010 visant Kim Jong-Nam. En 2014, il a été vu en Indonésie, dans un restaurant italien dirigé par un  homme d'affaires japonais à Jakarta. Selon les informations circulant à  l'époque, il vivait entre Singapour, l'Indonésie, la Malaisie et la France.

Visiter Disneyland
Kim Jong-Nam fut un temps pressenti comme l'héritier du régime de  Pyongyang. Mais il était tombé en disgrâce après une bourde monumentale en 2001 quand  il avait été arrêté à l'aéroport de Tokyo avec un passeport falsifié de la  République dominicaine.
Il aurait alors affirmé qu'il voulait visiter  Disneyland.  Après cette mésaventure, Kim Jong-Nam avait vécu de fait en exil avec sa  famille, à Macao, Singapour ou en Chine. Il se disait qu'il se rendait souvent  à Bangkok, à Moscou et en Europe.  
Vers la fin du règne de son père, il s'était montré critique quant à la  succession dynastique à la tête du régime nord-coréen.
Il avait en outre émis  de sérieux doutes quant aux capacités de son demi-frère quand celui-ci avait  pris le pouvoir fin 2011.  Les annonces de purges, d'exécutions et de disparitions --certaines étant  confirmées, d'autres non-- sont depuis lors fréquentes. "S'il est confirmé, le meurtre de Kim Jong-Nam serait un exemple qui  démontrerait la brutalité et la nature inhumaine du régime nord-coréen", a dit  le président sud-coréen par intérim Hwang Kyo-Ahn, selon son porte-parole.  Pyongyang a à son actif une longue liste d'assassinats depuis 1968.   

Fauché, il avait été expulsé d’un hôtel

l En 2012, l'hebdomadaire moscovite Argumenty i Fakty avait rapporté qu'il  avait des difficultés financières après s'être vu couper les vivres par  Pyongyang suite à ses critiques du mode de succession.  Selon cet hebdomadaire, il aurait été expulsé d'un hôtel de luxe à Macao  avec des dettes de 15.000 dollars. La Corée du Sud avait alerté l'an dernier sur de possibles tentatives  d'assassinat nord-coréennes sur son territoire. Séoul citait d'anciennes  tentatives visant le transfuge Hwang Jang-Yop, idéologue en chef du régime  nord-coréen et ancien tuteur de Kim Jong-Il, réfugié à Séoul en 1997 et mort de  causes naturelles en 2010. Eduqué en Suisse, polyglotte, Kim Jong-Nam était né de l'union de son père  avec Sung Hae-rim, une actrice née en Corée du Sud et morte à Moscou.

Autopsie pour élucider le meurtre
n Une autopsie devrait être pratiquée  ce mercredi sur le corps du demi-frère en disgrâce du dirigeant nord-coréen Kim  Jong-Un, mystérieusement assassiné à l'aéroport de Kuala Lumpur avec une  méthode évoquant celles de la Guerre froide.  Certains médias ont évoqué des aiguilles empoisonnées, d'autres parlent  d'un liquide lancé au visage de la victime.  Ce meurtre, à quelques jours des célébrations en Corée du Nord de la  naissance de Kim Jong-Il, a été présenté par Séoul comme une preuve de "la  brutalité et la nature inhumaine" du régime de Pyongyang.  De son côté, la police malaisienne examine notamment les enregistrements de  vidéo-surveillance pour comprendre ce qui s'est passé lundi matin à l'aéroport.  "Il a dit à l'accueil du hall des départs que quelqu'un l'avait attrapé par  derrière au visage et l'avait aspergé d'un liquide", a déclaré le chef de la  police criminelle de l'Etat de Selangor, selon le journal  malaisien The Star.  "Il a demandé de l'aide et a immédiatement été envoyé à la clinique de  l'aéroport. A ce moment-là, il disait souffrir de maux de tête et semblait sur  le point de s'évanouir", a-t-il dit.   "A la clinique, il a été victime d'une crise cardiaque. Il a été placé dans  une ambulance et était en route vers l'hôpital de Putrajaya quand son décès a  été prononcé".

Qui l’a empoisonné ? Et pourquoi ?

Portrait n  Surnommé "Le petit général", Kim Jong-Nam  fut un temps pressenti comme l'héritier de la Corée du Nord.

Mais un faux-pas  monumental le condamna à un exil de fait, d'où il multiplia les critiques  contre le régime de Pyongyang.   Né de l'union de son père avec Sung Hae-rim, une actrice née en Corée du  Sud et morte à Moscou, Kim Jong-Nam avait étudié en Suisse et en Russie, et  parlait plusieurs langues, dont le japonais.
Présenté comme un passionné d'ordinateurs, il était après ses études rentré  à Pyongyang, où il avait été propulsé à la tête de la stratégie de  développement informatique du régime nord-coréen.  Mais avant même sa disgrâce, l'aîné joufflu des Kim était considéré par les  services sud-coréens comme un poids plume de la politique nord-coréenne,  n'ayant pas l'étoffe d'un dirigeant.  "On le surnomme le Petit général seulement parce qu'il est le fils du Cher  Général, le leader", disait-on à Séoul au début des années 2000.  
C'est par une aventure rocambolesque et peu en phase avec les talents de  son père pour les opérations secrètes qu'il se fait connaître en 2001.  Il est arrêté à l'aéroport de Tokyo muni d'un faux passeport dominicain  avec deux femmes et un enfant.
Il aurait alors déclaré aux autorités qu'il  voulait visiter Tokyo Disneyland. Après cette mésaventure, Kim Jong-Nam vit de fait en exil avec sa famille,  à Macao, Singapour ou en Chine. Il se dit qu'il se rend souvent à Bangkok, à  Moscou et en Europe.  Et c'est son demi-frère Jong-Un qui hérite du pouvoir à la mort de leur  père en décembre 2011.  
Mais avant même cette succession, il affirme que le pouvoir ne l'intéresse  pas et se dit en octobre 2010 "opposé à la transmission héréditaire à une  troisième génération de la famille", dans un entretien en coréen à la chaîne  japonaise Asahi TV.
Il enfonce le clou en janvier 2011 en affirmant à un journal japonais que  son père était également opposé à cette transmission héréditaire, mais a  désigné son cadet comme successeur "afin de stabiliser le pays".  "Il n'y a pas eu de succession par hérédité même pour le président chinois  Mao Tsé-toung", rappelle-t-il. "Cela ne correspond pas au socialisme et mon  père était contre."
Un an plus tard, il émet des doutes sur les capacités de son jeune frère.  "Je me demande comment un jeune héritier avec seulement deux années (de  préparation à la succession) peut être capable d'assumer (...) le pouvoir  absolu", dit-il dans un courriel au Tokyo Shimbun.  "Il est probable que les élites actuellement au pouvoir vont succéder à mon  père en exhibant son jeune successeur comme symbole."  Quelques jours plus tard, sort l'essai "Mon père Kim Jong-Il et moi", écrit  par des journalistes japonais sur la base d'échanges avec Kim Jong-Nam.

Pyongyang sur le banc des accusés
n De l'avis de chercheurs dans un groupe de  réflexion à Séoul, il est "impensable" que le meurtre ait été commis sans un  ordre direct de Kim Jong-Un.  Cet assassinat, ont-il s estimé, a probablement été motivé par de récentes  informations selon lesquelles Kim Jong-Nam aurait cherché depuis 2012 à faire  défection aux Etats-Unis, en Union européenne ou en Corée du Sud.  A Pyongyang, les célébrations ont débuté en prévision de l'anniversaire  jeudi de la naissance de Kim Jong-Il, mais sans que personne ne mentionne la  fin tragique de son fils aîné.  Près de 3.000 fonctionnaires en uniforme et femmes en robes traditionnelles  se sont notamment rassemblés pour un spectacle de patinage artistique.    "Paix", "Indépendance", "Amitié", pouvait-on lire sur des bannières  suspendues autour de la patinoire.

Il implorait son frère de l'épargner
l Le demi-frère de Kim Jong-Un, assassiné  lundi, avait en 2012 imploré le dirigeant nord-coréen de l'épargner, lui et sa  famille, après avoir survécu à une tentative de meurtre, ont affirmé ce  mercredi  des députés sud-coréens.  En sa qualité d'aîné, Kim Jong-Nam fut un temps présumé être l'héritier du régime  nord-coréen. Mais il tomba en disgrâce au début des années 2000, après son  arrestation rocambolesque à l'aéroport de Tokyo, où il était entré avec un faux  passeport.
Il avait alors dit vouloir visiter Disneyland.  Il a depuis lors vécu un exil de fait, et son demi-frère Kim Jong-Un a pris  la tête du régime à la mort de leur père en décembre 2011. En 2012, des agents du Nord tentèrent d'assassiner Kim Jong-Nam, qui  passait pour un défenseur des réformes au Nord, ont raconté ce  mercredi à la  presse des parlementaires sud-coréens après une réunion à huis clos avec le  patron des renseignements sud-coréens (NIS) Lee Byung-Ho. "Selon (Lee), il a été victime d'une tentative d'assassinat en 2012 et  Jong-Nam a envoyé en avril 2012 une lettre à Jong-Un lui écrivant: +s'il te  plaît épargne moi et ma famille+", a déclaré aux journalistes  un membre de la commission des renseignements du Parlement.  "Il lui disait aussi: +Nous n'avons nulle part où aller, (...) nous savons  que la seule issue est le suicide+", a-t-il ajouté en expliquant que Jong-Nam  avait peu de soutiens en Corée du Nord et qu'il ne constituait pas une menace  pour son demi-frère.  
La famille du défunt -ses épouses actuelle et passée et ses trois enfants-  vivent actuellement à Pékin et Macao, selon un autre membre de la commission.  "Ils sont sous la protection des autorités chinoises", a-t-il dit, en  ajoutant que Jong-Nam était entré en Malaisie le 6 février. Perçu comme un partisan de réformes dans son pays, Kim Jong-Nam, 45 ans,  s'était montré critique face au mode de succession dynastique, et il vivait de  facto en exil.   Il s'agit du plus haut dignitaire assassiné sous le règne de Kim Jong-Un  depuis l'exécution en décembre 2013 de l'oncle du jeune leader nord-coréen,  Jang Song-Thaek, un temps numéro deux officieux du régime.  Son fils Kim Han-Sol avait en 2012 qualifié son oncle Kim Jong-Un de  "dictateur" dans un entretien à la télévision finlandaise, alors qu'il étudiait  en Bosnie.