A Beni Ouanif et Béchar

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     

Trajet n On s’approche des frontières du Maroc. C’est la commune de Beni Ouanif, distante de 160 km du chef-lieu de la wilaya de Béchar.

Les 7 enfants d’Omar, dit Ahmed, décédé il y a 4 ans d’un arrêt cardiaque, sont en deuil de leur grand-mère maternelle qui s’occupait d’eux et qui vient de décéder.
Leur oncle paternel Boubekeur nous dit que les enfants ont besoin d’une prise en charge car il ne peut subvenir à tous leurs besoins. «Je souhaite que le chef de la daira tienne sa promesse concernant le logement social» espère-t-il. Les enfants se précipitent vers le salon pour voir leurs cadeaux offerts par l’association de Blida.
Rokaya passe son bac cette année. Cheima nous rappelle qu’elle était toujours triste pour la perte de sa grand-mère fille d’un chahid. Kawthar est en 3e année moyenne. Elle veut aider les orphelins quand elle grandira. Cheima, quant à elle, veut devenir professeur de mathématiques. Dounia souffre d’une scoliose.
Elle a besoin d’une prise en charge. Dounia rend hommage à son défunt grand-père Moudjahid Grari Djillali Fardjallah décédé en 2006. «Je veux être forte comme lui. C’est le 1er qui leva le drapeau national à Beni Ouanif. J’aime mon pays, mon drapeau. Je souhaite voir la Palestine indépendante» souligne-t-elle. En pleurs, elle évoque son père. «Il me manque tant. On regardait les matchs avec lui. Grâce à lui on connaît tous les footballeurs de l’équipe nationale. Feghouli est mon idole. On révisait ensemble aussi» reprend-elle. Le président de l’association locale Kafil El Yatim, Tayeb Hachlef, recense plus de 60 familles d’orphelins ici. «Nous n’avons pas beaucoup de bienfaiteurs et de donateurs.
On compte sur l’aide de l’association nationale et celle de Blida en plus de Rafik el yatim et Djazair el khir locales». Il nous a informés que le manque de spécialistes pénalise les patients,  dont les orphelins. Ils doivent se déplacer vers d’autres localités.  On prend la route de Béchar à plus de 160 km de Beni Ouanif et on arrive au quartier «Debdaba» à proximité du centre-ville où se trouve le siège de l’association de wilaya, le point de rencontre des veuves et des orphelins. Ce bureau compte 7 sections réparties sur Oued Saoura, Beni Ouanif, Kerzaz et autres. La femme veuve productive est prise en charge en matière d’outils de travail dont des machines à coudre selon lui.
Le président du bureau de Kenadssa, Bousmaha Bedrani, recense une quarantaine de familles d’orphelins. Elles sont sans ressources et nombre d’entre elles sans domicile décent. Nous avons rencontré des veuves. Fatima est volontaire au même titre que son fils Mohamed. Un trisomique âgé de 16 ans. «J’ai une demi-retraite de 11 000 DA. Mais cela ne couvre pas les frais de mon loyer OPGI et les besoins de mes 2 enfants.
L’association nous aide beaucoup». Mohamed, quant à lui, se dit content d’aider ses amis orphelins. «Je suis jardinier et je veux aider ma mère» nous a-t-il lancé.
S. L.

Affamé, il s’évanouit en classe
En larmes, le président de l’association de wilaya de Béchar, Mohamed Sebki, enseignant invalide, se rappelle de son élève orphelin âgé de 12 ans et qui s’était évanoui dans sa classe. «Le médecin nous a rapporté que l’enfant lui avait révélé qu’il n’avait pas mangé pendant 2 jours» nous dit-il en sanglots. Ce père de 6 enfants nous a  fait état de plus de 800 orphelins recensés au niveau de la Daira. Le recensement est en cours pour avoir le nombre global de wilaya. Sebki nous a évoqué des contraintes dont l’absence de sièges pour la collecte des dons et le manque de bienfaiteurs. «Nous avons un problème pour subvenir aux besoins de toutes les familles notamment au niveau des communes et des Ksour de Oued Saoura. Ces familles souffrent  des très dures conditions de vie (éducation, prise en charge psychologique...)».
S. L.

El Bayadh : le nombre de cancéreux en hausse

Halte n Il est 23h et il fait un froid glacial. On arrive chez la famille Abès Nouredine, le président de l’association locale de Kafil El Yatim.

Nous sommes chaleureusement accueillis par la famille même avec ce froid et l’heure tardive. Nouredine nous fait part de son inquiétude par rapport à la prise en charge des orphelins ainsi que le nombre croissant de cancéreux. «C’est un phénomène chez nous. Nous avons plusieurs types de cancers dont les cancers du sein et la leucémie (cancer du sang). C’est peut être lié au couloir de Oued Namouss et Reggane.
Sans parler des victimes quotidiennes des accidents. Les personnes décédées sont généralement démunies. Leurs enfants ont toujours faim et froid» a-t-il indiqué. L’association, selon son président, prend en charge les cours de soutien des orphelins. Selon lui, c’est grâce à l’un des membres de notre association actuellement membre dans la commission du logement que plus de 62 familles d’orphelins ont pu bénéficier de logements sociaux avec l’aide aussi du wali de la wilaya. «Les dossiers au nom des maris décédés sont automatiquement mis au nom de leurs veuves sans pour autant leur demander de refaire de nouveaux dossiers» a-t-il expliqué. D’autre part, d’autres veuves ne dépendent plus des dons. «Elles ont été formées et sont devenues productives. On les aide à écouler leurs produits dont les gâteaux et l’artisanat» a-t-il repris. Le lendemain, on est convié pour un couscous local chez la Moudjahida el hadj Zahom la mère de Chikhaoui, membre actif de l’association. Le domicile se trouve à Hay les frères Hasni à proximité des limites du barrage vert devenu gris à cause du béton.
On reprend le chemin de Bousemghoune vers 15h, à plus de 40 km du chef-lieu de  la wilaya d’El Bayadh,  vers un quartier populaire Abane Ramdane,  vide à cause du froid. On entre dans un grand garage. Une jeune mal-voyante, Yamina âgée, selon elle, entre 32 à 34 ans est assise en face du chauffage à gaz butane avec sa belle-sœur et son enfant en bas âge.
Elle ne cesse de nous souhaiter la bienvenue affichant un sourire sur son visage pâle et triste. «Je dors ici avec mon plus jeune fils âgé de 16 ans» nous dit-elle. Le domicile est dépourvu de portes et de fenêtres. «Nous n’avons pas les moyens de l’aménager. On vit de l’aumône des autres et des dons de l’association locale». Yamina a été opérée des yeux, il y a quelque temps à Tlemcen. Elle a perdu un œil suite à une hypertension au niveau des yeux. «Je n’ai pas pu me faire suivre par un spécialiste car je n’ai pas les moyens pour me déplacer ni les frais du médecin».
Yamina nous guide vers la chambre de son père malade âgé de 73 ans. Les murs en parpaing non couverts avec du ciment avec une fenêtre grande ouverte et juste un matelas à même le sol, une couverture légère et un coussin.
Interrogée sur l’aide des autorités locales, la jeune dame nous répond spontanément : « El baladiya msakine (pauvre commune), ils n’ont pas les moyens». A la sortie, un vieux emmitouflé dans sa kachabia nous interpelle. «Venez nous aider moi et ma fille veuve. Nous n’avons pas quoi manger» nous conjure-t-il.
S. L.

Master en génie biomédical, elle tient la caisse d’une douche
On termine notre tournée à Bousemghoune par la visite de la jeune Asmaa qui vient de faire ses 24 ans. Son père est décédé des suites d’un cancer de l’estomac. Une année plus tard, c’est au tour de sa mère de succomber au cancer du sang (leucémie). 3 de ses sœurs sont mariées. Elle s’est retrouvée responsable de ses 4 jeunes frères. «El hamdou Lillah, nous avons une maison. On vit de l’aide de proches et d’amis. Mais je suis gênée. Je veux trouver un travail pour ne plus être moi et mes frères une charge» nous dit cette  jeune fille détenant un Master en génie biomédical. «Je dépanne dans la douche publique de ma sœur comme caissière. Mon frère âgé de 22 ans vient de commencer à travailler pour m’aider». Et d’ajouter : «Je m’inquiète surtout pour le plus jeune frère âgé de 13 ans».
 S. .L

La «bourse» vestimentaire

l Dans un autre quartier, un jeune nous prévient de prime abord que personne n’était à la maison sauf les enfants de sa sœur veuve. Il nous a invités à entrer les voir. On trouve 3 enfants dans la cour de la maison. Ils nous ont guidés vers la cuisine, leur lieu de réchauffement au moyen d’une «tabouna». Un grand drap rempli de vêtements est accroché sous forme de bourse au mur pour remplacer l’armoire. Le jeune qui nous a fait entrer nous invite à pénétrer dans  une autre chambre à côté. Sa sœur et sa mère s’y étaient réfugiées pour se cacher et nous éviter. «Désolée, nous ne pouvons vous accueillir. Nous sommes très réservés ici. En plus, nous ne sommes pas bien habillées et n’avons pas quoi vous offrir» nous a lancé la mère de famille, visiblement très gênée. Sa fille veuve vit avec elle après avoir perdu son mari il y a 6 ans. Elle a 4 enfants en bas âge. «On reçoit une pension de 3 360 DA moi et ma mère. Je n’arrive pas à subvenir aux besoins de ma famille» nous dit-elle. La maman l’interrompt pour enchaîner : «Nous souffrons beaucoup. Ma fille n’a aucune ressource».
S. L.

Première étape

Départ n 10h00 du matin : après un bref briefing au niveau du siège de l’Association Kafil el Yatim sise à Beni Mered (Blida), la caravane se met en branle.

On prend la direction du point de rencontre avec les 5 grands camions remplis entre autres de denrées alimentaires, de chaises roulantes, de couettes et de radiateurs au niveau de l’autoroute Est-Ouest. Un  grand bus et un mini bus transportant les bénévoles, les journalistes, 2 femmes responsables de sections dont une veuve avec son fils et une   dizaine  de cadres de l’association et son président. 10h45 : On prend l’autoroute Est-Ouest pour atteindre la wilaya de Sidi Bel Abbès, premier point vers 16h. La délégation est accueillie par le président de l’association Kafil el Yatim locale présidée par  Tayeb Benar, ancien wali.
A la  retraite depuis quelques années, il se consacre aujourd’hui aux orphelins. «J’ai fait mon choix. Chaque fois que je suis devant un orphelin j’ai les larmes aux yeux» nous a-t-il révélé.
Cet ex-responsable a occupé le poste de wali dans plusieurs wilayas dont Bordj Bou Arreridj et Relizane, avant de présider l’APW de Sidi Bel  Abbès pour un mandat. Il nous a fait état de 438 familles et 2 748 orphelins. «Ils sont pris en charge pour ce qui est des denrées mensuelles, des cours de soutien au profit des élèves en classe d’examen grâce à un conventionnement avec une école privée. Après un repas composé d’une  bonne h’rira aux épices et un plat d’olive, une cérémonie a été organisée au niveau de la Munatec en présence du président de l’association nationale  Kafil el Yatim Rabah Arbaoui. «Les orphelins ont besoin d’affection et d’aide. C’est un devoir» a-t-il indiqué. Son association compte à son actif près de 250 000 orphelins recensés et répartis sur les 700 bureaux de communes. On quitte Sidi Bel Abbès vers 18h30 en direction du 2e point, la wilaya de Saida. On arrive vers 20h 30. La température affichait 13°. Un froid plus ou moins supportable.
D’une grande hospitalité, les membres de l’association locale de kafil el Yatim nous accueille au lieu- dit «El Hadjra Touila» dans une salle de fêtes. Nous avons été conviés au diner en présence d’hommes et femmes de la ville dont des cadres.
Les 2 veuves qui ont accepté de nous parler sont venues accompagnées de leurs enfants. «Je vis l’enfer. J’habite un taudis. J’ai besoin d’un foyer décent pour moi et mes enfants» nous dit l’une d’elles. La 2e veuve âgée de 27 ans se dit perdue et n’arrive pas à subvenir aux besoins de ses 2 enfants. Sur une autre table, 5 femmes cadres de la wilaya ont partagé ces moments avec nous.
Il s’agit de Zohra Dahane déléguée de la sécurité sociale qui parle au nom du parcours du combattant des jeunes chômeurs et handicapés de sa wilaya, Keltoum Derar directrice d’une école et qui dit que sa wilaya est oubliée et Meriem Saidi fille du martyr Abdelbaki et qui se dit révoltée selon elle contre le régionalisme à Saida. Chacune insistait pour nous inviter chez elle. L’une d’elles s’est portée volontaire en offrant les clés de son garage afin qu’il soit utilisé comme siège pour l’association Kafil El Yatim.
Souad Labri
On se trompe sur nos jeunes
Un grand nombre de jeunes bénévoles, dont des orphelins, ont décidé d’aider leur association. «On se trompe souvent sur eux, en les jugeant sur  le gel sur les cheveux et leurs jeans déchirés. Mais ils se portent volontaires et aident autrui» se félicite l’enseignant universitaire Adel  Tarek. «Nous sommes mobilisés afin d’intervenir à tout moment» nous dit le jeune Mohamed.
Le groupe de bénévoles comptait à son actif une majorité de jeunes et adolescents dont des orphelins. Ils se sont donnés à fond pour accomplir leur mission. Celle de donner et rendre le sourire aux orphelins et à leurs mamans. Mohamed Djidji est âgé de 27 ans. Il dit qu’il a pu accéder à la culture du bénévolat depuis son enfance grâce au groupe «Radjaa» des Scouts algériens de Soumaa.
Il est volontaire avec Kafil El Yatim depuis 2 ans. Il est pharmacien et active au sein de l’association. «J’ai le volontariat dans le sang. C’est devenu un principe dans ma vie. J’ai grandi en tant que volontaire et je mourrai en tant que tel. Ma future famille devra être comme moi.
Mes enfants sont aussi sur la lignée de mes parents». «C’est une jeunesse pleine d’éducation, exemplaire dans les actes, disciplinée et volontaire ayant le sens de responsabilité et de solidarité. Je les envie car à leur âge je n’avais pas la même vision ni encore la même opportunité. Cette jeunesse est capable d’embellir l’image de notre pays et de le protéger de toute manœuvre des ennemis qui nous guettent» témoigne Abdelkader Bellache, encadreur bénévole, proviseur dans un lycée à Meftah.
S. L.

Un don de 10 DA
Intervenant lors du forum de l’association des journalistes de la wilaya de Blida quelques jours avant le démarrage de la caravane, le président de l’association Kafil El Yatim de la wilaya de Blida, Ali Chaouati a indiqué que cette action est sous le patronage du wali de Blida. Elle s’inscrit dans le cadre des actions de solidarité en collaboration avec des associations locales au Sud. «La situation de l’orphelin et de la veuve du Sud diffère de loin de celle du nord du pays. Nous devons regarder cette frange de la société et ne pas l’oublier» a-t-il souligné. Sur la nature de l’aide, Chaouati a indiqué qu’elle concerne des produits alimentaires, des couvertures et des habits. «Le peuple algérien a toujours été solidaire. Nous avons des bienfaiteurs de Blida et d’autres régions du pays. On nous aide avec des moyens financiers et matériels». Le plus jeune donateur selon l’intervenant a été un petit garçon. Il a offert 10 DA. «Ce geste est très important pour nous, aussi important que celui qui nous donne une parcelle de terrain» a-t-il repris. La culture de solidarité ne devrait pas, selon lui, être conjoncturelle. «Elle doit se faire à longueur d’année. Il faut investir sur les jeunes et les enfants».
S. L.