Au coin de la cheminée : La chatte blanche

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Résumé de la 28e partie n Répondant à l’appel d’au secours de la jeune princesse, le roi grimpe l’échelle à corde jusqu’à la fenêtre de sa chambre.


Sa vue me donna tant de joie, que j’en oubliais le péril où nous étions. Il renouvela tous ses serments et me conjura de ne point différer de le recevoir pour mon époux. Nous prîmes Perroquet et Toutou pour témoins de notre mariage. Jamais noces ne se sont faites, entre des personnes si élevées, avec moins d’éclat et de bruit, et jamais cœurs n’ont été plus contents que les nôtres.
Le jour n’était pas encore venu quand le roi me quitta. Je lui racontai l’épouvantable dessein des fées, de me marier au petit Migonnet ; je lui dépeignis sa figure, dont il eut autant d’horreur que moi. À peine fut-il parti que les heures me semblèrent aussi longues que des années. Je courus à la fenêtre, je le suivis des yeux malgré l’obscurité ; mais quel fut mon étonnement de voir en l’air un chariot de feu traîné par des salamandres ailées qui faisaient une telle diligence que l’œil pouvait à peine les suivre ! Ce chariot était accompagné de plusieurs gardes
montés sur des autruches. Je n’eus pas assez de loisir pour bien considérer le magot qui traversait ainsi les airs, mais je crus aisément que c’était une fée ou un enchanteur.
Peu après, la fée Violente entra dans ma chambre :
– Je t’apporte de bonnes nouvelles, me dit- elle ; ton amant est arrivé depuis quelques heures, prépare-toi à le recevoir. Voici des habits et des pierreries.
– Eh ! qui vous a dit, m’écriai-je, que je voulais être mariée ? ce n’est point du tout mon intention; renvoyez le roi Migonnet. Je n’en mettrai pas une épingle de plus. Qu’il me trouve belle ou laide, je ne suis point pour lui.
– Ouais, ouais, dit la fée encore ; quelle petite révoltée ! quelle tête sans cervelle ! je n’entends pas raillerie et je te...
– Que me ferez-vous ? répliquai-je, toute rouge des noms qu’elle m’avait donnés. Peut-on être plus tristement nourrie que je le suis, dans une tour avec un perroquet et un chien ; voyant tous les jours plusieurs fois l’horrible figure d’un dragon épouvantable ?
– Ah ! petite ingrate, dit la fée, méritais-tu tant de soins et de peines ? Je ne l’ai que trop dit à mes sœurs que nous en aurions une triste récompense.
Elle alla les trouver, et leur raconta notre différend ; elles restèrent aussi surprises les unes que les autres.
Perroquet et Toutou me firent de grandes remontrances, que si je faisais davantage la mutine, ils prévoyaient qu’il m’en arriverait des cuisants déplaisirs. Je me sentais si fière de posséder le cœur d’un grand roi que je méprisais les fées et les conseils de mes pauvres petits camarades. Je ne m’habillai point et j’affectai de me coiffer de travers, afin que Migonnet me trouvât désagréable.
A suivre
Marie Catherine, comtesse d’Aulnoy