Suspense : Anna  et les serpents

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Résumé de la 2e partie - Anna avait vu des enfants de cinq ou six ans avec des serpents qui se tortillaient dans leurs petites mains blanches.


Après quoi, elle s'approcha d'une femme qui portait une robe de calicot toute rapiécée :
— Excusez-moi, madame, dit-elle, il faut que jepasse.
Elle posa la main sur l'épaule de la femme et la poussa pour se joindre au cercle.
Anna put alors voir ce qui se trouvait sur le sol.
Une très jolie jeune femme gisait, les mains croisées sur la poitrine, comme si elle avait été dans uncercueil. C'était Rachael, la femme du Révérend Mul-daur. Elle était immobile, manifestement morte, bien qu'on ne vît pas sur elle la moindre trace de sang ou de blessure. La seule chose étrange était une tache de vomissure sur sa poitrine.
Le sac de toile était posé auprès d'elle. On l'aurait dit animé d'une vie propre, avec les serpents furieux d'y être enfermés, qui sifflaient de temps à autre ou qui faisaient des bruits de castagnettes.
Anna prit bien garde de rester à bonne distance du sac. Les serpents lui faisaient horreur.
Debout devant Muldaur qui la tenait d'une main protectrice, se trouvait Stephanie, sa fille de douze ans, une mince enfant aux abondants cheveux bruns qui avait la beauté digne et triste de sa mère. Elle portait une robe de guingan qui, malgré une petite tache verte au genou, lui allait étonnamment bien.
Stephanie avait les yeux rivés sur le corps de sa mère étendu à ses pieds.
Anna s'approcha de Muldaur.
— Comment votre femme est-elle morte ?
— Je n'obéis pas à vos lois, dit-il d'un ton méprisant. Aussi ne répondrai-je pas à vos questions.
— Elle est morte, dit Anna. Vous devriez la respecter suffisamment pour la traiter convenablement.
Stephanie leva vers son père des yeux sombres emplis de chagrin.
— S'il te plaît, Papa, je ne veux pas que Maman reste allongée ainsi.
— Comment est-elle morte ?
Cette fois, Anna s'était adressée à Stephanie, qui s'essuya les mains sur sa robe.
— Ne lui réponds pas, dit Muldaur.
Il poussa sa fille à l'écart et s'approcha d'Anna. Il faisait au moins un mètre quatre-vingt-dix et portait toujours le même costume : une chemise blanche, un gilet noir et des pantalons de velours côtelé verts. Il était presque chauve, n'eût été une mèche de cheveux blancs. Il avait le genre de regard qu'Anna avait vu lors d'un voyage à Mount Pleasant, où l'on enfermait les déments, et en particulier ceux qui étaient dangereux.
— Ce qui est arrivé ici ne vous regarde pas, dit Muldaur. (Il considéra le petit insigne qu'elle portaitsur sa poitrine.) Vous défiez la loi du Seigneur en•exerçant un métier d'homme. Vous en serez châtiée, vous aussi.
C'est à ce moment qu'on entendit un bruit de sabots et de roues de charrette qu'Anna connaissait bien.
A suivre
Ed Gorman