Au coin de la cheminée : La chatte blanche

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Résumé de la 5e partie -  Après le souper, Chatte-Blanche convia son hôte d’entrer dans un salon où il y avait un théâtre, sur lequel douze chats et douze singes dansèrent un ballet.


Le prince se coucha sans dire mot, car il n’y avait pas moyen de faire conversation avec les mains qui le servaient; il dormit peu et fut réveillé par un bruit confus. Les mains aussitôt le tirèrent de son lit et lui mirent un habit de chasse. Il regarda dans la cour du château : il aperçut plus de cinq cents chats, dont les uns menaient des lévriers en laisse, les autres sonnaient du cor. C’était une grande fête. Chatte-Blanche allait à la chasse, elle voulait que le prince y vînt. Les officieuses mains lui présentèrent un cheval de bois qui courait à toute bride et qui allait le pas à merveille ; il fit quelque difficulté d’y monter, disant qu’il s’en fallait beaucoup qu’il ne fût chevalier errant comme don Quichotte ; mais sa résistance ne servit de rien, on le planta sur le cheval de bois. Il avait une housse et une selle en broderie d’or et de diamants.
Chatte-Blanche montait un singe, le plus beau et le plus superbe qui se soit encore vu. Elle avait quitté son grand voile et portait un bonnet à la dragonne, qui lui donnait un air si résolu, que toutes les souris du voisinage en avaient peur. Il ne s’était jamais fait une chasse plus agréable : les chats couraient plus vite que les lapins et les lièvres, de sorte que, lorsqu’ils en prenaient, Chatte-Blanche faisait faire la curée devant elle, et il s’y passait mille tours d’adresse très réjouissants. Les oiseaux n’étaient pas, de leur côté, trop en sûreté, car les chatons grimpaient aux arbres et le maître singe portait Chatte- Blanche jusque dans les nids des aigles, pour disposer à sa volonté des petites altesses aiglonnes. La chasse étant finie, elle prit un cor qui était long comme le doigt, mais qui rendait un son si clair et si haut qu’on l’entendait aisément de dix lieues. Dès qu’elle eut sonné deux ou trois fanfares, elle fut environnée de tous les chats du pays ; les uns paraissaient en l’air, montés sur des chariots ; les autres, dans des barques, abordaient par eau ; enfin il ne s’en est jamais tant vu. Ils étaient presque tous habillés de différentes manières; elle retourna au château avec ce pompeux cortège et pria le prince d’y venir. Il le voulut bien, quoiqu’il lui semblât que tant de chatonnerie tenait un peu du sabbat et du sorcier, et que la chatte parlante l’étonnât plus que tout le reste. Dès qu’elle fut rentrée chez elle, on lui mit son grand voile noir. Elle soupa avec le prince : il avait faim, et mangea de bon appétit. L’on apporta des liqueurs, dont il but avec plaisir, et, sur-le-champ, elles lui ôtèrent le souvenir du petit chien qu’il devait porter au roi.
A suivre
Marie Catherine, comtesse d’Aulnoy