Histoires vraies : Les trois  cyclistes

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     
Résumé de la 2e partie - Avec ce second témoignage,  qui confirme en tous points le premier, il n'y a plus de place pour le doute.


Vingt janvier 1989. Au palais de justice de Mannheim, s'ouvre le procès de Franz Valberg.
Hans Hartmann et Ludwig Weiss maintiennent leurs dépositions. La comparution de Hans Harttnann est particulièrement dramatique. Tourné vers les juges et les jurés, n'osant pas regarder son cama-rade, il répète mot pour mot ses accusations. Franz Valberg l'interrompt avec véhémence :
— Ce n'est pas vrai, Hans ! Tu sais très bien que cen'est pas vrai ! Il faut que les gendarmes t'aient rudement tabassé ou alors qu'ils t'aient fait boire pour que tu racontes une chose pareille.
Mais l'autre, impitoyable, continue son accusation sans regarder dans sa direction...
Pourtant, le témoignage suivant provoque la sensation. Le maire de Pfaffen vient déposer à son tour.
Au début, commence-t-il, j'ai cru comme tout le monde à un accident, surtout à cause des traces de pneus sur la canadienne du mort...
Le président fait un bond sur son fauteuil.
— Des traces de pneus !... Mais l'instruction n'en a jamais fait mention. Pourquoi n'en avez-vous pas parlé ?
Le maire tombe des nues à son tour.
— Mais voyons, les gendarmes les ont vues comme moi. Je pensais qu'ils les avaient mentionnées dans leur rapport.
Le président se fait communiquer le rapport des gendarmes. Il n'est nulle part question des traces de pneus. Mais le procureur sait habilement faire oublier l'incident.
— Une voiture a fort bien pu passer sur le corps de la victime après le meurtre. Cela ne prouve rien...
Le procureur est d'ailleurs connu comme un orateur redoutable. Son réquisitoire est net et précis. Il sait faire ressortir la preuve accablante que constituent les deux témoignages concordants.
À l'issue de la délibération des jurés, Franz Valberg est condamné à cinq ans de prison et cinq ans d'interdiction de séjour... Les habitants de Pfaffen, qui, en majorité, croient à son innocence, commentent avec sévérité le verdict : «Qu'est-ce que cela veut dire cinq ans de prison ? Pour un meurtre ce n'est pas assez... C'est donc que les jurés ont eu un doute et alors, il fallait l'acquitter...»
Six mois ont passé à Pfaffen. Et le patron de la boucherie est de plus en plus troublé. Son commis, Hans Hartmann, n'est plus le même depuis le procès et la condamnation de Franz Valberg. Autrefois,c'était un joyeux drille pas toujours assez sérieux, même. Maintenant, il est fermé, nerveux, irritable. Un jour de septembre 1989, le patron n'y tient plus. Après la fermeture de la boucherie, il prend son commis à part :
— Dis-moi, Hans, il y a quelque chose qui ne va pas ?
L'autre évite son regard, mais le patron insiste :
— C'est à cause de ce que tu as dit au procès, n'est-ce pas ?
Et soudain le jeune homme s'effondre. Il pleure àchaudes larmes.
— Oui, j'ai menti... À cause du commissaire.
A suivre
Pierre Bellemare