Au coin de la cheminée : Gracieuse et Percinet 11e partie

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Résumé de la 10e partie n Gracieuse, charmée de la manière soumise et engageante dont lui parlait son jeune amant, ne put refuser d’entrer avec lui dans le palais des féeries.

C’est que je ne veux rien perdre de tout ce qui a quelque rapport à vous, ma princesse, répliqua-t-il. Hélas ! en aucun endroit je ne suis ni heureux ni content.
Elle ne lui répondit rien, et remercia la reine de la manière dont elle la recevait. On servit un grand repas, où Gracieuse mangea de bon appétit, car elle était ravie d’avoir trouvé Percinet au lieu des ours et des lions qu’elle craignait dans la forêt. Quoiqu’elle fût bien lasse, il l’engagea de passer dans un salon tout brillant d’or et de peintures, où l’on représenta un opéra : c’étaient les amours de Psyché et de Cupidon, mêlés de danses et de petites chansons. Un jeune berger vint chanter ces paroles :
L’on vous aime, Gracieuse, et le dieu d’amour même.
Ne saurait pas aimer au point que l’on vous aime. Imitez pour le moins les tigres et les ours, qui se laissent dompter aux plus petits amours. Des plus fiers animaux le naturel sauvage s’adoucit aux plaisirs où l’amour les engage : Tous parlent de l’amour et s’en laissent charmer.
Vous seule êtes farouche et refusez d’aimer.
Elle rougit de s’être ainsi entendu nommer devant la reine et les princesses ; elle dit à Percinet qu’elle avait quelque peine que tout le monde entrât dans leurs secrets.
—  Je me souviens là-dessus d’une maxime, continua-t-elle, qui m’agrée fort :
Ne faites point de confidence,
Et soyez sûr que le silence
À pour moi des charmes puissants : Le monde a d’étranges maximes ; Les plaisirs les plus innocents Passent quelquefois pour des crimes.
Il lui demanda pardon d’avoir fait une chose qui lui avait déplu. L’opéra finit, et la reine l’envoya conduire dans son appartement par les deux princesses. Il n’a jamais été rien de plus magnifique que les meubles, ni de si galant que le lit et la chambre où elle devait coucher. Elle fut servie par vingt-quatre filles vêtues en nymphes ; la plus vieille avait dix-huit ans, et chacune paraissait un miracle de beauté. Quand on l’eut mise au lit, l’on commença une musique ravissante pour l’endormir; mais elle était si surprise qu’elle ne pouvait fermer les yeux. «Tout ce que j’ai vu, disait-elle, sont des enchantements. Qu’un prince si aimable et si habile est à redouter ! Je ne peux m’éloigner trop tôt de ces lieux.»
A suivre
Marie Catherine, comtesse d’Aulnoy