Histoires vraies : Un grain de beauté 4e partie et fin

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Résumé de la 3e partie n Sally détaille la femme sans âge et peu accueillante. Et si c’était sa mère ? Elle en tremble.

Sally ne s'attendait pas à tomber sur lui, et la voilà grillée. Autant insister.
— Je voudrais savoir si vous habitiez Flint en 1972, et si vous connaissiez une femme prénommée Marilyn...
— Vous êtes flic ?
— Non.
L'homme devient mauvais. Il avance sur Sally qui recule, effrayée.
— Pourquoi vous me parlez de Flint ? Qui c'est cette Marilyn ? Je connais pas de Marilyn ! Tirez-vous !
Sally obtempère. Elle ne tirera rien de cet individu mal embouché. Et d'ailleurs elle n'en a plus envie. Le peu qu'elle a aperçu de l'appartement en  désordre, les bouteilles de bière qui traînent, l'haleine de ce Minola...
Le lendemain, c'est lui qui se présente au restaurant.
— Écoutez-moi, sale petite garce, si vous cherchez encore à me faire des ennuis, j'ai des copains pour vous corriger. Une bonne petite trempe dans un coin noir, hein ? Ça leur plairait de s'amuser un peu avec vous... Compris ? Essayez encore de me poser des questions sur cette Marilyn, et vous serez pas déçue !... Cherchez ailleurs, sinon...
Puis il s'en va en lui décochant un dernier regard, des plus menaçants.
Cette fois, Sally se décide. Elle court après lui. Il a réagi au nom de sa mère, il a dit de chercher ailleurs...
— Monsieur, s'il vous plaît, laissez-moi vous expliquer...
Sur le trottoir, au milieu des passants, l'homme se retourne et, au moment où Sally, essoufflée, arrive à sa hauteur, il crache :
— Tu vas la fermer ?
L'agression est soudaine. Le couteau a jailli dans sa main, le coup a porté au ventre. II est fou ? Pourquoi ?
Sally a eu la réponse beaucoup plus tard, à l'hôpital, lorsqu'elle a dû faire sa déposition.
En 1972, à Flint, Michigan, ce Henry Minola avait écrasé une enfant d'une dizaine d'années et pris la fuite. Des témoins avaient relevé une partie de l'immatriculation et la couleur de sa voiture. Il avait été inquiété, entendu comme témoin, mais il avait toujours nié, et la voiture était restée introuvable. Plus d'arme du crime. Cependant ce Minola craignait une vengeance de la famille de l'enfant, dont la mère se nommait en plus... Marilyn.
Plus de vingt ans après le drame, il la craignait toujours. Et il avait failli tuer Sally à cause de cela.
Sally, une inconnue ? Ou sa fille ?
Un avocat est venu lui poser la question en prison, avant le procès, où il risquait une peine de cinq à dix ans de pénitencier. Il a obtenu cette réponse :
— Et si je suis le père, vous négociez une remise de peine pour moi, hein ?
— Si vous acceptez une expertise génétique, peut-être... on verra.
— Alors laissez tomber. J'en ai rien à foutre de cette fille, je la connais pas.
Sally n'a plus insisté. L'homme a écopé de cinq ans pour agression ; le délit de fuite datant de vingt ans, la partie civile représentée par les parents de la victime n'a guère de chances d’aboutir enfin à une  condamnation du tueur de leur petite fille.
Combien y a-t-il de probabilités pour qu'un grain de beauté sur la tempe droite...
Sally s'est sûrement débarrassée de celui-là.
 Pierre Bellemare