Suspense : La télé du chien 6e partie et fin

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Résumé de la 5e partie n Jaggers était fou de joie de sortir de la maison. Dehors l'air était frais et dénué de cette odeur douceâtre qui se répandait à l'intérieur.

Parfois, il remuait la queue. Parfois, une main lui caressait la tête. Le chien n'était pas encore apaisé. Mais cela le réconfortait.
Minuit avait sonné depuis longtemps, et la bouteille de whisky était au tiers vidé, quand Peter bougea enfin. Il se leva, chancelant à peine, et quitta la pièce en fermant la porte. Jaggers prit position devant le battant, oreilles tendues. Le formidable silence de la nuit enveloppait la maison. Peter ouvrit la porte de derrière et se dirigea vers la resserre du jardin. Il y prît quelque chose — deux ustensiles lourds qui tintèrent lorsqu'il les heurta.
Il alla au potager, un large terrain ovale qu'il binait chaque année, mais dont il ne tirait jamais grand-chose. Jaggers sauta sur la bibliothèque basse disposée sous la fenêtre. Peter jouait de la fourche, puis de la bêche. Il était en bonne forme — il se maintenait en forme. Jaggers se réinstalla sur le plancher, en attente.
Une éternité plus tard, Peter regagna la maison. Il revint dans la salle à manger et flatta les oreilles de Jaggers. S'emparant de la bouteille, il se versa un grand whisky. II prit son temps pour le boire — pour retrouver son souffle ou recouvrer son courage. Il sortit, en fermant la porte au loquet. Jaggers l'entendit ouvrir la porte du salon, où reposait la chose qui N'Était Plus. Il l'entendit aussi traîner quelque chose de lourd — sans doute Ça. Des débris de verre tintinnabulèrent en tombant sur le sol.
Peter tira Ça dans le vestibule. Cela paraissait plus lourd qu'il ne s'y était attendu, ou peut-être, était-il maintenant fatigué. Il avait de la peine à tirer son fardeau du salon à la cuisine, puis à la porte de derrière. Il se cogna contre la porte de la salle à manger, dont le loquet sauta. Jaggers observait, remuant un peu la queue, mais ne bougeait pas.
Aussitôt entendu le bruit familier de la porte derrière que l’on fermait, Jaggers se dressa et ouvrit la porte de la salle à manger. C'était la première leçon de son manuel. Encore une seconde et il fila s'asseoir devant la chatière, de nouveau de faction.
Peter tenait quelque chose dans les bras. Lorsqu'il parvint au potager, on ne distinguait plus que des ombres, mais Jaggers arrivait tout de même à voir que Peter avait déposé Ça par terre. Du sol émergeait une forme nouvelle. Un tas. C'était bien cela. Un tas de terre. Jaggers percevait de faibles bruits de bêchage. Peter creusait plus profond. Puis il fit le tour du tas, prit Ça, et le déposa dans le trou.
De nouveau, Peter fit le tour du tas, la bêche à la main. Debout à côté, il se mit à combler rapidement le trou, à mouvements forts et précis. Les pelletées se succédaient. Le maître de Jaggers tirait son énergie de l'alcool et du désespoir. En dix minutes, il ne subsista presque plus rien du tas.
Dans la cuisine, Jaggers montait toujours la garde.
Sa queue battait la mesure boum, boum, boum, sur le linoléum.
Ce qu'on avait enterré demandait impérativement à être déterré.
Robert Barnard