Littérature/Il écrivait pour inscrire sa culture, sa langue et sa civilisation dans l’Histoire : Les œuvres de Mouloud Mammeri

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Débat - L’écrivain et anthropologue algérien Mouloud Mammeri œuvrait à inscrire sa culture, sa langue et sa civilisation dans le mouvement de l’Histoire, a souligné, mardi à Tizi Ouzou, l’universitaire Hacene Helouane.


Cet enseignant au département de langue et culture amazighes de l’université de Tizi Ouzou, qui a participé au Colloque international sur l’œuvre de Mouloud Mammeri, organisé par cette même université qui porte son nom, a observé que l’auteur de «Poèmes Kabyles anciens» et de «Ahellil du Gourara», a «prêté sa plume à ceux qui ne pratiquaient que l’oralité afin de fixer leur patrimoine».
A travers son œuvre, notamment ses études ethnologiques, le souci de Mouloud Mammeri était de donner à une culture orale la possibilité de survivre par l’écrit et, pour cela, il s’est mis à la tâche en effectuant un intense travail de collecte, de transcription et d’étude de la culture amazighe, qui était transmise oralement, ce qui la rendait fragile et l’exposait au risque de disparaître, a ajouté M. Helouane.
Cet universitaire, qui s’est intéressé aux deux préfaces en français et en tamazight de l’ouvrage «Yenna-yas chikh Muhand Mammeri», a insisté sur la valeur de l’écriture pour la préservation et la fixation d’un patrimoine. Dans la préface en tamazight, le chercheur s’implique et implique son lecteur en l’invitant à participer, lui aussi, à ce travail de sauvegarde par l’écriture et à enrichir cet héritage avec des travaux de recherche, a ajouté ce conférencier.
Et pour fixer par l’écrit une culture orale, ce même écrivain-linguiste a publié «Tajarumt, ou grammaire pour l’écriture de tamazight en latin et de amawal», un lexique français-amazigh. «Tajarumt» de Mammeri a notamment permis de lancer l’enseignement de tamazight en Algérie, à une époque où il n’y avait pratiquement pas de manuel d’enseignement de cette langue, qui a accédé en 2002 au rang de langue pour devenir officiel en 2016, a indiqué l’universitaire Zaidi Ali.
Le travail ethnologique sur l’«Ahellil du Gourara» a, quant à lui, servi au classement de cette facette de la culture immatérielle zénète comme patrimoine de l’humanité par l’Unesco, grâce à un dossier présenté par l’Algérie et basé essentiellement sur les travaux de Mammeri, a rappelé le chercheur Hamid Bilek.La présidente de ce colloque, Boukhelou Fatima-Malika, a souligné, pour sa part, qu’a travers son œuvre multiple et diversifiée, Mouloud Mammeri a eu le mérite d’apporter un regard intérieur, lucide et clairvoyant sur la société algérienne, qui est attachée à sa culture malgré les multiples envahisseurs qu’elle a connus, en opposition au regard souvent extérieur et faussé, porté par des ethnologues étrangers.
Les travaux de cette rencontre de trois jours, qui a débuté dimanche et qui est organisée par le département de la langue française de la faculté des lettres et des langues dans le cadre de la célébration, par l’Algérie du centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri, ont été clôturés mardi, avec des recommandations portant, entre autres, sur l’intégration des textes de Mammeri dans les manuels scolaires, et l'encouragement à la traduction de ses  œuvres vers d’autres langues.
R. C.