Livre/«Noces en barbarie» : Aux prises avec le destin

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Ecriture -  Dans «Noces en barbarie», la romancière Leila Mallem relate une histoire d'amour atypique et insensée entre un chef terroriste sanguinaire et sa captive, tout en brossant, à travers ce prisme, un tableau du drame algérien durant les années du terrorisme.



Dans ce roman de 453 pages paru aux éditions Dar El Gharb, l'auteure retrace le drame d'une famille dont le destin a basculé après l'enlèvement de leur fille. Ismâ, c'est d'elle qu'il s'agira tout au long du récit, est étudiante en médecine et fille d'un pharmacien, reconverti dans l'industrie.
Un soir, sur le chemin du retour d'une fête familiale en compagnie de son fiancé et sa cousine, Ismâ tombe entre les mains de terroristes dans un faux-barrage. Tous trois seront kidnappés. Commence, alors pour eux, la descente aux enfers. D'abord par le supplice de Faïza, la cousine, conduite dans un maquis où elle subira des viols à répétition, pour assouvir les «bas instincts de dizaines de terroristes». «Dès la première nuit de captivité, elle (Faïza) en vient à souhaiter la mort ou la démence pour échapper à la violence ambiante et aux simulacres de mariages circulaires religieux, et de répudiations.» Les trois victimes sont finalement séparés, avant que Jalil, le fiancé, ne soit décapité et son corps découpé puis abandonné dans un sac en plastique. Autre campement terroriste, autre cauchemar : Ismâ se retrouve, détenue, dans les «appartements privés» de l'«émir» terroriste Ali, «El Oustad» ainsi qu'il se fait appeler par ses acolytes, qui «veillent à la sécurité de sa détenue, tout en la gardant enfermée pour la forcer à soigner les blessés (...), la menaçant à chaque fois de la jeter en pâture à ses hommes».
La jeune femme oppose une farouche résistance au chef terroriste, refusant par exemple de «troquer son jeans pour une robe ample et un voile» ou encore en se lançant dans d'interminables conciliabules sur l'islam, la place de la femme dans la société et la «légitimité de (cette) guerre absurde et fratricide».
Le chef terroriste est cependant trahi par ses bonnes manières, son niveau d'instruction et l'attention particulière qu'il porte à sa captive dont il essaiera d'améliorer le confort, un profil qui jure avec celui de chef terroriste sanguinaire qu'il est devenu. Et Ismâ, dont la conduite viendra ébranler ses «convictions et ses objectifs d'instituer un ordre nouveau dans le pays par le feu, le sang et l'épée», s'interroge de plus en plus sur les raisons qui ont motivé ce basculement d'El Oustad dans l'innommable.
Le courage et la beauté de la jeune femme ainsi que sa rigueur dans la pratique de la médecine forcent ainsi l'admiration du chef terroriste.
Dans son refus de se soumettre, Ismâ ira jusqu'à se raser le crâne, laissant le sanguinaire froid et méthodique désarmé face à la détermination de sa victime. Au fil du récit, le terroriste est séduit par sa captive alors qu'elle, privée de tout confort, menacée de viols répétés, voire d'une fin atroce, se prend d'affection pour son geôlier dans un retournement de situation que seul le syndrome de Stockholm -élan de sympathie paradoxal d'un otage pour son ravisseur connu en psychologie- peut expliquer. Si l'auteure brosse un tableau fidèle des années de terrorisme subi par les Algériens, en restituant le calvaire des victimes et l'angoisse infinie de leurs proches, en démontrant que l'amour, même irrationnel, supplante l'horreur, elle verse cependant dans un discours surfait, rendant surréalistes des scènes : dans plusieurs passages des personnages en situation de danger de mort, encerclés par des terroristes armés, s'offrent le luxe de se lancer dans des débats sur l'intégrisme religieux, l'interprétation de l'Islam, rendant le récit peu crédible. Le texte est par ailleurs desservi par une couverture sans grande créativité et des défaut d'impression et d'assemblage.
Leila Mallem, enseignante de français, est titulaire d'un doctorat en lettres modernes. «Noces en barbarie» est son premier roman.
R. C.