Mostra de Venise : Jennifer Lawrence, madone martyrisée dans «Mother !»

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Réalisme -  Le couple glamour formé par Darren Aronofsky et Jennifer Lawrence est arrivé hier mardi  à Venise pour faire frissonner la Mostra, mais il peinera à détrôner les coups de cœur des festivaliers.


Dans son cauchemardesque thriller psychologique  «Mother !», dévoilé hier, le cinéaste américain Darren Aronofsky met en scène un couple (Jennifer Lawrence et Javier Bardem) qui voit sa relation se détériorer sérieusement avec l'arrivée d'invités surprise inquiétants (Ed Harris et Michelle Pfeiffer).
Lui est un écrivain égocentrique en panne d'écriture, avec un passé mystérieux. Elle, une femme plus jeune rêvant d'être mère, mais qui se dévoue à son mari créatif et rénove son immense maison isolée qui a jadis brûlé.
«Le film est un peu comme une fièvre qui monte», c'est un mystère qui «surprend sans cesse les spectateurs qui ne savent pas où il va aller», a décrit hier Darren Aronovsky, 48 ans.
«Nous ne voulions pas que les spectateurs se sentent en sécurité, tout comme le personnage de Jennifer qui essaie sans cesse de comprendre ce qui lui arrive», ajoute le cinéaste.
L'actrice américaine Jennifer Lawrence (compagne du cinéaste) est au centre du propos, omniprésente en gros-plan ou filmée derrière son épaule pendant deux heures. Et on a l'impression de ressentir ses vertiges lorsqu'elle court de pièce en pièce ou monte les escaliers à répétition.
«C'était difficile. Je n'avais jamais autant dû puiser en moi auparavant», a confié hier l'actrice de 27 ans.
L'Américaine que s'arrache Hollywood avait fait sa première apparition à Venise en 2008, à 18 ans, et avait raflé le prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir.
Dans «Mother !», son personnage va découvrir, incrédule et impuissante, la dévorante soif d'admiration de son mari. Et la maison du bonheur va se retrouver envahie, voire cannibalisée.
L'acteur espagnol Javier Bardem incarne comme souvent un monstre dont la vraie nature va être révélée au final.
«L'histoire a de multiples couches, mais raconte la relation entre un créatif et sa création, qui peut être un texte, une maison ou la terre elle-même», glisse Javier Bardem.
Le film a profondément divisé hier les critiques, essuyant en salle quelques huées. Le cinéaste - nominé aux oscars pour «Black Swan» sorti en 2010 - en aurait-il trop fait?
«Jusqu'où on peut se laisser emporter est une question de goûts», balaie le cinéaste. «Le film est un cocktail très très fort et bien-sûr certains n'auront pas envie de ce type d'expérience», prévient-il en évoquant «un tour en montagnes russes».
Tous les ingrédients d'une soupe à l'angoisse sont réunis : maison grinçante qui semble habitée par d'étranges battements de cœur intérieurs, sous-sol menaçant, mystérieuse hémoglobine qui goutte par un parquet... Dans cet univers, la pauvre Jennifer Lawrence va aller tout droit en enfer.
Le réalisateur a écrit le scénario très sombre de «Mother !» en cinq jours.
«C'est une réaction à ce qui se passe autour de nous dans l'actualité sur cette planète», pointe-t-il, «j'éprouvais beaucoup de rage».
Les acteurs ont répété ce huis clos pendant trois mois dans un hangar de Brooklyn, l'occasion de réfléchir à chaque mouvement de caméra. Puis une maison a été construite pour le tournage à Montréal.
AFP